« On ne considérait pas cela comme de la pédocriminalité » : l’évêque de Quimper choque les collectifs de victimes

Article Ouest-France

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« La pédophilie était considérée comme une manière d’éduquer les enfants à être libres sexuellement. À l’époque on ne considérait pas cela comme de la pédocriminalité. » Les propos de l’évêque de Quimper et Léon, Monseigneur Dognin, choquent des collectifs de victimes.


Tout part d’un long courrier de six pages, manuscrit, envoyé à l’évêque de Quimper et Léon (Finistère), Monseigneur Laurent Dognin, le 24 juin 2026. Dans ce courrier, transmis à la rédaction par le Collectif Saint-Pierre du Relecq-Kerhuon et le Collectif des victimes du Kreisker et de Sainte-Ursule  (Saint-Pol de Léon), une femme raconte son passé douloureux.

Elle décrit notamment ce que d’autres qu’elle ont pu subir : des violences physiques, mais aussi des violences à caractère sexuel, à Saint-Pol-de-Léon. Elle-même indique avoir été victime d’un viol par un prêtre en 1990 et être aujourd’hui âgée de 90 ans.

La réponse de l’évêque à la victime

L’évêque, lui, a répondu dans un courrier daté du 15 juillet 2026, dont les collectifs ont eu copie avant de le relayer auprès d’ Ouest-France. Il assure d’abord à sa correspondante avoir été beaucoup touché par son courrier. Il est plus développé et plus global que tous ceux que j’ai reçu jusqu’à présent, note-t-il.

C’est justement en recevant des personnes victimes et en prenant conscience par les témoignages de ce qu’il s’est passé durant des décennies que nous sommes maintenant bien engagés pour la protection des mineurs, indique-t-il encore.

 Mais ce sont d’autres propos qui font bondir les membres des deux collectifs de défense des victimes. Dans son courrier, l’évêque écrit : Il faut souligner que la société était très permissive dans les années 60-70 car il était « interdit d’interdire » et que même la pédophilie était considérée comme une manière d’éduquer les enfants à être libres sexuellement. À l’époque, on ne considérait pas cela comme de la pédocriminalité ! Cela explique en partie le silence des responsables de l’époque, y compris dans l’Église !

Il ajoute : Votre témoignage va prendre place dans les archives diocésaines où nous les collectons pour que cette page dramatique de l’histoire de l’Église dans notre diocèse reste à disposition des chercheurs et des générations futures.

« Elle était un crime hier, elle l’est aujourd’hui »

Les collectifs ont écrit à la presse pour dénoncer avec la plus grande fermeté ces propos. Pour nos collectifs, ces mots sont inacceptables. Expliquer la pédocriminalité par l’air du temps, c’est, pour les victimes, l’expérience d’être niées une seconde fois. La pédophilie n’a jamais été, à aucune époque, une manière d’éduquer les enfants : elle était un crime hier, elle l’est aujourd’hui. Qu’un évêque l’écrive à une victime en dit long sur le chemin qui reste à parcourir au sein de l’Église. Ces propos ont fait l’objet, le 5 octobre 2026, d’un signalement adressé au Secrétariat général de l’enseignement catholique.

Contacté par nos soins, Mgr Dognin s’explique : Ce que j’ai voulu souligner, c’est qu’il y a eu beaucoup plus de victimes dans les années 1960 et 1970 et même un peu dans les années 1980. La conscience était émoussée par le contexte de l’époque. Ça n’enlève en rien à la responsabilité des personnes. Ceux qui ont fait le mal ont fait le mal.

S’appuyant notamment sur un rapport de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église), il estime aussi qu’à l’époque, l’autorité religieuse a fait preuve de laxisme et qu’il y a eu une période où on laissait faire des choses.

Il y a une souffrance dont on n’était pas conscients, et qui ressort maintenant, poursuit l’évêque. "Je ne fais que retransmettre ce que j’ai entendu de l’époque. Il y avait comme un contexte qui est aujourd’hui inacceptable."

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43 ans au service de l'enseignement catholique. Suspendue par le rectorat de Versailles à un mois de la retraite, à la demande du directeur du Sacré Coeur