"Une épée de Damoclès au-dessus de la tête" : À Marseille, le collège et lycée Belsunce face à un risque d’expulsion
Par Theo BESSARD
Les
professeurs et salariés de l’établissement privé retiennent leur
souffle après que le tribunal judiciaire a émis un ordre d’expulsion. La
rentrée de septembre pourrait ne pas avoir lieu pour 230 adolescents.
La "formule Belsunce", tournée vers le social
Depuis 92 ans, l’établissement applique une recette : "Donner aux déshérités les mêmes chances de réussite que les plus privilégiés", résume François Anglade, ancien directeur de l’AEP Belsunce. Les frais d’inscription s’élèvent à 600 euros par an, contre plus de 1 000 euros ailleurs. Les élèves ont six heures et demie de français par semaine, au lieu de quatre heures et demie, pour combler leurs lacunes. Le projet pédagogique, conçu par les enseignants, leur permet de s’adapter à chaque élève. Les résultats sont là : 100% de réussite au baccalauréat, 96% au brevet des collèges, alors que 85% des élèves sont boursiers et 33% des familles monoparentales, surtout des mères.
"On est face à des enfants qui ont un capital culturel modeste. Ils vivent souvent avec des parents allophones - dont la langue maternelle est étrangère - et leur grand-mère ou leur grand-père dont il faut s’occuper. Pour maintenir le lien, on leur demande de venir récupérer les bulletins en mains propres", abonde Giuliano, le professeur d’italien. À ses côtés, la directrice, Dominique Astic, continue d’y croire dur comme fer : "C’est important pour nous d’avoir un but, donc on prépare la rentrée prochaine tant bien que mal. Surtout quand on sait que les enfants que l’on accueille deviennent à leur tour, après leur scolarité, un vecteur d’intégration et de réussite pour toute une famille."
Un risque d’expulsion
Condamnée à payer 170 000 euros d’arriérés de loyers, l’AEP Belsunce affirme avoir réglé sa dette. Pourtant, son appel contre l’expulsion a été rejeté. Elle a fait appel sur le fond et négocie avec le rectorat pour maintenir son contrat avec l’État. Le diocèse de Marseille reste ferme : "L’association a joui pendant très longtemps d’un commodat, c’est-à-dire qu’elle n’a payé aucun loyer. Les locaux appartenant à une paroisse pauvre, il n’a jamais été possible de fixer un montant correspondant au prix normal et permettant au propriétaire de faire face à ses obligations quant à l’entretien du site. D’où le congé qui a été signifié voici maintenant 9 ans, en 2017. On peut penser que l’AEP Belsunce a eu un temps suffisant pour envisager une solution", tranche-t-il. Contactée, la Région assure "maintenir ses échanges avec l’établissement". "La priorité absolue demeure la continuité des parcours scolaires et se tiendra prête à mobiliser tous ses leviers qui permettront la sérénité de cette rentrée", abonde-t-elle. Le Département se dit "attentif à la situation mais il ne lui appartient pas de commenter ou d'intervenir sur la procédure en cours".
Commentaires