Profs, parents et lycéens réclament “un plan de sortie du financement public de l’école privée sous contrat”
Profs, parents et lycéens réclament “un plan de sortie du financement public de l’école privée sous contrat”
Par Marion Rousset Article Télérama
Publié le 13 mars 2024 à 17h58
Mardi, une vingtaine d’organisations
regroupant des enseignants, des parents d’élèves et des lycéens ont
demandé, lors d’une conférence de presse, que l’argent public soit
utilisé... pour l’école publique.
Nous le disons noir sur blanc, l’argent public doit aller à l'école publique , lâche Grégory Frackowiak, secrétaire national du Snes-FSU en charge des questions de politiques scolaires et de laïcité. Mardi 12 mars, un spectre très large de syndicats enseignants, d’organisations lycéennes et étudiantes, d’associations de parents d’élèves et d’éducation populaire ont annoncé, lors d’une conférence de presse, leur volonté de faire front. Il n’est plus acceptable que l’État continue de financer le séparatisme social et scolaire que met en œuvre l’enseignement privé sous contrat, subventionné à 73 % par des fonds publics , explique le représentant syndical.
Alors que le sénateur Pierre Ouzoulias a mis sur la table une proposition de loi visant à conditionner le financement de l'école privée à des efforts en matière de mixité sociale et scolaire, cet appel va plus loin. Nous ne demandons pas de désubventionner l’enseignement privé du jour au lendemain, mais nous pensons qu’il faut engager un plan de sortie du financement public de l'école privée sous contrat, qui représente près de 10 milliards rien que pour le budget 2024, sans compter l’argent des collectivités territoriales , plaide Grégory Frackowiak.
De quoi réveiller une vieille bataille, larvée depuis trente ans. En 1994, un million de personnes étaient descendues dans la rue pour protester contre les manœuvres de François Bayrou, alors ministre de l’Éducation nationale, qui voulait réviser la loi Falloux sur le financement de l’enseignement privé. Par sa politique à l’égard de l’école privée, la majorité actuelle prend le risque d’instaurer fortement dans ce pays un système scolaire à deux vitesses [qui] séparerait une école publique devant accueillir tout le monde, particulièrement les classes sociales défavorisées, et une école privée sélectionnant sa clientèle, financée deux fois par les fonds publics et les fonds privés , avait à l’époque déclaré le premier secrétaire du Parti socialiste, Michel Rocard.
Un plaidoyer remis au goût du jour par la vingtaine d’organisations solidaires de l’appel de mardi, déjà signataires d’une tribune publiée dans Le Monde en janvier pour faire de l’école publique, laïque, gratuite et obligatoire la priorité du pays. Ce texte pointait notamment la concurrence inégale et faussée de l’enseignement privé sous contrat [qui] participe à la ghettoïsation, notamment des quartiers populaires.
"La crise de l’école publique est telle que nous sommes au stade de l’urgence vitale."
Grégoire Ensel, président de la FCPE
Cela faisait bien un an que le sujet montait. Dans les rangs des défenseurs de l'école publique, la publication, en janvier 2023, des Indices de position sociale (IPS) avait servi de déclic, en révélant l’ampleur de la ségrégation scolaire. Puis, au printemps dernier, Pap Ndiaye, alors ministre, avait entretenu la flamme en essayant en vain d’intégrer l’enseignement privé à son plan de mixité sociale et scolaire. La Cour des comptes avait ensuite publié un rapport pointant un manque de contrôle de la part de l’État…
Là-dessus sont arrivées Amélie Oudéa-Castera et l’affaire Stanislas qui ont mis le feu aux poudres. Le passage d’AOC est un coup de tonnerre parce que la ministre dit tout haut des choses que certains pensent tout bas. C’est le signal d’un choc cathartique qui a eu le mérite de recréer l’union sacrée, sans mauvais jeu de mots ! , lance Grégoire Ensel, président de la FCPE. Qui sonne l’alerte : La crise de l'école publique, qui manque cruellement de moyens financiers et humains, est telle que nous sommes au stade de l’urgence vitale. Il en est persuadé, la vague ne va pas s’arrêter de sitôt. Un mouvement puissant qui va partir des territoires est en train de grossir.

Commentaires