Critiques contre les écoles privées : «Le règne de la caricature et de l’excès», estime le secrétaire général de l’enseignement catholique
Critiques contre les écoles privées : «Le règne de la caricature et de l’excès», estime le secrétaire général de l’enseignement catholique
Alors qu’un rapport parlementaire sur le financement public des établissements privés doit être présenté mardi 2 avril en commission, Philippe Delorme défend sa paroisse.
par Elsa Maudet
Alors qu'un rapport parlementaire sur le financement public des établissements privés doit être présenté mardi 3 avril en commission, Philippe Delorme défend sa paroisse.
L'enseignement catholique lance son opération transparence. A six jours de la publication d'un rapport parlementaire sur le financement public des établissements scolaires privés sous contrat, la presse était invitée, ce mercredi 27 mars matin, à échanger avec Philippe Delorme, son secrétaire général,sur tous les sujets qui ont pu émouvoir l'opinion ces dernières semaines. Il était resté discret dans la tempête Amélie Oudéa-Castéra, concédant seulement un entretien à Ouest-France, un autre au Monde, fin février, soit un mois et demi après le déclenchement de l'affaire portant sur la scolarisation dans le privé des enfants de l'alors ministre de l’Éducation nationale.
«J'ai pu vous paraître un peu silencieux. Ce silence s'explique par le fait que je ne voulais pas d'un affrontement stérile», a assumé Philippe Delorme en préambule. Mais «tout le monde s'y met. Ça commence à faire beaucoup». Il est donc temps, juge-t-il, de répondre aux attaques et aux critiques,étrillant au passage «le règne de la caricature et de l'excès», épinglant «de vieilles ligues qui essayent de se redonner une nouvelle jeunesse dans des combats d'arrière-garde».
Le rapport parlementaire, présenté mardi prochain en commission des affaires culturelles et de l'éducation par les députés Paul Vannier (LFI) et Christopher Weissberg (Renaissance), «sera un rapport à charge, prédit Philippe Delorme. Ils partiront de certains dysfonctionnements réels pour généraliser». Sur le manque de mixité sociale dans les établissements privés, souvent pointé du doigt, «on nous caricature, on ne raisonne que sur quelques exemples», défend le secrétaire général de l'enseignement catholique.
Base de données en phase de test
La liste des indices de position sociale, qui reflètent le niveau socio-économique des élèves, est pourtant publique et démontre que ces indicateurs sont bien plus élevés dans le privé que dans le public - même s'il existe des contre-exemples. Surtout, la mixité est «en fort recul depuis une vingtaine d'années» dans les établissements privés, pointait la Cour des comptes en juin. Le secrétaire général de l'enseignement catholique, lui, reconnaît une baisse de la mixité «ces deux dernières années», effet qu'il impute notamment à la gentrification de certains quartiers : «C'est directement lié au départ des familles les plus modestes pour des raisons budgétaires, y compris quand on est prêts à les aider pour rester.»
Mais Philippe Delorme tient à afficher du volontarisme. Alors que, dans le cadre du protocole d'accord en faveur de la mixité signé l'an passé avec le ministère de l’Éducation nationale, l'enseignement catholique s'était engagé à «augmenter de 50 % minimum» le nombre d'établissements modulant les contributions financières en fonction des revenus des familles, le secrétaire général parle désormais de «généraliser» ce principe - sans toutefois pouvoir l'imposer aux quelque 7 000 établissements de son réseau - et envisage «peut-être d'aller plus loin en imaginant un tarif spécial pour les élèves boursiers».
En outre, la base de données qui compilera les frais de scolarité, les aides sociales et les subventions publiques de chaque établissement, prévue dans le protocole d'accord, est désormais en phase de test, avant une mise en place effective «dans le courant de l'année prochaine». «On fait cette base de données parce qu'on a bien conscience qu'il y a une autocensure des familles», note Philippe Delorme, prenant pour exemple un établissement bordelais qui propose «la quasi-gratuité pour les élèves boursiers et, l'année dernière, le chef d'établissement n'a eu que deux dossiers».
«Nous réclamons des contrôles»
Pour autant, pas de coup de baguette magique, reconnaît-il : «En septembre, pas grand-chose n'aura bougé. On ne va pas avoir d'un seul coup une augmentation massive du nombre de boursiers dans nos établissements. Mais, dans les trois ans à venir, on dépassera largement les objectifs fixés dans le protocole.»
Sur le plan du tri scolaire, dont l'enseignement privé est accusé, «si vous me dites qu'il y a des établissements qui sélectionnent leurs élèves sur dossier, je réponds : oui, mais ce n'est pas ce que je porte», tranche Philippe Delorme. Quid alors des établissements qui écrèment leurs élèves en cours de scolarité afin de garder les meilleurs et de pouvoir afficher de bons résultats aux examens ? «Je condamne fermement cette pratique», répond le secrétaire général, qui nuance : «Quand il y a des exclusions scolaires, dans 90 % des cas, quand les parents le veulent bien, les élèves restent dans notre réseau. J'ai les chiffres.»
Quant aux contrôles pédagogiques, financiers et administratifs, «ils ne sont pas toujours mis en oeuvre, convenons-en, mais nous y sommes disposés, voire nous les réclamons», a défendu Philippe Delorme, réitérant une position déjà affirmée auprès du Monde fin février. Enfin, concernant les groupes de niveau, «il y a des établissements qui les mettront en place, d'autres pas», résume-t-il, dénonçant le manque de moyens dégagés par l’État pour permettre leur déploiement.

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