Vieille querelle politique

 Vieille querelle politique

L'éditorial de GHISLAINE OTTENHEIMER    jeudi 4 avril 2024  Article Challenges
 

Mais pourquoi raviver la guerre scolaire? Pourquoi s'attaquer à l'enseignement privé, plébiscité par les Français pour sa qualité, au moment même où l'enseignement public vacille? Pourquoi vouloir revenir sur le financement instauré par la loi Debré en 1959? D'autant que les 2 millions d'élèves scolarisés dans le privé sous contrat coûteraient plus cher à l’État s'il fallait les réintégrer dans le public En fait, ce n'est pas une simple attaque contre le  privé que profère une partie de la gauche, et notamment les élus LFI, en demandant la fin de ce système. Il s'agit d'un combat séculaire contre l'Eglise catholique, ordre privilégié de l'Ancien Régime, opium de cette ancienne France que voulaient déchristianiser les plus radicaux lors de la Révolution de 1789. Confiscation de ses biens, municipalisation de l'enseignement, massacre des prêtres réfractaires, destruction de lieux de culte, fermeture des églises, interdiction du port du costume ecclésiastique, suppression du calendrier grégorien, transformation de la cathédrale Notre-Dame en temple de la Raison Sans compter les parodies carnavalesques des sacrements. Mais ce combat fut perdu. La Convention a mis fin à cette déchristianisation forcée, poussée jusqu'à l'abolition des cultes, considérant que c'était une faute politique, tant elle fabriquait d'ennemis à la Révolution. Robespierre lui-même désavoua « ces hommes qui n'ont eu d'autre mérite que celui de se parer d'un zèle antireligieux ». Dès 1793, un décret est adopté, garantissant la liberté des cultes et déclarant l'enseignement libre, sans exclusion des prêtres. En 1801 : le Concordat assure une rémunération au clergé. En 1850 : la loi Falloux consacre la liberté de l'enseignement en accordant une large place aux représentants des cultes. Mais retour de balancier anticlérical en 1904 : la loi Combes interdit aux congrégations d'enseigner, y compris dans le privé. Loi qui ne fut abolie qu'en 1940 par le régime de Vichy. Dans ce contexte, l'instauration du financement du privé par l’État en 1959 fut considérée par une grande partie de la gauche comme une remise en cause de la laïcité. Mais quand, en 1984, François Mitterrand tente de s'attaquer au système, la protestation est telle qu'il retire le projet. Ne serait-il pas temps de dépassionner ce débat, alors que la population est largement déchristianisée, et de voir qu'aujourd'hui, objectivement, l'école privée est plutôt un modèle qu'il faudrait appliquer au public et non faire disparaître. Quitte à mieux la contrôler. Reste la question de la mixité sociale, qui fait défaut dans le privé. Les chiffres sont accablants : la part d'enfants issus de milieux aisés était de 55,4% en 2021, selon le Cour des comptes, contre 32% dans le public. On y recense 30 % à 50 % de mentions bien et très bien aux examens de fin de cycle, contre 13% dans le public. C'est à cette forme de discrimination négative de la part de l'enseignement catholique qu'il faut s'attaquer. En imposant des quotas? Pourquoi pas. Mais il faudrait aussi encourager ces institutions à investir les quartiers défavorisés, quitte à laisser la part du privé dans l'enseignement dépasser le seuil limite de 20%. Dans le même temps, il y a urgence à rendre le public plus attractif.?

Ce n'est pas une simple attaque contre le  privé que profère une partie de la gauche, notamment LFI. C'est un combat séculaire contre l’Église catholique.

 

Commentaires

Anonyme a dit…
Mais M Weissberg serait-il de gauche également?

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