"Le vagin « chemin sacré de la vie »" : l'intervention problématique sur la sexualité en 6e menée par une association non agréée dans un collège catholique
L'association CycloShow-XY est intervenue au collège Émilie de Rodat, établissement catholique privé sous contrat, le 26 juin 2026. © Capture d'écran Google Maps
Séparation filles garçons, sexualité abordée sous le seul prisme de la reproduction, références à une médecin allemande aux positions anti-IVG... Une intervention menée auprès d'élèves de 6e au collège privé sous contrat Émilie de Rodat à Toulouse (Haute-Garonne) interroge sur les contenus proposés et leur place dans le cadre du programme EVARS.
Comme chaque fin d'année scolaire, le collège Émilie de Rodat à Toulouse organise des journées "privilégiées pour les 6e". Ce début d'été 2026 ne fait pas exception. Les jeunes collégiens sont invités à une "démarche de prévention positive, originale, ludique, interactive et scientifique". Une journée "conforme" aux exigences de la circulaire de 2003, qui rend obligatoire une formation de six heures obligatoire pour l'éducation à la vie affective et sexuelle.
La tâche est confiée, au sein de cet établissement catholique privé sous contrat, à l'association CycloShow-XY. L'atelier doit répondre aux exigences du dispositif national lancé à la rentrée 2025 et intitulé EVARS/EVARS : Éducation à la vie affective et relationnelle (destinée aux élèves de primaire) et Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (destinée aux élèves de collège et lycée).
Une séparation mère fille et père fils
La présence des parents était fortement souhaitée, avec des ateliers genrés, regroupant d'un côté les garçons avec leurs pères et les filles avec leurs mères sur le temps scolaire. "L'établissement a insisté pour que chacune des collégiennes soit accompagnée par une femme, quitte à ce que ce soit la mère d'une autre élève qui s'en charge, une organisation déjà assez restrictive et genrée", témoigne un parent d'élève.
Deux ateliers distincts étaient prévus, "Cyclo'Show" pour les filles et "Mission XY" pour les garçons. Ils devaient apporter des réponses aux questionnements des enfants, âgés de 10 ou 11 ans, sur la puberté et les transformations que vont subir leurs corps. Pour les filles, il prend la forme d'une "grande « scène » de tissus représentant les organes génitaux féminins", détaille l'organisme sur son site.
Théâtre et mission spatiale
"Le vagin était associé à l'inscription « chemin sacré de la vie », le col de l'utérus au « portail de la vie », les ovocytes aux « perles de la vie ». Le mot « vie » revenait sans cesse, et la formatrice a répété à plusieurs reprises que l'ensemble représentait « la scène de la vie »", poursuit ce parent.
Pour les garçons, la découverte de la sexualité est associée à une mission spatiale. "Le fil directeur de la séance est la conquête spatiale : la puberté et l'adolescence sont comparées aux longs et minutieux préparatifs que des spationautes doivent mener pour parvenir à réussir une ambitieuse mission, [...] comprendre « l'équation de la vie »", c'est-à-dire la conception d'un bébé, précise le collectif sur son site. L'organe sexuel masculin y est comparé à une "base spatiale".
Une découverte de la sexualité qui est donc exclusivement abordée par le cadre de la reproduction. Mais selon notre témoignage, de nombreux sujets comme l'avortement, la prévention des maladies sexuellement transmissibles, le consentement ou les violences n'ont pas été abordés.
Des "éléments problématiques"
"Au fil de la journée, beaucoup d'informations scientifiques denses ont été délivrées, ce qui a pu permettre à certains éléments plus problématiques de passer relativement inaperçus", ajoute la même source. Il évoque une scène lors d'un moment en non-mixité, sans parents, où une jeune fille a demandé s'il était possible de concevoir un enfant autrement que lors d'une relation homme femme.
La formatrice a répondu qu'elle était là pour expliquer "la normalité", précisant que c'est ainsi que se reproduit l'espèce humaine, sans se prononcer sur le reste.
Autre élément soulevé, lors d'une mise en scène de la fécondation de façon imagée. L'ovule représenté par un ballon doré et les spermatozoïdes par de petits ballons munis d'une ficelle. Une fois l'ovule "fécondé", un gros cœur rouge y a été apposé, accompagné de l'explication suivante : trois semaines après, un cœur bat déjà.
Or, les explications scientifiques montrent qu'après trois semaines de grossesse, il n'existe aucun cœur formé. À ce stade, certaines cellules destinées à devenir cardiaques présentent une activité électrique visible à l'échographie, mais aucun organe n'est constitué.
