Adam Smail, Houssaine Mazouz : « Monsieur Leroy, vous parlez de casse. Nous parlons de mépris »
Dans cette tribune, Adam Smail, ancien élève du lycée Couffignal, et Houssaine Mazouz, élève du lycée Pasteur, interpellent le président de la Région Grand Est. Ces deux jeunes issus de quartiers populaires de Strasbourg déplorent l’inégalité des moyens entre les établissements.
« On ne parle pas de manipulation par un parti politique. On parle de chiffres. Et les chiffres sont une gifle.
À Strasbourg, nos lycées accueillent des élèves dont l’indice social, mesuré par le ministère lui-même et qui indique le statut social des élèves à partir des professions et catégories sociales de leurs parents, est inférieur de 30 points à celui de Fustel de Coulanges. À Pasteur, 98,9. Au Gymnase Jean Sturm, lycée privé, 151,6. Même ville, deux mondes. Et ceux qui décident pour nous viennent tous du second.
Ils ne savent pas ce que c’est, un cours en manteau parce que le chauffage a lâché en janvier. Ils ne savent pas ce que c’est, une salle transformée en four en juin. Ils ne savent pas ce que c’est, attendre Parcoursup en sachant que le nom de son lycée pèse contre soi.
Monsieur Leroy, vous nous dites qu’aucun de nos lycées ne figure parmi les 100 pires de France. Devons-nous vous remercier ? Devons-nous être les derniers de France pour avoir le droit d’être chauffés ? Vous reconnaissez vous-même des « problèmes structurels ». Alors pourquoi le budget des lycées baisse-t-il depuis trois ans ? Et pourquoi trouvez-vous chaque année 10 millions d’euros pour les lycées privés, qui ne relèvent même pas de vos missions ?
« Les grandes conquêtes sociales n’ont jamais été offertes »
Vous parlez de casse. Nous parlons de mépris. Ce système qui laisse pourrir nos bâtiments et qui, quand nous protestons, répond par des milliers de gardes à vue, majoritairement à l’encontre de mineurs. Nos camarades blessés, humiliés, nous ne les oublierons pas. Chaque cas ira devant la justice et le Défenseur des droits. Vous voulez des comptes au centime près ? Nous aussi.
Les grandes conquêtes sociales n’ont jamais été offertes. Elles ont été arrachées. En 2006, la jeunesse a fait plier un gouvernement à propos du Contrat Première Embauche. Par le nombre. Par la détermination. Par une colère qui ne se calme pas avec des promesses.
Nous exigeons :
- des moyens pour nos établissements, chiffrés, un par un ;
- la fin d’un Parcoursup qui trie selon l’adresse de l’établissement ;
- des comptes sur les violences subies de la part du Ministère de l’Intérieur.
Pas dans un an. Maintenant.
Vous dites que nous n’avons pas de représentants. Nous sommes là. Des élèves ou anciens élèves de Couffignal, Pasteur, Rudloff et même d’autres lycées de Strasbourg ou d’ailleurs. Nous vous prenons au mot « si des lycéens veulent me rencontrer, demain je suis chez eux ». Nous vous attendons.
La jeunesse est l’avenir de ce pays. Nous ne vous laisserons pas les gâcher, ni l’un ni l’autre.
En avant, la gen Z. C’est notre moment. »
Adam Smail, Houssaine Mazouz
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