Le Parisien - Saint-Germain-en-Laye : une enquête pour harcèlement au sein de l'Institut Notre-Dame

 

L’établissement d’enseignement catholique qui réunit collège et lycée fait l’objet d’une plainte déposée par un professeur. Des témoignages d’enseignants et d’un parent d’élève pointent des pratiques d’intimidation visant à préserver l’image de marque et avoir de bons résultats au bac.

Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), ce mardi. L'établissement privé est régi conjointement par le rectorat et le diocèse de Versailles. LP/Julie Ménard

Par Julie Ménard 

Le 10 mai 2023 à 06h45

Une façon de manager qui génère des critiques… Au collège-lycée de l’Institut Notre-Dame, à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), certains professeurs et responsables pédagogiques seraient loin d’être tendres avec leurs collègues, et même avec des élèves. Une plainte pour harcèlement déposée le 1er septembre 2022 à la gendarmerie est désormais entre les mains des enquêteurs de la police nationale, qui ont ouvert une enquête préliminaire.

C’est une professeure qui en est à l’origine. Employée au sein de l’établissement privé d’enseignement catholique depuis le début des années 2010 comme titulaire à plein temps, elle a déjà fait deux dépressions. « J’ai été traitée de salope en salle des profs, on me décrédibilisait auprès de mes élèves, j’avais une pression terrible », indique-t-elle.

« On m’a progressivement retiré des classes, des heures de cours… »

Dans sa plainte, elle met en cause le chef d’établissement, la responsable pédagogique et plusieurs de ses collègues. L’un d’entre eux se serait acharné contre elle, reprenant les notes des copies de ses élèves et lui demandant explicitement de quitter les lieux à plusieurs reprises.

Malgré plusieurs signalements à ses supérieurs, le harcèlement aurait continué de plus belle. L’enseignante dépose une première main courante en 2015, puis écrit au rectorat de Versailles en 2016. « Ça n’a pas plu au chef d’établissement, il fallait que je dégage, commente-t-elle. À partir de ce moment-là, on m’a progressivement retiré des classes, des heures de cours… Je n’étais plus professeure principale, je ne pouvais plus organiser aucune sortie ou projet avec mes élèves. »

« On joue à diviser les équipes avec le conflit et l’intimidation… »

Elle précise que pendant dix ans, elle n’avait que 17 heures sur son emploi du temps — dont seulement 12 dans sa spécialité — alors qu’un « temps plein pour un professeur titulaire certifié correspond à 18 heures hebdomadaires », selon le rectorat de Versailles.

Au moins cinq autres enseignants qui ont quitté les lieux récemment, ou quelques années plus tôt, disent avoir eux aussi subi ce type de harcèlement. « Le rythme de travail est effrayant, même quand je travaillais à mi-temps, j’allais au lycée tous les jours, se rappelle une professeure partie en 2014. Il y a beaucoup d’agressivité, on joue à diviser les équipes avec le conflit et l’intimidation… C’est la façon de manager car le rêve qu’on vend aux parents, c’est l’élitisme. Si un gamin rate son bac, c’est le drame absolu. »

Un autre enseignant parti à la fin de l’année scolaire 2022, rapporte les mêmes propos. « Je faisais des 7 heures-19 heures, se souvient-il. Au début, tout se passait bien mais la relation avec le chef d’établissement s’est dégradée. J’étais convoqué dans son bureau sans motif, il m’interdisait d’utiliser le matériel dont j’avais besoin pour faire cours. Il avait toujours à redire sur mon travail alors qu’il n’a jamais assisté à un cours. Après ça, j’ai postulé dans d’autres établissements à Saint-Germain-en-Laye et à Versailles. On m’a d’abord dit que j’étais pris. Puis on m’a rappelé le lendemain pour me dire que non. Les proviseurs s’appellent entre eux… »

Des élèves « punis non-stop »

Pire encore, plusieurs témoins parlent de harcèlement envers les élèves. « Il y avait des choses inadmissibles, des élèves me disaient que des profs leur mettaient la tête dans la poubelle pour rire, se souvient une autre professeure partie de l’Institut. En réunion, on écrivait Maman insupportable sur les dossiers ou on disait d’une élève qu’elle était sale. Beaucoup de collègues le vivent mal, ce sont des pratiques intolérables pour notre profession. »

Son ancienne collègue dénonce elle aussi des « choses horribles ». « J’ai déjà triché pour retirer des heures de colle, avoue-t-elle. Les élèves sont punis non-stop, ils peuvent prendre plusieurs heures de colle pour 5 minutes de retard à cause du bus. »

Une maman dont les deux enfants ont fait toute leur scolarité à Notre-Dame abonde : « Mon fils voulait faire une pétition contre le prof de sport car il traitait les élèves de cons. » Et d’ajouter, en précisant que ses enfants ont toujours refusé de changer d’école pour rester avec leurs amis : « Mon fils a été plusieurs fois exclu de cours sans raison, quand j’appelais on ne me donnait aucun motif. Une fois, il a refusé de s’asseoir par terre dans le couloir après avoir été sorti de classe et il a été collé pour ça. Une autre fois, il a été retenu une heure dans un bureau à pleurer, accusé d’avoir volé un yaourt à la cantine.»

Le chef d’établissement à la retraite cette année

Toutes les personnes contactées assurent avoir à plusieurs reprises prévenu la direction, le rectorat, et le diocèse de Versailles qui régissent conjointement l’Institut Notre-Dame. Tous affirment n’avoir jamais eu de retour. Sollicités, ils répondent que « le directeur diocésain précise qu’une visite de tutelle habituelle a été réalisée par l’Enseignement catholique des Yvelines (en mars 2023) et montre la qualité générale de la relation dans l’établissement entre les membres de la communauté ». Le chef du collège-lycée, mis en cause par tous les témoins, partira à la retraite à la fin de l’année scolaire.

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Commentaires

Anonyme a dit…
Toujours les mêmes pratiques malheureusement. C'est triste: intimidations, pressions, diviser les équipes afin de gagner un peu plus de pouvoir. Si au moins la direction de ces établissement se "battaient" à arme égale...même pas! elle préfère l'abus de pouvoir, divise pour mieux régner et achète le silence. Pas brillant tout ça...sans oublier la réponse du diocèse à l'identique: tout va bien, la Direction est parfaite: « le directeur diocésain précise qu’une visite de tutelle habituelle a été réalisée par l’Enseignement catholique des Yvelines (en mars 2023) et montre la qualité générale de la relation dans l’établissement entre les membres de la communauté ». Toujours plus simple de se voiler la face et ne surtout pas remettre en question la Direction.

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