Entre Saint-André et l'école privée Saint-Joseph, la facture de cantine à 78 000 € ne passe pas

À Saint-André, une première décision de la nouvelle municipalité sur le financement de l’école catholique Saint-Joseph a été annulée, après des tensions sur le coût de l’utilisation du restaurant scolaire et le calcul de la contribution communale. Mais l’affaire n’est pas terminée.

Par Jean-Charles Gatineau
Publié: 25 septembre 2026 à 16h26  

 


De quoi parle-t-on ?

1. Ce qui a failli arriver hier

Retour au mois de juin. La nouvelle municipalité n’est en place que depuis trois mois. Et arrive le moment pour elle, marquée politiquement à gauche, de se pencher sur le financement des écoles privées. Contrairement aux écoles publiques, les villes ne financent donc pas les travaux d’entretien ou de transformation qui touchent aux bâtiments du privé. Par contre, de par la loi, elles ont obligation de verser aux écoles privées un forfait pour leur fonctionnement. Pour cela, les services municipaux calculent ce que la ville dépense par élève scolarisé dans le public et doit reverser la même somme pour chaque élève domicilié dans la commune et scolarisé dans une de ses écoles privées. Voilà le cadre légal posé.

Est-ce aux contribuables andrésiens de payer une partie de la cantine des élèves du privé ? »

Cela n’a pas posé de problème en juin. Un élève de maternelle publique « coûte » à Saint André 1 590 euros à la ville et un élève d’élémentaire 675 euros. En multipliant ce chiffre par le nombre d’élèves andrésiens scolarisés dans les deux écoles privées de la ville, on obtient alors la contribution municipale pour La Cessoie et Saint-Joseph. Sauf que… Doivent aussi être pris en compte les « avantages en nature » accordés par la ville aux écoles privées, comme la mise à disposition d’un éducateur sportif ou d’un intervenant de l’école de musique. Les municipalités successives n’ont jamais fait de distinguo entre public et privé. Pour Saint-Joseph, cela passe aussi par l’utilisation du restaurant scolaire. Les élèves de « Saint-Jo » traversent la rue du Général-Leclerc chaque midi pour venir y prendre leur repas. De là va naître la tension… Saint-Joseph paye bien entendu les repas à la ville, mais la municipalité de Cyprien Richer estime que cet « avantage en nature » n’est pas payé à sa juste valeur par l’école. «  Est-ce aux contribuables andrésiens de payer une partie de la cantine des élèves du privé ? », pose-t-il alors en substance. La nouvelle municipalité refait les calculs comme elle l’entend et retire du montant général de sa contribution ce qu’elle estime juste pour ces services annexes, dont l’utilisation de la cantine. Près de… 78 000 euros sont soustraits. Une claque pour Saint-Joseph. Lors du conseil municipal de juin, forcément, l’opposant Thomas Fabre monte dans les tours. Il parle d’un très mauvais procès fait à l’école privée par une nouvelle municipalité de gauche. Et évoque la somme de 30 € de plus par mois à payer pour chaque famille si l’école répercute ce manque à gagner sur leurs factures. Voilà où on en était avant les vacances. Cyprien Richer assure alors être dans un dialogue constant avec l’organisme de gestion de Saint-Joseph (OGEC) pour que tout se passe pour le mieux…

2. Ce qui se passe aujourd’hui

La décision sèche de l’équipe municipale fraîchement élue a inévitablement créé des remous. Elle ne va finalement pas s’appliquer. En tout cas, pas tout de suite et pas si brutalement. Et c’est encore là une question de loi. Celle-ci dit en fait qu’une commune doit verser comme contribution à chaque école privée la somme globale due, basée sur le coût des élèves du public, et qu’ensuite, elle facture le coût des avantages en nature. C’est-à-dire que pour Saint-Joseph, l’utilisation du restaurant scolaire ne peut pas être déduite de sa contribution globale. Elle lui sera facturée plus tard. Il ne faut pas croire que les familles de Saint-Joseph sont riches parce qu’elles mettent leurs enfants dans le privé. »

Lors du conseil municipal de rentrée, ce mardi 22 septembre, la décision de juin fixant cette contribution à seulement 48 900 euros a donc été annulée. Une nouvelle a été votée : Saint-Joseph touchera au total un peu plus de 178 000 euros (187 000 pour la Cessoie, qui n’est pas concernée par cette affaire puisqu’elle passe par un prestataire privé pour la cantine). Quelque part sauvé par la loi, Cyprien Richer peut ainsi faire machine arrière et apaiser les tensions en ce tout début de mandat, sans que cela puisse être considéré par les siens comme un renoncement politique. Car ce n’est pas la fin de l’histoire…

3. Ce qui arrivera demain

Cette semaine, Thomas Fabre s’est félicité du rôle de « lanceur d’alerte » qu’il estime avoir incarné avec ses colistiers dans cette histoire. «  Il ne faut pas croire que les familles de Saint-Joseph sont riches parce qu’elles mettent leurs enfants dans le privé, et donc peuvent payer comme ça 30 euros de plus par mois  », avait-il souligné en juin, indiquant que l’indice de positionnement social de Saint-Joseph est plus faible que celui du groupe scolaire public des Peupliers (en réalité il est juste au-dessus : 123 contre 120).

L’affaire est cependant loin d’être entendue. Bien au contraire. La municipalité n’a en rien renoncé à faire payer davantage « Saint-Jo » pour la cantine, à mettre fin au « cadeau » fait par ses prédécesseurs à l’école catholique du centre-ville. De quel montant sera la facture cantine ? Un rattrapage, «  pour être dans les clous », mais à quel niveau et selon quels critères d’évaluation ? La soustraction pourrait être salée. «  On doit laisser la place au dialogue et à la discussion », a posé le maire ce mardi soir.

Accusés par l’opposition d’avoir pris une première décision dans la précipitation, Cyprien Richer et son adjoint aux écoles Sylvain Gousseau vont donc désormais prendre le temps de l’explication et de la négociation avec l’OGEC de Saint-Joseph. Pour qu’au moment où la facture de la ville tombera sur les bureaux de l’école, puis chez les parents d’élèves, chacun ne soit pas surpris. Mais possiblement fâché.

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