43 ans au service de l'enseignement catholique. Suspendue par le rectorat de Versailles à un mois de la retraite, à la demande du directeur du Sacré Coeur

 


Nous la connaissons tous cette histoire au sein du collectif. Elle résonne avec ce que vivent les personnels de nombreux établissements privés sous contrat de cette académie, comme auprès de tant d’autres à travers la France. Des enseignants qui alertent, qui demandent de l’aide, qui font confiance aux institutions censées les protéger, et qui se retrouvent seuls, épuisés et la carrière détruite. 

Au collège du Sacré Cœur, un chef d'établissement dont le comportement est dénoncé par de nombreux personnels. A Versailles, le service du privé du rectorat (DEEP) qui reçoit les alertes et ne prend pas les mesures permettant de protéger les personnels. Des échanges qui devraient rester strictement confidentiels et qui se retrouvent transmis aux chefs d'établissement pour lesquels ces alertes ont été formulées, mettant en danger des personnels déjà fragilisés qui appelaient au secours ou alertaient. Et quand vient le moment de trancher, parole contre parole, sans preuve établie, sur la base de témoignages contestés, c'est la parole du chef d'établissement qui l'emporte. Le personnel accusé doit prouver son innocence. La présomption d'innocence, pourtant principe fondamental de notre état de droit, n'existe tout simplement pas ici. Dans un tribunal, cela s'appellerait un déni de justice.

A la DEEP du rectorat de Versailles, cela s'appelle une procédure normale. Ce que cette enseignante a traversé n'est pas un cas isolé, c'est un système. 

Cette enseignante a consacré 43 ans de sa vie à l'enseignement catholique, dont 34 ans dans le même collège de l'académie de Versailles. Ses inspections ont toujours été élogieuses. Elle était appréciée de ses élèves. Elle s'était engagée comme élue au CSE pour défendre ses collègues et veiller au respect de chacun et des lois. Depuis trois ans, de nombreux personnels de l'établissement alertent sur les méthodes managériales du chef d'établissement et leurs effets délétères sur les conditions de travail et la santé des équipes. 

Pendant trois ans, elle a alerté. Elle a écrit à la division des établissements d'enseignement privé du rectorat de Versailles, la DEEP. Cinq courriers. Une délégation de neuf personnes reçue au rectorat. Des demandes de secours répétées, explicites et documentées. La confidentialité des échanges avait été expressément demandée. 

Elle a compris trop tard que ses courriers étaient transmis au chef d'établissement et au directeur diocésain. Ceux qui devaient la protéger, l'ont exposée davantage. Chaque alerte a nourri les représailles. Chaque demande de protection s'est retournée contre elle. 

Le chef d'établissement a fabriqué un dossier diffamatoire à son encontre. Des accusations grotesques, consignées dans des rapports officiels. Des verbatim invraisemblables, que ses collègues ne reconnaissent pas. Des "témoignages" qu'elle décrit comme extorqués. Une enquête administrative dont elle reconnaît la plume du directeur derrière chaque ligne. 

Le 19 mai 2026, jour de ses 67 ans, elle était convoquée au rectorat. Elle ne s'y est pas rendue, son représentant syndical n'étant pas disponible. Sa suspension était déjà signée la veille, le 18 mai. Le 20 mai, c'est le chef d'établissement lui-même qui lui a notifié sa suspension, dans son propre collège, où elle enseignant depuis 34 ans. Elle a été raccompagnée vers la sortie par celui dont elle et de nombreux collègues avaient formellement alerté le rectorat de ses dérives depuis trois ans. 

Nous publions ici la lettre que sa fille a adressée à la DEEP du rectorat de Versailles un soir de mai 2026, portée par l'indignation face à l'injustice, et demeurée sans réponse. 

Ce système a un nom : l'abandon institutionnel des personnels de l'enseignement sous contrat par ceux qui sont censés les protéger. Nous continuerons à documenter, publier, à porter ces voix, tant que des enseignants seront raccompagnés à la porte de leur école comme des délinquants après des décennies de service, ou qu'ils se retrouveront abandonnés, après avoir dédié des études et une vie à ce métier. 

Le Collectif StopSouffrancEC



Lundi 18 mai 2026 : à quelques semaines de sa retraite, à quelques semaines de la fin.

Ce soir-là, sa fille l'a appelée pour prendre de ses nouvelles. 

