À Lourdes, le pape a été « remué » par cette question posée par une victime d’agressions sexuelles
Par Maëlle Roudaut Article HuffPost
À Lourdes, Léon XIV a rencontré sept victimes françaises d’agressions sexuelles dans l’Église. Leur échange a duré près de deux heures.
Lors de ce deuxième temps, Olivier Mardi, victime dans son enfance de l’abbé Tartu, a posé une question bien particulière au pape. « Après avoir écouté toutes ces histoires, après avoir entendu les récits de chacun, Léon, comment vous vous sentez ? Quelles sont vos émotions ? Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit ? », a-t-il interrogé.
« J’ai senti que cette question l’a remué »
Une question qui a, selon lui, surpris le pape. « J’ai senti que cette question l’a remué parce qu’il ne s’y attendait pas », a raconté Olivier Mardi lors de la conférence de presse après la rencontre. « Il me semblait intéressant de lui poser cette question », a ajouté celui qui a cofondé le collectif « Voix Libérées de Touraine ».
Dans sa réponse, Léon XIV s’est dit « complètement touché et affligé, profondément meurtri » et a également réaffirmé « tout son engagement » face aux victimes. Si le souverain pontife n’a pas fait d’annonce à l’issue de la rencontre, Olivier Mardi dit désormais attendre des actes concrets. « On attend des retours concrets : des actions de Rome, mais aussi des évêques français », a-t-il insisté.
Un communiqué publié par le Vatican dans la soirée a également indiqué que le pape a remercié les victimes « pour leur douloureux témoignage et réaffirmé son engagement à tout faire pour que le mal qu’elles ont subi ne se reproduise pas pour d’autres ».
Le pape s’est montré conscient d’un problème systémique
Lors de cette rencontre à huis clos, le pape s’est montré « très attentif » et « authentiquement à l’écoute », a aussi déclaré à la presse Olivier Mardi. Un ressenti partagé par les autres victimes. « J’ai pu lui dire tout ce que je voulais, c’était simple », a déclaré Véronique Garnier, du collectif « Foi & Résilience », évoquant « beaucoup de soulagement et de joie ». Bertrand Virieux, victime dans son enfance des abus sexuels du père Preynat, a de son côté évoqué une « prise de conscience majeure », le pape ayant « clairement ressenti la mesure de la profondeur du problème ».
« Il a un avis très clair sur le sujet : la dimension de systémie est très présente. De son point de vue, les agresseurs sont des individus, mais ce qui permet que ça continue est la dimension systémique dans l’institution qui a existé et qui existe encore », a déclaré pour sa part Jérôme Guillement. Selon lui, le souverain pontife n’a pas demandé pardon. « Mais il a reconnu qu’il y en a encore pour des années et des années. Si on imagine que dans un ou deux ans c’est réglé, c’est utopique », a-t-il ajouté.
Les sept participants de cette réunion, quatre hommes et trois femmes, sont victimes de grands scandales de pédocriminalité ayant éclaboussé l’Église de France, notamment ceux de l’abbé Pierre, de l’abbé Tartu, chef d’une chorale à Tours, du prêtre Bernard Preynat à Lyon ou de l’établissement de Notre-Dame de Bétharram.
Le sujet des violences sexuelles reste brûlant pour l’Église de France, cinq ans après le rapport qui avait estimé à 330 000 le nombre de victimes mineures en son sein depuis 1950. Après ces révélations qui avaient fait l’effet d’un séisme, l’épiscopat français avait lancé deux instances d’écoute et de réparation.

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