Éducation : l’école privée coûte-t-elle vraiment moins cher à l’État ?

 

 

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L’enseignement privé coûterait beaucoup moins cher à l’État que le public, selon la Fondation pour l’école. Mais derrière les milliards d’euros d’économies avancés, spécialistes et économistes pointent des comparaisons jugées incomplètes entre les deux systèmes scolaires.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


L'enseignement privé (Nouvelle fenêtre)ferait économiser des milliards d'euros chaque année aux caisses de l'État. C'est en tout cas l'avis de la Fondation pour l'école. Augustin Yvan, responsable du développement de la Fondation pour l'école, expliquait à nos confrères du Figaro TV le 6 mai dernier : "L'école privée en France, sous contrat hors contrat, fait économiser 10 milliards à l'État. Pourquoi ? Parce qu'un élève dans le public coûte 10 000 euros par an à l'État. Dans le privé, un enfant coûtera 7 000 euros à l'État et il y a 2 000 là-dedans qui seront pris par les parents."

Alors, l'école privée fait-elle vraiment gagner des milliards à l'État français ? Pour répondre à cette question, il faut d'abord se demander d'où viennent ces chiffres. Nous les avons retrouvés dans un rapport de l'enseignement catholique qui se base lui-même sur les statistiques de l'Éducation nationale. Les données de la Fondation pour l'école y figurent. Un coût moyen de plus de 10 000 euros par élève dans le public et plus de 5 000 dans le privé. Multiplié par le nombre d'élèves du privé en France, on obtient bien une économie de 9,4 milliards pour les comptes publics.

Des différences importantes entre public et privé

Alors, comment l'expliquer ? Déjà, précisons que les écoles privées sous contrat sont très largement financées par l'État, notamment pour payer les enseignants. Mais pour les spécialistes, cette comparaison public-privé ne prend pas en compte des différences importantes entre les deux types d'établissements.

Clémence Cardon-Quint, historienne spécialiste des politiques éducatives, précise : "Un exemple classique : la structure des rémunérations des enseignants, parce que, par exemple, on a plus d'enseignants agrégés dans les établissements d'enseignement public que dans les établissements d'enseignement privé. Un élément aussi qui joue, c'est le nombre d'élèves par classe. Il y a plutôt plus d'élèves par classe dans les établissements d'enseignement privé. Ça fait mécaniquement baisser le coût par élève dans le Trésor." Plus de professeurs agrégés, donc mieux payés dans le public, face à des élèves moins nombreux. En 2024, on comptait en moyenne au collège moins de 25 élèves par classe dans le public contre 27 dans le privé. Mais pourquoi le privé peut-il se permettre de prendre plus d'élèves par classe ? Tout simplement parce que le niveau y est souvent plus homogène, avec moins d'élèves en difficulté. Pierre Merle, sociologue spécialiste de l'éducation, souligne : "L'offre pédagogique, elle est sensiblement différente. Pour les élèves de SEGPA, ce sont des élèves qui sont en grande difficulté scolaire et pour lesquels il y a des classes allégées d'une quinzaine d'élèves, voire moins. Le public scolarise 94 % des élèves de SEGPA et le privé 6 %."

Des coûts supportés par le public qui ne rentrent pas dans le calcul de la Fondation pour l'école. Nous sommes donc allés les voir pour leur demander de préciser leurs chiffres. "Il y a un certain nombre de services proposés dans l'enseignement public qui existent moins, de façon moins développée dans l'enseignement privé. Mais la différence de coût réel sur le service rendu, pour moi, est relativement marginale. Les calculs devraient être faits, mais intuitivement, ces éléments-là sont marginaux par rapport aux 10 milliards", explique Michel Valadier, directeur de la Fondation pour l'école.

Une différence anecdotique selon la Fondation. Ce n'est pas l'avis des économistes qui, aujourd'hui, estiment que cette comparaison des coûts entre public et privé ne tient pas vraiment la route.

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