Visite du pape en France : dans l’avion du retour, Léon XIV nuance les propos rapportés par les victimes sur le caractère « systémique » des violences sexuelles dans l’Eglise

Dimanche, les victimes qui avaient rencontré le souverain pontife à Lourdes avaient fait part d’une évolution majeure dans ses mots. Celui-ci a précisé, lundi, avoir plutôt parlé d’organisations au sein de l’Eglise qui, parfois, ont pu « être abusives en tant que système ».  

Par  (Rome, envoyée spéciale)

Publié le 28 septembre 2026 à 23h25    Article Le Monde




Le mot, ils en étaient sûrs, avait été prononcé. Pourtant, lundi 28 septembre au soir, dans le vol qui le ramenait à Rome après quatre jours d’une intensité folle à travers la France, Léon XIV a nuancé : non, il n’a pas exactement reconnu le caractère « systémique » des violences sexuelles dans l’Eglise.

La veille pourtant, à Lourdes (Hautes-Pyrénées), lors d’une conférence de presse organisée par les victimes qui avaient eu la possibilité de le rencontrer, cette reconnaissance avait été annoncée comme évidente. « De son point de vue, les agresseurs sont des individus, certes, avait expliqué, dimanche, Jérôme Guillement, l’une des victimes reçues par le souverain pontife. Mais, de son point de vue, ce qui leur permet de prospérer, c’est le caractère systémique qui a existé et qui existe encore. »

Lundi, le pape a donc précisé son propos : « Je dirais, sans vouloir contredire qui que ce soit, et parce que je pense que c’est très important, que je voudrais d’abord rappeler qu’en rencontrant ces sept victimes, je leur ai demandé de m’aider à faire connaître aux autres victimes ma volonté, ainsi que celle de l’Eglise, de les écouter et de cheminer avec elles dans leur recherche de guérison. » Et, a-t-il poursuivi, « en reconnaissant la douleur provoquée dans leur vie par les situations d’abus ».

Mais si « plusieurs d’entre elles ont parlé d’abus systémiques, a ajouté Léon XIV dans l’avion, personnellement, je préfère l’exprimer différemment ». Le pape dit avoir plutôt échangé des propos sur « certaines organisations au sein de l’Eglise qui, parfois, ont pu, si vous voulez, être abusives en tant que système ». Ainsi, il ne reconnaît pas exactement le caractère systémique des violences sexuelles au sein de toute l’Eglise, mais estime que certains lieux ont pu favoriser la survenue de violences de par leur organisation.

Un pas significatif

Le sujet, pour l’Eglise de France et pour le Vatican, est particulièrement sensible. En 2021, les évêques auxquels avait été remis le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) avaient, eux, reconnu justement ce caractère systémique : les agresseurs n’étaient pas, selon eux, des brebis galeuses qui avaient commis leurs crimes dans des contextes isolés, mais plutôt des prédateurs qui avaient prospéré dans un environnement, un système donc, qui le leur avait permis. Le rapport, qui précisait ce système et comptabilisait 330 000 victimes de 1950 à nos jours, avait été reçu très froidement à Rome, où ses conclusions avaient été jugées exagérées.

Dimanche, les victimes qui s’étaient exprimées devant les journalistes avaient pourtant eu l’impression que le vent avait tourné au Saint-Siège. Les choses s’avèrent plus complexes. Pour autant, en reconnaissant que certaines institutions ont pu favoriser ces violences, le pape fait un pas significatif dans le sens des victimes, du moins françaises, qui réclament cette reconnaissance depuis cinq ans.

Les violences sexuelles n’ont pas été le seul sujet abordé par le pape lundi soir. « Lorsque l’Eglise parle de défense de la vie, lorsqu’elle parle de questions de doctrine sociale, elle n’entre pas dans la politique, elle applique l’Evangile à la vie des personnes », a tenu à préciser le Saint-Père, qui avait, à plusieurs reprises lors de sa visite, évoqué la loi sur l’aide à mourir adoptée en France au mois de juillet. « La défense de la vie est quelque chose que, comme vous le savez tous, l’Eglise enseigne et dans laquelle elle croit profondément », a-t-il rappelé.

Le souverain pontife, qui s’est déjà, à de nombreuses reprises, exprimé sur le sujet de l’intelligence artificielle (IA), lui consacrant son premier texte magistériel majeur, l’encyclique Magnifica humanitas (« Magnifique humanité »), a été également amené à en reparler. Lui qui rappelle, à chaque fois qu’il en a l’occasion, que l’être humain doit être au centre des réflexions lorsqu’il s’agit de penser un avenir avec des IA de plus en plus puissantes et autonomes, a voulu se montrer rassurant. Interrogé sur l’inquiétude qu’avaient pu susciter en lui de récentes attaques commises par des agents d’IA, Léon XIV a répondu : « Suis-je paniqué ? Non, je ne le suis pas. Je dors la nuit. » Mais, a-t-il dit, « je pense que les inquiétudes soulevées par de nombreux experts et spécialistes de l’intelligence artificielle doivent être prises au sérieux ».

« Nous devons continuer à inviter les responsables politiques, les dirigeants du secteur de l’intelligence artificielle, les organisations et les associations de la société civile à se réunir et à examiner ce qu’il se passe déjà et ce qui pourrait arriver à l’avenir », a souhaité le souverain pontife, pour qui le sujet est loin d’être épuisé.


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43 ans au service de l'enseignement catholique. Suspendue par le rectorat de Versailles à un mois de la retraite, à la demande du directeur du Sacré Coeur