Tellement choquée par ce que subissait sa mère, elle a pris la plume et a écrit directement à la DEEP du rectorat de Versailles. 


La lettre de la fille d'une enseignante à la DEEP du rectorat de Versailles

Lundi 18 mai 2026, 22h36 

Madame, 

Je suis juriste en droit social, parallèlement étudiante en dernière année de master en droit social à l'université catholique de Lille, et fille cadette d'une enseignante au collège. 

Je vous écris aujourd'hui, portée par la force de mes valeurs, par mon attachement profond à la justice, mais aussi par l'inquiétude immense que je ressens pour ma mère. 

Aujourd'hui mes mots ont une résonance particulière : il ne s'agit plus d'un cas d'école, d'un dossier ou d'une situation professionnelle. Malheureusement, il s'agit de porter la voix de celle qui m'a élevée, de celle qui m'a transmis ces valeurs, et de celle dont je vois l'état de santé psychique se dégrader depuis maintenant trois ans. 

La faculté m'enseigne à rattacher mes écrits et à soutenir ma conviction par le factuel, le démontrable, l'évidence et le probant. 

Je n'étais ni dans les salles de classe, ni dans les couloirs, ni même dans la salle des professeurs. Et ce au même titre que vous. 

Dans ces cas-là, c'est "parole contre parole"... 

Je vous écris donc. 

A défaut de pouvoir démontrer ce que je ne pourrais pas démontrer : les comportements grotesques dont ma mère est accusée; je peux témoigner de la personne qu'elle est. 

J'ai la plus profonde conviction que c'est une personne qui a aimé son métier, qui l'a exercé avec passion et sincérité, et ce pendant plus de 40 ans. C'est une professeure qui a compté pour ses élèves. Une professeure aimée, parfois exigeante, mais toujours animée par la volonté de transmettre, d'accompagner et de faire grandir. 

Pourtant aujourd'hui, je sens comme une rupture. Une rupture qui me désole, qui désole notre famille et qui, je crois, la désole aussi profondément. 

Nous sommes le lundi 18 mai au moment où je rédige ce courrier. 

Ce soir, tout à l'heure, je l'ai appelée, pour prendre de ses nouvelles. A peine le temps de demander "Comment vas-tu ?", que je vois son "visage". Son visage de : "Il s'est encore passé quelque chose en rapport avec le collège". Alors dans ces moments-là, nous l'écoutons. 
 

Voilà qu'elle a reçu une convocation envoyée par vos soins à la date de son anniversaire. 

J'ai envie de croire que c'est une coïncidence. Quoiqu'il en soit, c'est encore un énième coup de massue. 
 

L'anniversaire que nous devions fêter au restaurant, se transforme en "montée à l'échafaud". Vous me direz sûrement, que ce n'est pas le cas. Pourtant, c'est son ressenti : une énième humiliation, qui n'est pas justifiée. 

Alors, 
Plus de restaurant, 
Plus de bougies, 
Plus de joie dans notre maison. 

Même ça, on nous l'a enlevé ! 

L'injustice qui touche ma mère, finit par nous toucher. 

J'ai passé toutes mes années de collégienne dans cet établissement. C'est un collège que j'ai beaucoup aimé. Aujourd'hui, je le déteste, il n'existe plus. 

Et il ne fait plus exister ses professeurs. 

Le bilan que je dresse aujourd'hui est le suivant :

Ma mère est abîmée par son travail, 
Ma mère est envahie par l'angoisse,
L'enseignante qu'elle est ne parle plus avec joie de son métier, 
L'enseignante qu'elle est se sent seule, incomprise, fragilisée. 

Nous avons perdu trois ans de vie familiale, trois ans durant lesquels nos conversations étaient polarisées par un seul sujet : le collège. 

Je vous demande, s'il vous plaît, d'être l'aide qu'elle a tant attendue depuis ces trois dernières années. 

Faîtes le choix aujourd'hui d'accorder du crédit à ce qu'elle est devenue : une victime... qui attend une main tendue. 

Renversez la vapeur. 


Permettez-lui de finir sa carrière avec dignité. Prenez les moyens dont vous disposez pour faire ce qui est juste et ce qui devrait être à la hauteur d'un enseignement catholique. 

Et enfin : je vous demande de mesurer pleinement la portée humaine de vos décisions. 


* * *

le rectorat de Versailles persiste et signe:  

Article rencontre syndicats/rectorat de Versailles  

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