« On a conscience d’être privilégiés » : des lycéens du privé rejoignent la mobilisation
Scolarisés dans des établissements plus huppés, des lycéens et étudiants se mettent à rejoindre le mouvement, tout en étant conscients de leurs « privilèges ».
Le fossé est vraiment grand : dans les beaux quartiers parisiens, plusieurs dizaines de lycéens et étudiants ont bloqué leurs établissements privés pour la première fois hier, tout en se disant « privilégiés » par rapport aux élèves de l’enseignement public qu’ils veulent soutenir.
Devant l’Institut catholique de Paris (ICP), dans le 6 e arrondissement de Paris près du jardin du Luxembourg, quelques poubelles bloquent l’entrée. Une première depuis le début du mouvement lycée et étudiant. ICP, solidarité », entonnent les dizaines d’étudiants amassés devant l’établissement, gênant la circulation.
Je suis là pour ma petite sœur, dans un lycée public à Poissy. Les toilettes ne fonctionnent pas, le plafond s’effrite, explique Chloé, 20 ans, en master d’information et communication. Dans son université privée, où l’année d’études peut coûter jusqu’à 10 000 euros, on a la chance d’avoir une fac qui fonctionne bien, reconnaît-elle.
Alexis, son camarade de promo, est lui aussi en soutien des élèves qui n’ont pas les mêmes chances, pas les mêmes conditions que dans le privé. Mathilde, en licence après s’être réorientée, voit un fossé assez grand entre ce qu’elle a vécu au lycée public dans le 13 e arrondissement, puis dans un lycée de Seine-Saint-Denis en classe prépa, et les conditions d’études à l’ICP. On voit vraiment l’écart, c’est révoltant, dit-elle, se rappelant un bâtiment mal isolé pendant la prépa et où l’établissement n’avait pas de solution à leur proposer.
À quelques rues de là, les élèves du lycée privé sous contrat Notre-Dame-de-Sion bloquent aussi l’entrée pour la première fois. On a conscience d'être privilégié, et on revendique la même chose pour les autres, explique Julie, 16 ans, qui a demandé à être identifiée avec un autre prénom, par crainte de sanction disciplinaire, affirmant que la direction les a dissuadés de participer. Même son de cloche à l’institut catholique Sainte-Geneviève, dont l’entrée est bloquée pour la première fois. On soutient les lycées publics, on sait qu’on est privilégié par rapport à eux, témoigne Vera. Nous, nos profs sont présents, les locaux sont bien entretenus. Commej’étais dans un collège pourri, je connais la différence », relate-t-elle.
Devant l’École alsacienne, établissement privé huppé et onéreux à quelques rues de là, une trentaine d’élèves font blocus pour la première fois. « On est privilégié, on veut partager », « Pour le 93 », « Notre chance ne doit pas être leur injustice », peut-on lire sur leurs pancartes.
Dans ces différents établissements, pas un policier à l’horizon. Ils sont gentils avec nous parce qu’on est des bourgeois blancs, estime Inès (prénom modifié), élève de terminale. Ça va faire plus parler s’ils tapent quelqu’un de l’Alsacienne que des élèves de banlieue, abonde Nicolas (prénom modifié), qui voit une différence de traitement par les forces de l’ordre.
Mais à la mi-journée, des dizaines de CRS sont arrivés dans le quartier. Ils ont délogé avec du gaz lacrymogène, notamment, des manifestants qui avaient entravé la rue d’Assas avec des vélos en libre-service, et qui leur ont lancé des pommes de terre.
À Assas, université réputée pour être un bastion de la droite étudiante, des centaines d’étudiants, de l’établissement et d’ailleurs, ont eux aussi organisé un blocus pour la première fois.

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