Landes : détournement d’heures ou harcèlement ? Le collège Sainte-Thérèse de Saint-Sever sous haute tension

 

Landes : détournement d’heures ou harcèlement ? Le collège Sainte-Thérèse de Saint-Sever sous haute tension

Par Michel Lafitte et Émilien Gomez-Cabot

Le diocèse d’Aire et Dax a engagé une procédure disciplinaire à l’encontre de la principale de l’établissement pour faute grave. De son côté, la responsable, en arrêt maladie depuis plusieurs mois, a déposé plainte pour harcèlement et dénonce un « lot d’accusations infondées »

Le collège Sainte-Thérèse de Saint-Sever est sous tension. Selon nos informations, le diocèse d’Aire et Dax, qui a sous sa tutelle cet établissement catholique privé – par ailleurs sous contrat avec l’État –, a engagé une procédure disciplinaire à l’encontre de la principale, Christine Larsen Dayris, 62 ans, pour faute grave.

 La procédure étant en cours d’instruction, le directeur de l’enseignement catholique des Landes, Emmanuel Ortolo, se refuse à tout commentaire : « Je suis en train de prendre des décisions pour la bonne gestion de l’établissement », se contente d’indiquer à « Sud Ouest » le responsable diocésain, qui confirme l’existence de la procédure et précise qu’une personne a repris les rênes de Sainte-Thérèse, « en intérim », ce jeudi 21 mars, « sachant que Mme Larsen est en arrêt [maladie] » depuis juin 2023.

Une procédure « nulle » ?

Cette personne n'est autre que Frédéric Sallier, directeur du groupe scolaire Jean-Cassaigne de Mont-de-Marsan. Il semblerait que la venue du directeur de Jean-Cassaigne à Sainte-Thérèse ait soulagé professeurs et parents d'élèves sur place.

Que reproche le diocèse à sa prédécesseure ? D'abord, un détournement d'heures de travail : Mme Larsen Dayris aurait déclaré un nombre d'heures de cours d'histoire qu'elle n'aurait pas toutes assurées. « Mme Larsen a un double emploi, des heures rectorat (droit public) et des heures Ogec (Organisme de gestion de l'enseignement catholique, droit privé). Si M. Ortolo veut la licencier, il faut qu'il trouve une faute grave sur les heures Ogec. Mme Larsen est soutenue par le rectorat (1), a été inspectée et l'Ogec n'a rien à lui reprocher », assure Xavier Terquem-Adoue, avocat de la principale.

« Elle va subir une pression énorme, elle va craquer et se mettre en arrêt maladie »

Selon l'avocat du barreau de Tarbes, le directeur diocésain « n'est pas habilité » à licencier sa cliente, et la procédure engagée risque d'être déclarée « nulle » en raison, notamment, d'une autre action en justice : un dépôt de plainte de Mme Larsen auprès du parquet de Dax contre le directeur de l'enseignement catholique et son adjointe, Mme de Pérignon, pour harcèlement. « Elle va subir une pression énorme, elle va craquer et se mettre en arrêt maladie », replace l'avocat, qui estime que M. Ortolo a pu « brutaliser verbalement » sa cliente, « débarquer sans prévenir » dans son bureau pour organiser une assemblée « sans respecter les dates ».

Convoquée à un entretien préalable à un licenciement à la mi-mars, Mme Larsen n'a pas répondu présente, sur les conseils de son avocat. « Il était hors de question qu'elle se rende à ce rendez-vous ! »

« Accusations infondées »

Informée du présumé détournement d'heures de travail, la hiérarchie ecclésiastique a diligenté une enquête interne via un cabinet. Qui a découvert d'autres griefs. Parmi eux, une mauvaise gestion des plannings du personnel des professeurs. Mais c'est surtout le comportement et le caractère dit « difficile » de la principale qui auraient cristallisé les tensions.

Des professeurs, dont certains se sont plaints d'une forme de harcèlement, ainsi que d'autres membres du personnel et des élèves auraient fait les frais de ses foudres. « Vous avez des noms ? Je n'ai pas de noms. Après avoir rencontré Mme Larsen, je peux vous dire que ce n'est pas sa personnalité », rétorque Me Terquem.

Les crispations entre sa cliente et la direction de l'école primaire du groupe ? Contactée, Christine Larsen évoque un « contentieux » lié aux travaux de rénovation du collège, un collège largement réhabilité et mis aux normes à côté d'écoles plus simplement rénovées ; ce qui aurait suscité la « jalousie » de la directrice. D'après la principale, on l'aurait accusée de favoriser son établissement au détriment de l'école alors que c'est, insiste-t-elle, l'Ogec, l'organisme en charge de la gestion, notamment économique, de l'établissement, qui décide des orientations.

« La DDEC (le diocèse, NDLR) aurait dû intervenir. Comme elle ne l'a pas fait, cette colère a été amplifiée et a pris des proportions énormes », souffle Christine Larsen, qui dénonce un « lot d'accusations infondées ».

« Quand je rencontre une famille en difficulté, je ne vois rien de mal à proposer mon aide »Frais de scolarité gratuits

Dans le viseur du diocèse, la gestion folklorique de Sainte-Thérèse par la principale, en poste de 2004 à juin 2023 : une fausse déclaration d'effectifs du collège (165 élèves actuellement) dans le but d'obtenir une importante subvention dans le cadre de la fameuse rénovation - qu'elle conteste - ou encore l'embauche de la fille de la présidente de l'Ogec. Interrogée sur ce point, Mme Larsen confirme, précisant que la jeune fille était en poste pour « surveiller l'étude deux fois par semaine ». Même chose pour son propre neveu, qui a remplacé une surveillante démissionnaire à la primaire voisine, deux semaines avant la Toussaint.

« Le contrat a été renouvelé trois fois en attendant que [la directrice] trouve un remplaçant. J'ai la preuve écrite des conseils de direction. Il est bien indiqué que c'était temporaire et pour dépanner. Ce n'est pas du népotisme », se défend Christine Larsen, à qui on reproche enfin d'avoir mis en place la gratuité des frais de scolarité pour certaines familles.

« Oui, ça m'est arrivé », répond l'intéressée, qui récuse l'idée de passe-droit, mais met en avant une aide octroyée à des familles « en difficulté » : « Là aussi, il y a deux manières de voir les choses. Soit vous voyez le coup de main à une famille en difficulté, soit vous dites que c'est pour gonfler les effectifs. Quand je rencontre une famille en difficulté, je ne vois rien de mal à proposer mon aide. J'assume. Si c'est tout ce qu'on me reproche... »

(1) Contacté, le rectorat nous a renvoyés vers le diocèse.

 

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