"C'est de la maltraitance" : dans le Morbihan, le pacte enseignant fond comme neige au soleil + explications de texte par StopSouff'

Le pacte enseignant, lancé par le gouvernement en 2023 pour permettre aux professeurs d'accepter de nouvelles missions tout en étant rémunérés, bat déjà de l'aile. De quoi agacer des chefs d'établissement du pays de Lorient.
Commentaires StopSouff plus bas.

Quentin SAISON. Publié le   Article Ouest-France

 À quelques jours de la rentrée, Marc Suteau fulmine : « J’ai été notifié mercredi 28 août que je vais perdre 74 % de mon enveloppe sur le pacte enseignant , lance le directeur du groupe scolaire Saint-Joseph-La Salle, à Lorient (Morbihan). C’est de la maltraitance, et je pèse mes mots. » 1

Mis en place à la rentrée 2023, le pacte enseignant devait permettre aux professeurs de collèges et de lycées de prendre part à des missions supplémentaires, tout en étant dédommagés. Mais pour cette nouvelle rentrée, tous les établissements de l’académie de Rennes sont impactés par une fonte drastique du dispositif. 

« J’ai perdu 65 % de mon enveloppe, regrette un autre chef d’établissement du pays de Lorient, qui préfère rester discret. J’ai eu la notification très tard, le 20 août. On avait mis plein de choses en place grâce au  pacte, on en avait renforcé d’autres. Là, nous n’avons plus assez de crédits, ça va pénaliser plein de projets. » 

Un sentiment de mépris 

« J’ai perdu 80 % de mon enveloppe pacte», abonde Isabelle Léger, du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale. De quoi menacer, dans le lycée qu’elle dirige, des dispositifs d’accompagnement en langues, ou des projets artistiques et culturels. « On va avoir des profs qui vont se désengager de ces projets car ils ne seront plus dédommagés. » 2

Elle l’a appris début juillet, quelques jours avant la fermeture estivale de son établissement. Un sentiment de mépris émerge chez certains chefs d’établissement. « Ça a été très difficile de mettre le pacte en place, il était mal perçu l’année dernière par une partie des professeurs, enchaîne Isabelle Léger. Maintenant qu’on a réussi à convaincre une partie des collègues, on ne peut plus les satisfaire. »

Un autre chef d’établissement renchérit : « Il y a un sentiment de non-reconnaissance du travail des professeurs. Même en termes de crédibilité envers nos équipes, c’est compliqué. » Et Marc Suteau regrette : « Au niveau du management, ça nous met à rude épreuve. »

1. On vous explique : dans le catho sous contrat, il y a une part belle au bénévolat des profs. C'est imposé le plus souvent "pour la vitrine", histoire de recruter toujours plus d'élèves, dans la concurrence à l'aspect fort unique de la Bretagne, où la partition public/privé est quasi à égalité. Dans les faits, le Morbihan est le seul département français, où il y a plus d'élèves inscrits dans le catho sous contrat que dans le public. En partie par tradition familiale, pas forcément religieux, une nouvelle fois, la région fait figure d'exception dans le diaporama éducatif français.
Mais voilà : dans la pure lignée de ce qui est désormais dénoncé en continu, l'opacité de l'utilisation de fonds publics en est ici encore une fois revendiquée.
A quoi ont servi les pactes dans le privé catho l'an passé :
- aux remplacements à l'arrache. Pas de problème, c'était le but premier.
- à des projets dit "innovants" : et là, le bât blesse. Les rectorats le reconnaissent pleinement, on ne connait pas les intitulés de ces innovations, pas même le décompte des heures, ni même les bilans de ces réalisations.
Ce qui a amené les chefs d'établissement à les distribuer à des tâches qui existaient déjà, d'ordre administratif, financées jusque là sur fonds OGEC. A s'acheter du soutien dans l'équipe aussi. Dans les faits, des tâches jusque là bénévoles, le sont le plus souvent restées bénévoles.
Ensuite, d'autres tâches, mode jardinage, voire des activités très "Laudato Si", ont été financées par pactes. Les pactes donnés pour la rédaction de projets Erasmus, alors que les accréditations ont une part dédiée au "management de projet", ne devraient pas non plus être autorisés. Puis il y a eu du cumul IMP/pactes, pour des missions identiques.
NB : Philippe Delorme, qui se décrit comme le Ministre de l'EN version catho, a indiqué aux CDE qu'ils pouvaient aussi se servir en pactes.
NB2 : Marc Suteau est un spécialiste de la victimisation des écoles cathos. Exemple de l'an passé : ne pas pouvoir appliquer les 2 heures laïcité, suite à l'assassinat de Dominique Bernard, en raison du transport des élèves... transports qui desservent aussi les écoles publiques, où les heures y ont été dédiées pourtant. C'est l'exemple parfait du CDE tout puissant, qui défait des carrières d'enseignant, jusqu'auprès des commissions du mouvement de l'emploi.

... peut-être est-il bien temps plutôt à l'introspection, enfin, en lieu et place de se placer en victime face aux évidences de malversations financières, morales, éthiques ?

2. Mettre la parole d'une direction d'une école publique dans le même article, présupposerait que le fonctionnement est à l'identique du privé. Ce qui est loin d'être le cas. Si des activités étaient alors financées sur HSE, ces HSE sont remplacées par des pactes. Que l'on réduit ensuite, et hors ceux dédiés aux remplacements, ils ne sont alors pas sécables. L'inquiétude est là plus honnête.

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