La Forteresse du Saint-Déni – chronique d’un royaume où la souffrance s’écrase au pied des remparts

 

 


Dans ces établissements qui se réclament de l’Évangile, on pourrait croire qu’on protège les brebis blessées. En réalité, on érige des murailles.

Au centre, trône le chef d’établissement, accusé de maltraitance, et tout autour s’érige une garde rapprochée invincible, fidèle, et parfaitement aveugle. Remparts de loyauté, tours de connivence, douves de déni : rien ne passe, surtout pas la vérité.

Ces chevaliers de l’ombre – des parents d’élèves qui ne savent rien mais jugent tout, des professeurs et salariés OGEC attachés à leurs avantages, présidents d’APEL soucieux de leur réseau, DDEC promptes à tendre l’oreille au seul son de cloche du chef et préférant étouffer tout scandale qui pourrait entacher la vitrine, OGEC alignés comme des sentinelles et même représentants du rectorat complices – brandissent leurs boucliers en criant à l’injustice.

Le chef d’établissement, le pauvre, est toujours la victime ! Les appels à l’aide des vraies victimes sont rejetés comme des mensonges ou des caprices. Tout ce qui pourrait ternir la réputation de notre noble château est immédiatement balayé : ce ne sont jamais les murs fissurés du management, mais les faiblesses personnelles de ceux qui osent se plaindre.

Et pourquoi un tel zèle pour protéger ces dirigeants contestés ? La réponse est simple : confort, récompenses, et auto-persuasion. Certains ferment les yeux tant que leurs intérêts sont servis ; d’autres sont grassement couverts d’avantages (parts de pacte parfois fictives, emplois du temps arrangés, IMP distribuées pour des missions bidon, primes déguisées...) Et puis il y a ceux pour qui le prochain n’existe que dans les beaux discours, tant que la réputation de l’établissement reste intacte.

Au milieu de ces murs, l’histoire se répète. Avec une précision presque liturgique.
Une crise éclate, quelque part dans le royaume : les récits affluent, les témoins s’accumulent, la souffrance devient trop lourde pour être tue… et soudain, comme par miracle, la forteresse s’active.

C’est la même pièce, jouée encore et encore :

Dans un établissement frappé par la tourmente, on évoque des abus de pouvoir… et l’on répond par une procession d’hommages au “chef irréprochable qui a tant donné”. Dans un autre, des personnels alertent depuis des mois… on leur oppose un rideau d’encens et un communiqué lénifiant. Ailleurs, des enseignants quittent l’établissement en masse, en silence… leurs départs sont immédiatement attribués à des “raisons personnelles”. Ou encore, des membres du personnel témoignent de l’atmosphère toxique… et aussitôt, ils deviennent les “fauteurs de trouble”, accusés de vouloir nuire à l’établissement et de défier l’autorité du chef.

Que ce soit à St Jean de Passy à Paris, au Sacré Cœur à Versailles, à Jeanne d'Arc à Montrouge, à JP2 à Compiègne, à l'Immaculé Conception à Pau, à Ste Thérèse à Montgeron, à l'Assomption à Bondy, à St Spire à Corbeil Essonnes, à St Gabriel à Bagneux et tant d'autres dans la France entière, à force, on ne sait même plus dans quelle ville, dans quel diocèse ou dans quel établissement on se trouve : la répétition est tellement parfaite que tous les drames se superposent.

Chaque crise ressemble à la précédente, comme une longue fresque murale représentant la même scène : souffrance en bas, déni en haut, et la muraille entre les deux.

Et au cœur de cette mécanique implacable, le chef se pose en victime. Ses larmes, ses plaintes, ses appels à la sympathie suffisent à renverser l’évidence : les vrais blessés deviennent des perturbateurs, le persécuté, c’est lui. Chaque alerte, chaque témoignage de souffrance se heurte à cette barrière invincible : “Le pauvre chef, il ne mérite pas ça !” Ainsi, l’inversion est totale et insupportable : celui qui maltraite est célébré, celui qui subit est discrédité, et la vérité se trouve suspendue dans les douves de la forteresse.

Résultat ? Une forteresse impénétrable où l’humanité est absente. Les murs, bâtis sur le confort et la complicité, abritent des chefs d’établissement qui profitent de la situation et s’en réjouissent ouvertement. La morale chrétienne ? Ici, elle se dissout dans le silence des complices et la peur des remous. Les des personnels blessés résonnent contre les pierres, étouffés par la pierre angulaire du confort et de la réputation.

Dans cette forteresse, on ne protège pas les plus fragiles. On protège le plus fort. Et tant que les remparts tiennent, l’inhumanité prospère : non seulement on abandonne les victimes à leur sort, mais on s’attaque avec une férocité calculée à quiconque ose dénoncer la maltraitance.

 

Billet du CollectifStopSouffrancEC 

Commentaires

DDEC Paris a dit…
Le sujet que vous soulevez est grave. Peut-être est-ce que le traitement général que vous évoquez par les DDEC ne trouve pas exactement à s'appliquer dans le cas de Saint-Jean de Passy ? Sinon, merci de nous le signaler.
Chère "DDEC Paris",
Ça ne doit pas être LA DDEC... il n'y a pas que St Jean de Passy dans l'académie.
Néanmoins, tant que les directeurs des écoles sous contrat sont nommés par évêques en lieu et place d'un concours et d'une formations dignes de ce nom, il y aura toujours des problèmes dans les établissements cathos sous contrat. St Jean de Passy inclus, comme son historique récent l'a démontré.
Anonyme a dit…
Il suffirait de faire un inventaire des arrêts de travail en masse des demandes de mutation , pour voir que oui, il reigne la terreur dans beaucoup d’établissements, un système complètement dysfonctionnel est mis en place avec un jeu de chaise musicales des chefs d’établissement pour étouffer les problèmes …… je compatis avec tous ces bons professeurs victimes d’un système qui protège des directeurs toxiques . Quel grand écart entre les valeurs martelées et celles vécues !!!!
Anonyme a dit…
Un immense merci à Stop souffrances pour cet article exemplaire qui devrait être relayé par la presse nationale

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