Paris : un intervenant d’anglais soupçonné de viols et d’agressions sexuelles sur des enfants de 3 à 5 ans
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INFO LE PARISIEN. L’intervenant qui officiait dans l’école privée catholique Saint-Laurent est en garde à vue ce mardi pour viols, agressions sexuelles et violence. Alors qu’au moins 21 plaintes ont été déposées, les parents d’élèves dénoncent une réponse tardive et inappropriée de la part de l’établissement.
Un nouveau scandale de pédocriminalité secoue une école maternelle parisienne. Cette fois, l’affaire ne concerne pas des animateurs du temps périscolaire, mais un intervenant dans un établissement privé catholique. Selon nos informations, ce professeur appartenant à l’Institut CapEnglish et intervenant à l’école maternelle Saint-Laurent, à Paris Xe, a été placé en garde à vue ce mardi matin. Il est soupçonné de viols, d’agressions sexuelles et de violences sur de très jeunes enfants, fillettes et garçonnets, âgés de 3 à 5 ans.
L'enquête, confiée à la brigade de protection des mineurs (BPM) de la police judiciaire parisienne, a été ouverte début juillet après la plainte des parents d'une fillette de 3 ans et demi, victime présumée d'abus sexuels. Depuis, plus d'une vingtaine de plaintes ont été déposées, selon nos informations. Contacté, M e Hugo Latrabe, l'avocat de l'intervenant, n'a pas souhaité faire de commentaire.
Une alerte déjà le 11 mai
Les faits présumés auraient été commis dans le cadre de séances d'initiation à l'anglais dispensées à des enfants de petite et moyenne sections. Depuis la circulaire de rentrée 2019, les élèves de maternelle peuvent bénéficier d'un premier éveil linguistique, notamment en anglais. C'est dans ce cadre, présenté comme ludique et pédagogique, que les abus auraient été commis lors de cours de trente minutes prodigués en demi-groupes, dans la salle dite « jaune » située au 1 er étage de l'école, et sans la présence de l'institutrice. L'intervenant entrait seul dans l'école, rejoignait directement la classe et repartait vers 10 h 45.
Selon nos informations, la fillette à l'origine de l'alerte aurait rapporté à ses parents que l'intervenant était « méchant » et avait touché ses parties intimes. La famille avait alors alerté, via l'application École directe, la direction de l'école, qui a alors effectué un signalement. Dans un courriel adressé aux parents, que nous avons pu consulter, la direction évoquait « un dépôt de plainte pour des faits présumés graves dans le cadre des interventions d'anglais en maternelle ». Elle précisait que « toutes les démarches auprès des autorités judiciaires » avaient été engagées et que « la personne présumée a été suspendue instantanément de toute activité à titre conservatoire ». Le message informait également les familles de la mise en place d'une cellule d'écoute psychologique.
Pourtant, aujourd'hui, les familles mettent en cause la responsabilité de la direction de l'établissement, dont la réaction aurait été tardive et insuffisante. Les parents de la fillette auraient, en fait, alerté la directrice de l'établissement dès le 11 mai dernier. Mais, selon un mail qui circule entre parents d'élèves, la direction aurait qualifié cette information de « mitigée ». Pour se forger une opinion, la directrice aurait réuni les enfants par petits groupes pour leur demander si l'intervenant était méchant avec eux. Une méthode dénoncée par les parents dans la mesure où le recueil de la parole ne doit pas relever du chef d'établissement mais de professionnels assermentés.
À ce moment-là, aucun signalement auprès du parquet n'est effectué, ni aucune suspension de l'intervenant demandée. Le 22 mai, la directrice aurait même adressé un courriel aux parents demandant l'extension des cours d'anglais de CapEnglish au mercredi. Les enfants auraient eu environ trois heures supplémentaires avec l'instructeur entre le 11 mai et la fin de l'année scolaire.
« On est tous sous le choc »
Rien n'aurait été entrepris avant le 22 juin, date à laquelle les parents de la fillette ont porté plainte, avant d'en informer le lendemain la direction. Dans la journée, CapEnglish suspendait l'intervenant, et la direction effectuait un signalement auprès du parquet. Pour autant Yasser G. n'a pas été interpellé durant l'été, les auditions des enfants par la BPM se faisant selon un protocole long et complexe. Selon nos informations, l'homme avait même réussi à trouver un poste pour la rentrée dans une école de gestion.
Depuis quelques jours, la rumeur de son interpellation imminente circulait entre parents d'élèves. « On nous a dit de ne rien dire, de ne pas faire fuiter à la presse pour permettre à l'enquête d'avancer, raconte une maman dont l'enfant n'est pas concerné par les abus sexuels présumés. On est tous sous le choc, nous avons expliqué à notre fille ce qu'il s'était passé parce que les élèves aussi en parlent entre eux. Beaucoup de parents ont peur que l'école soit en difficulté et finisse par fermer si les affaires sont ébruitées. Je crois que ça explique aussi malheureusement le silence. L'ambiance est très tendue à l'école, la communication de la direction est catastrophique depuis le début. Il faut que ça sorte ! »
Cette mère d'élève explique que « des mesures drastiques ont été prises depuis par la nouvelle direction, plus de recours à des organismes extérieurs comme CapEnglish, et surtout plus aucune embauche d'intervenant homme auprès des enfants ». Selon nos informations, la directrice est en arrêt maladie et a été remplacée par une responsable par intérim.
Contactée ce mardi matin, la direction de l'école Saint-Laurent n'a pas souhaité s'exprimer. Le diocèse de Paris, dont dépend cette école, n'a pas répondu non plus à nos sollicitations. Seule la Fédération nationale des organismes de gestion de l'enseignement catholique a assuré que « l'organisme de gestion de Saint-Laurent, via le conseil d'administration, a fait le nécessaire pour écarter la cheffe d'établissement dès que les faits lui ont été portés à connaissance ». Impossible ce mardi de savoir si la directrice a bel et bien été limogée ou si elle a démissionné. Son arrêt de travail courait initialement jusqu'à jeudi dernier.
De son côté, CapEnglish a annoncé dans un communiqué avoir immédiatement écarté l'intervenant de toute intervention auprès des élèves à titre conservatoire dès qu'il a été informé des faits reprochés par la cheffe d'établissement. « Cette affaire n'a pas été gérée en interne comme elle l'aurait dû. Au drame humain s'ajoute la légèreté blâmable de responsables manifestement inconséquents, s'insurge M e Antonin Gravelin-Rodriguez, avocat de plusieurs parents d'élèves. Nous veillerons à ce que la lumière soit faite sur les dysfonctionnements institutionnels. »
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