A Montrouge: il était une fois… une institution qui se protège elle-même

 C'est l'été. La saison idéale pour le pas-de-vagues. Tout le monde est en vacances — sauf les victimes. 

Il était une fois, dans une paisible institution catholique des Hauts-de-Seine, une cheffe d'établissement que du beau monde protège.



 

La tutelle la protège. Les Sœurs dominicaines du Très Saint Rosaire de Monteils — le Très Saint Rosaire, rien que ça ! — veillent sur elle de loin, bien à l'abri du quotidien de leur couvent. Elles se contentent du seul son de cloche qui leur parvient, celui de la direction. Tant que les caisses sont pleines, tout va bien. Jamais elles n'ont tendu la main vers ceux qui donnent l'alerte depuis des années. L'amour de son prochain a manifestement ses limites. Apparemment, le prochain doit d'abord remplir les classes.

Peu importe que des personnels souffrent, partent, s'effondrent. Peu importe que des rapports accablants s'accumulent comme autant de péchés que l'on refuse de confesser. La vitrine brille et ça suffit.

L'OGEC la protège aussi. Avec une constance remarquable et une foi inébranlable en l'innocence de la direction, il a trouvé la parade universelle : minimiser, relativiser, contester. Les constats les plus accablants d'intervenants extérieurs ou des autorités compétentes sont accueillis avec une légèreté qui devrait faire honte. L'OGEC minimise car désavouer les constats, c'est désavouer la direction, et ça, impossible.

On notera au passage que l'ancienne présidente de l'OGEC, fervente soutien de la cheffe d'établissement, se disait elle-même spécialiste des RPS (risques psychosociaux) et formait les cadres de l'enseignement catholique. Mais ce soutien inconditionnel s'explique peut-être autrement : cette même présidente cumulait les casquettes -- présidente de l'OGEC à titre « bénévole » et dirigeante d'un cabinet de coaching dont elle faisait son beurre. Les formations de ce cabinet ? Proposées en interne au personnel de l'établissement. Désavouer la direction, c'était scier la branche sur laquelle elle était si confortablement installée. Conflit d'intérêts ? Quel conflit d'intérêts ?

Le service du privé du rectorat, la DEEP, pratique l'art du pas-de-vagues avec une maestria digne des plus grands contemplatifs. Les alertes se succèdent, les courriers s'accumulent, les signalements se multiplient. En réponse ? Le silence, essentiellement. Et quand une mesure finit par pointer le bout de son nez côté rectorat, c'est l'envoi d'une psychologue pour faire une présentation sur les risques psychosociaux. Une présentation. Dans un établissement où des personnels s'effondrent depuis des années. C'est ce qu'on appelle prendre la mesure de la situation.

Signalons au passage une curiosité institutionnelle savoureuse : la tutelle, rappelons-le, employeur de la cheffe d'établissement, a demandé au rectorat, employeur des enseignants, de la protéger via une enquête administrative. Si elle est si inquiète pour sa santé, on est en droit de se demander ce qu'elle met elle-même en œuvre pour la protéger !

Pendant ce temps, les victimes s'accumulent. Des enseignants partis, épuisés, brisés. Des arrêts maladie qui s'allongent. Des départs qui s'enchaînent année après année. Et à l'été 2025, un enseignant qui tente de mettre fin à ses jours.

Huit ans. Huit ans de constats. Huit ans de rapports. Huit ans de silence institutionnel.

Tutelle, OGEC, rectorat : même silence. Même mépris.

Alors oui, il y a une question que nous posons publiquement, et nous la posons sans détour :

De qui ces institutions se sentent-elles gardiennes ? Des personnels qui souffrent ? Ou de l'institution qui brille ? La réponse, hélas, est documentée noir sur blanc depuis des années.

L'OGEC cautionne. Le rectorat regarde ailleurs. La tutelle nie. Et des personnels, eux, continuent de payer. 

Il était une fois une institution qui se protège elle-même.

Ce conte n'a pas encore de fin heureuse. Mais il aura une fin. Le Collectif StopSouffrancEC continuera à ternir la vitrine tant que celle-ci fera mine de briller alors qu'on ne voit plus à travers.

 

Le Collectif StopSouffrancEC né à Montrouge — là où des parents, las d'alerter dans le vide, ont décidé que le silence des institutions ne serait plus le leur).

 

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