Truands, milliardaires et rêves de contrôles budgétaires : quand le SGEC sent le soufre.
Truands, milliardaires et rêves de contrôles budgétaires : quand le SGEC sent le soufre.
Les
députés Vannier et Weissberg ont rendu leur copie le 2 avril 2024,
rendant publiques les magouilles, morales et financières de
l'enseignement catholique sous contrat.
« Un
rapport parlementaire à charge, vu la façon dont a été posé le
problème", avait prédit Philippe Delorme, secrétaire
général de l’Enseignement catholique, le 27 mars dernier. Évidemment, à charge, comment en aurait-il pu
être autrement ? Nous sommes en France, et c'est bien auprès
de l'éducation des générations futures que l'on devrait refuser en
premier lieu des pratiques dignes d'une république bananière.
Sur
le site Internet du SGEC, son président, P. Delorme s’indigne face
à ces constats de richesse mal acquise. Ses arguments sont
détonnants : « C’est
comme si rien ne marchait, que nous n'étions qu’une bande de
truands qui nous en mettions plein les poches ! »,
« Alors
que la Fondation Saint Matthieu est parfois montrée du doigt, elle
donne 6 M€ par an aux écoles catholiques, ce qui est très peu
relativement »...
de toute évidence, on n'est pas au million près, dans
l'enseignement catholique. Au point même que « le
financement de l'enseignement privé sous-contrat n'est pas opaque.
Il est transparent et on ne cache pas des donateurs milliardaires qui
nous financeraient de façon occulte, loin de là ! ».
On croirait entendre Marie-Antoinette s'ébahir de son « Ils
n'ont pas de pain ? Qu'ils mangent de la brioche ! ».
Une mise en abyme à faire avec un réseau sous contrat non
confessionnel : les écoles Diwan. Le 12 février
2024, la Chambre régionale des comptes reprochait tout simplement
au réseau de ne pas faire comme les Catholiques : « La
Chambre régionale des comptes donne des pistes pour diversifier nos
ressources,
notamment
en allant voir des acteurs économiques ». En
échange de quelles malversations ?
Le
système est opaque. Comme le déclinait l'article de Libération du
18 janvier dernier dans son titre « Comment l'argent public
paye les magouilles de l'école privée », les OGEC sont
gangrénés d'individus siégeant dans les conseils municipaux,
départementaux et régionaux, qui parviennent à obtenir des
financements publics faramineux, pour « la rénovation de
l'immobilier » mais à dire vrai, pas toujours avec une
étiquette déterminée, sous mode de « dons à association ».
Sans contrôles jamais.
Dans le rapport, comme dans la presse ou
encore par la Cour des Comptes en 2023, ça parle de milliards, le flou
reste épais, contrairement aux propos de Delorme « Je
regrette que tous nos établissements ne soient pas contrôlés
financièrement chaque année »,
ceux-ci publiant « un
bilan comptable très précis, c'est assez simple de vérifier sans y
passer des heures… ».
Ils sont bien rares les collègues siégeant en CSE à
avoir réussi à voir ces bilans comptable. Dans le primaire, il est même
souvent maintenu secret par des présidents d'OGEC aux directeurs des
écoles !
Non pas que ce financement soit forcément sale, mais
son usage n'est pas toujours des plus nets. Dans le second degré,
les salaires des directeurs ne sont pas rendus publics : ils
sont renégociés chaque année, lors des « entretiens annuels
obligatoires », jusqu'à atteindre des sommes bien au-delà des
salaires de PERDIR du public, auxquels s'ajoutent des « primes
de départ » quand ils changent d'établissement. Rien de
public, avec cet argent de nos impôts.
Alors que le scandale
« Stanislas » s'étalait dans les médias, Delorme
faisait le tour de France à jouer les pompiers auprès des chefs
d'établissement. Pas plus inquiétés que ça, ça se congratule ce
weekend d'avril 2024 au Puy du Fou, en congrès des 50 années du SYNADIC (syndicat de chefs
d'établissement). Parce que ce que Delorme leur a promis à
tous, c'est qu'il fallait laisser passer l'orage, et que tout
reviendrait comme avant, puisque dans les faits, comment serait-ce
possible de mettre en place l'ensemble des 55 propositions des
députés Vannier et Weissberg, sous ce gouvernement ? Que même
à la lecture du rapport, c'est avec stupéfaction que le collectif a
découvert que parmi les personnes auditionnées, l'un est chargé de
la division de l'enseignement privé au rectorat de Rennes et est en
fait un ancien d'une Direction Diocésaine ? Que les propos
retenus dans le rapport affirment pour la Bretagne « ne pas
constater de mise en œuvre partielle des programmes ou de dérives
liées au caractère propre de l'établissement » sont un
mensonge éhonté : les services de la DPEP de Rennes ont
systématiquement refoulé les enseignants rapportant des messes,
prières lors de l'hommage à Samuel Paty, dérives d'heures de
cours, bénédictions de cartable, journées « temps fort »
dédiées aux saints des écoles, journée « Ose »
(prier) à Brest, cours de « culture religieuse » et
professions de foi sur journées de cours.
Le système
actuellement en place est intimement lié à l'église catholique,
par un jeu de nominations par évêques dans quasi toutes les
instances, jusqu'à la direction d'établissements du secondaire,
jusqu'à même noyauter les services du rectorat et les inspections
académiques. Il permet qu'aucun recours ne soit possible (l'illusion
des recours est cruelle), la maltraitance des équipes en toute
impunité, un détournement des moyens, une emprise extraordinaire
sur les programmes scolaires nationaux et un dévoiement des valeurs
républicaines.
Pourquoi ne pas tout simplement appliquer la loi de 1905 sur
la séparation de l’Église et de l’État ?

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