"Beaucoup étaient choqués qu’on fasse le blocus dans un établissement aussi strict" : dans les lycées privés aussi, les élèves se mobilisent
Même s’ils sont moins nombreux que dans le public, des lycéens du secteur privé se sont mobilisés pour demander de meilleures conditions d’apprentissage. Avec souvent les mêmes revendications que dans le public.
Par
Faustine Mazereew
Publié le 21 octobre 2026 Article L’Étudiant
Dans certains établissements, le mouvement lycéen est historique. "Je suis scolarisée ici depuis la 6e et je n’ai jamais vu ça", témoigne Yukino. Cette élève en terminale au lycée privé catholique Henri-Matisse à Montreuil, a participé au blocus de son établissement du 6 au 9 octobre. "Autour de moi, beaucoup de gens étaient choqués qu’on fasse le blocus dans un établissement aussi strict", ajoute la lycéenne.
Le phénomène des blocus dans le privé ne se cantonne pas aux lycées d’élite de région parisienne, selon Valérie Ginet, secrétaire générale du syndicat d’enseignement privé Fep-CFDT : "D’après ce qui nous a été remonté, les premières mobilisations dans le privé auraient débuté à Nantes. S’en sont suivis des blocus à Paris, Lyon, Marseille et d’autres grandes villes."
Soutien aux lycées publics
En périphérie des villes, certains établissements privés se mobilisent également. C’est le cas du lycée Charles Péguy, à Clisson (44), à une trentaine de kilomètres de Nantes, où est scolarisée Lyna. "Je suis dans un lycée très privilégié : nos locaux sont neufs, nous avons une salle de spectacle, de sport… Mais pour nous, il était très important de soutenir les lycéens du public qui étudient dans des établissements moins favorisés", témoigne l’élève de 17 ans.
Tous les lycées privés ne sont pas aussi privilégiés que celui de Lyna. Contrairement aux établissements publics, financés par la Région et l’État, dans le privé les investissements immobiliers et certaines dépenses de matériel sont à la charge de l’établissement. En théorie, un lycée public bien doté par sa Région peut donc avoir des infrastructures et du matériel supérieurs à un lycée privé aux finances serrées.
"En cours d’histoire-géo, on n’a jamais assez de chaises. On doit souvent aller en chercher dans la classe d’à côté", illustrent Sara* et Assia*. Ces deux sœurs, en première au lycée privé Saint-Rémi, à Roubaix (59), ont participé au blocus de leur établissement la semaine précédant les vacances de la Toussaint. "Les salles de classe sont en mauvais état - par exemple, on n’a pas de rideaux aux fenêtres. Et le lycée n’allume le chauffage que très tard", ajoutent les lycéennes.
Classes surchargées
Alexandre, scolarisé au lycée privé Claude-Nicolas Ledoux à Vincennes, déplore lui aussi les conditions d’apprentissage dans son établissement, qui a été bloqué du 1er au 6 octobre. "Dans plus de la moitié des classes, les ordinateurs et les vidéo-projecteurs ne marchent pas, rapporte l’élève en terminale STI2D. Notre prof d’histoire-géo a été absent tout le second trimestre de l’année dernière et personne ne l’a remplacé. On n’a pas non plus d’infirmière scolaire."
Autre problème partagé par certains lycéens du privé : les classes surchargées. "Nous sommes 36 par classe, ce n’est pas normal”, s’exclament Sara et Assia. Selon Valérie Ginet, “dans le privé, le nombre d’élèves par classe est parfois encore plus élevé que dans le public, car plus on remplit les classes, plus il y a de rentrées d’argent".
Comme dans le public, les lycéens du privé sont très inquiets à propos de Parcoursup. Thaïs et Lina, des lycéennes ayant participé au blocus de Rocroy Saint-Vincent-de-Paul, à Paris, reprochent à la plateforme son "algorithme opaque, qui fait un tri aléatoire". "On a entendu des témoignages d’anciens terminales qui n’avaient pas de très bons résultats scolaires, mais ont été acceptés dans des facs prestigieuses, et d’autres personnes qui étaient dans les premiers de la classe et n’ont pas obtenu leurs vœux", rapportent les lycéennes de 17 ans.
© Photos fournies par les témoins
Pression scolaire
Au lycée privé La Croix rouge à Brest, bloqué le 1er et le 8 octobre, les élèves se sont mobilisés pour "dénoncer des discriminations". "Avec plusieurs élèves noirs ou métis, nous avons subi des propos racistes, et personne n’a été sanctionné, affirme Emma*, une lycéenne en terminale. J’ai aussi des troubles dys, et on m’a refusé des aménagements." Emma dénonce également "une forte pression scolaire" et "l’état de santé mentale de beaucoup d’élèves". "Quand j’étais en 4e, un ami s’est suicidé", souffle-t-elle.
Cette pression, ressentie par plusieurs lycéens avec qui nous avons pu échanger, serait l’une des raisons pour lesquelles les élèves du privé se sont moins mobilisés. Selon le bureau académique de la CGT Enseignement Privé de l'Académie de Nice (06), où a été bloqué le lycée Don Bosco : "Dans l'enseignement privé sous contrat, les élèves sont souvent soumis à des logiques conservatrices ou à des pressions de la part des directions. Ils ont plus de mal à faire entendre leur voix."
Certains lycéens rapportent avoir été contraints de stopper les blocus sous la menace de sanctions. Yukino a été menacée d’exclusion. Un ami d’Emma, lui, "a été exclu définitivement". "Nous avons eu beaucoup plus de sanctions que les élèves des lycées publics alentours", affirme-t-elle. Au lycée d’Alexandre, le directeur de l’établissement serait venu "filmer les participants au blocus en les menaçant de sanctions".
Les lycéens interrogés espèrent l’annonce de mesures de la part du gouvernement pendant les vacances. Et certains ont déjà prévu de reconduire les blocus à la rentrée.

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