"Nous sommes en colère de donner de l'argent public sans contrôle" : ce maire doit verser 53 000 euros à une école privée, il demande des garanties

Écrit par América Lopez
Publié le

La ville de Langon, en Gironde, doit verser plus de 53 000 € cette année à l'école privée Sainte-Marie-Jeanne d'Arc, sous contrat avec l'État. Le maire exige des garanties, pour l'heure "inexistantes" et a écrit à Elisabeth Borne pour demander des contrôles dans ces établissements. 

"En tant que maire, je n'ai pas mon mot à dire et aucun droit de regard dans cette école privée. Nous sommes en colère, moi et la majorité municipale, de donner de l'argent public sans contrôle". Chaque année, depuis le début de son mandat, le maire PS Jérôme Guillem fait une explication lors du vote de la subvention légale et obligatoire.

53 800 euros de subvention 

Lors du dernier conseil municipal du 9 juillet, avant la trêve estivale, le groupe majoritaire municipal a voté la traditionnelle subvention à l'école Sainte-Marie, soit 53 824 euros pour 2025 (27 600 euros pour les classes de maternelle qui compte 18 enfants et plus de 26 000 euros pour le primaire avec 37 enfants). Une subvention qui a de plus en plus de mal à passer auprès des élus municipaux.

"Comme chaque année, la commune est tenue par la loi d'attribuer une subvention aux écoles primaires privées sous contrat, parité avec les écoles publiques. Nous respectons cette obligation légale, en tant qu'élus républicains, même si nous contestons le principe sur le fond.
Notre engagement va d'abord à l'école publique, seule garante de l'égalité, de la mixité sociale et à un accès universel de l'éducation. Nous estimons que les moyens publics devraient en priorité servir cette mission fondamentale",
a déclaré le maire en préambule du vote.

Sa commune subventionne les deux écoles publiques de la commune à hauteur de 707 euros par enfant scolarisé au primaire et de 1 500 euros par enfant en maternelle. La loi lui impose de donner autant pour les enfants scolarisés dans le privé, au titre de l'égalité.

S'agissant de l'école Sainte-Marie à Langon, les préoccupations exprimées récemment par de nombreux parents d'élèves - sur les questions d'hygiène, de dialogue et de fonctionnement – renforcent un malaise que nous observons à l'échelle nationale.

Jérôme Guillem,

maire PS de Langon (Gironde)

Joint par France 3 Aquitaine, le maire demande que "toute subvention publique soit conditionnée à une convention formalisée, avec des objectifs clairs, des bilans annuels et de contrôles de service, et tout cela, en pleine transparence vis-à-vis des familles".

Des dysfonctionnements pointés par les parents d'élèves

En février 2025, une centaine de parents s’était réunie devant l’établissement scolaire privé Sainte-Marie-Jeanne d’Arc de Langon, en Gironde, pour manifester leur colère. Ils dénonçaient des manques d’hygiène à la cantine, mais aussi des faits de harcèlement de la part de la direction et entre élèves.

L'Association des parents d’élèves (Apel)  avait effectué une visite, le 31 janvier, des locaux de la restauration scolaire. “Les enfants sont servis avec des couverts sales qui n’ont pour nettoyage qu’un trempage dans des seaux d’eau où l’eau croupit”, assurait alors Philippe Ferrandon, un parent d’élève et représentant du collectif des parents en colère. 

En février, la direction avait refusé tout dialogue avec les parents. Des plaintes ont été déposées. Le collectif avait interpellé des élus locaux et l'éducation nationale.

Manque de contrôle

Jérôme Guillem se dit très préoccupé par le sujet depuis plusieurs années. "Déjà, lors du conseil municipal en juillet 2023, j'avais souligné le manque d’opacité. À l’époque, je reprenais un rapport de la Cour des comptes sur le manque de contrôle et l'opacité des écoles privées".

Toute aide publique doit être assortie de conditions précises, suivies et évaluées.

Jérôme Guillem,

maire PS de Langon (Gironde)

Pour le maire, c'est d'autant plus gênant que la ville de Langon mène une vraie politique pour ses cantines publiques avec un de repas plafonné à un euro par enfant, "certains ne payant que 25 centimes, renchérit l’édile. Les parents d'élèves de Sainte-Marie sont venus me voir, mais je ne peux rien faire. Cette école privée dépend du diocèse, pas de la mairie. Je me retrouve à être interpellé en tant que maire, et on se rend bien compte de l'absurdité de la situation, où je n'ai absolument pas mon mot à dire".

Réformer la loi des écoles sous contrats

Le maire estime qu'il est temps de changer la loi encadrant les subventions publiques allouées aux établissements scolaires privés sous contrat avec l'État. "Avec tout ce qu'il se passe depuis ces dernières années et l'affaire Bétharram, j'ai décidé d'adresser un courrier formel aux représentants de l'école Sainte-Marie, afin d'exiger des garanties dans le cadre de la subvention municipale, et d'autre part, un courrier formel à la ministre de l’Éducation nationale, pour que l'état engage une réforme permettant aux collectivités de mieux encadrer l'usage de ces financements." 

C'est inacceptable. Aujourd'hui, au vu de ce qui s'est passé ces dernières années, notamment concernant les écoles privées, il faut qu'il y ait un contrôle, un suivi. C'est ce que j'ai demandé.

Jérôme Guillem,

maire PS de Langon (Gironde)

La subvention de l'école Sainte-Marie était de 51 000 euros en 2024.  "Le calcul est basé sur les comptes administratifs, mais je n'ai pas de contact avec l'école", précise Jean-Pierre Pointreau, le directeur des affaires scolaires de Langon, regrettant lui aussi le manque d'échange avec cet établissement.

L'établissement Sainte-Marie-Jeanne d'Arc reçoit par ailleurs cette année une subvention de plus de 113 000 euros du Département de la Gironde pour le collège.

Nous n'avons pas réussi à joindre la direction à l'heure de la publication de cet article. La directrice serait en arrêt maladie depuis le mois de mai. Selon Alain Veigas, un autre parent d'élève qui fait état de nombreux dysfonctionnements graves, et qui a créé l'association Tous ensemble pour Sainte-Marie, "il y aurait eu un contrôle de l'inspection académique en avril à la demande de professeurs. Le résultat n'est pas encore connu". Contacté par France 3 le diocèse de Bordeaux n'a pas encore donné suite. 

La position de la ville de Langon va dans le sens des conclusions des deux rapporteurs de la commission d'enquête parlementaires sur les violences dans les établissements scolaires, lancée dans la foulée du scandale de l'affaire Bétharram en février dernier, qui préconisent de renforcer les contrôles dans les écoles privées sous contrat. Selon leur estimation, il y aurait un contrôle tous les 1 500 ans en moyenne. 

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