Pas prévu de leur en parler "à ce moment-là"
Lors d'une audition au Sénat le 2 avril 2026 dans le cadre d'une commission d'enquête concernant les financements publics, Odile Vernet, la présidente de CycloShow-XY, s'est justifiée sur l'absence de l'évocation de certains thèmes.
"Dans le programme EVARS, sauf erreur de ma part, il n'est pas prévu de leur parler à ce moment-là des IST et de la contraception. Nos ateliers ont seulement trait à l'apprentissage des enjeux physiologiques : leur but est d'expliquer les changements qui se produisent à la puberté. Nous ne mentionnons pas ce qui se passera plus tard. Le programme étant bien fait, de tels sujets feront l'objet de nombreux travaux au cours d'autres années. Nous ne prétendons pas nous occuper de tous les thèmes."
Pourtant, d'après nos informations, sur l'ensemble de la journée, les deux tiers du temps ont été consacrés à la procréation, et seul un tiers à la puberté.
Concernant la non-mixité, la responsable communication de la structure, Karine Triot, fait valoir que "séparer les filles et les garçons pendant les discussions sur la puberté pouvait répondre à la grande gêne ressentie par chacun à parler devant l'autre sexe de ces transformations corporelles qui surviennent. Ce sentiment d'intimité préservée facilite l'expression des questions et des inquiétudes".
Une militante allemande anti-IVG à l'origine de l'atelier
Un autre élément d'ordre idéologique pose problème. L'atelier CycloShow s'inspire du projet d'Elisabeth Raith-Paula. En 1999, cette médecin allemande écrit un livre intitulé Que se passe-t-il dans mon corps ? et conçoit ensuite un atelier pour les jeunes filles, conçu comme une pièce de théâtre interactive, qui a rencontré un énorme succès en Allemagne. Mais Elisabeth Raith-Paula est surtout connue pour ses positions contre l'avortement, pronant la "contraception naturelle", donc l’absence de contraception. Ses travaux sont largement repris par les anti-IVG, à l'image de l'association australienne Fertility Charting.
Or, il convient de rappeler que l'avortement est un droit fondamental qui figure dans la constitution française depuis le 8 mars 2024. Dans son audition au Sénat, l'organisme s'est défendu en se disant "entièrement indépendante de cette personnalité. Nous utilisons seulement le livre du Dr Raith-Paula, qui n'aborde pas la question de l'IVG. Nous sommes indépendants de cette auteure". Pourtant, dans la salle, plusieurs livres signés y étaient exposés.
Des choix idéologiques qui posent donc question sur l'intervention de cette association au sein d'un établissement privé certes, mais sous contrat. Ce qui fait apparaître un second problème : son autorisation et son accompagnement par l'Éducation nationale.
L'association ne dispose pas d'agrément
Car CycloShow-XY ne dispose pas d'agrément. "Jusqu'à ce jour, la structure est intervenue à la demande de chefs d'établissement privés sous contrat. Les procédures d'agrément mises en place dans l'enseignement public ne sont pas opposables aux établissements privés sous contrat. C'est pourquoi l'association, jusqu'à présent, n'avait pas demandé d'agrément à l'Éducation nationale", a détaillé Hugues Foucault, responsable financier de l'association, lors de l'audition du 2 avril.
Dans le livret officiel du programme EVARS, il est écrit que "lors des séances, des partenaires extérieurs, ainsi que des associations spécialisées dont les compétences sont dûment reconnues et agréées, peuvent être associés aux personnels de l’éducation nationale responsables de ces séances."
Les enseignants presque absents
Cependant, pour la séance au collège Émilie de Rodat, aucun représentant de l'Éducation nationale n'a assisté à l'intégralité de l'atelier, et seule une personne, identifiée comme relevant de l'éducation religieuse, est passée brièvement. De plus cette intervention s'est déroulée sur le temps scolaire, sans alternative ni caractère optionnel. Les mails, bien que présentés comme émanant de l'équipe enseignante, provenaient finalement des représentants de l'éducation religieuse de l'établissement.
En novembre 2025, une intervention de la même association dans un collège de Pau (Pyrénées-Atlantiques) avait fait polémique. Le rectorat de Bordeaux avait alors indiqué à nos confrères d'ICI Bearn Bigorre que "le ministère recommande que ces intervenants soient agréés soit au niveau national soit au niveau académique, sans que cet agrément ne constitue une obligation pour les établissements d’enseignement privés".
Depuis la rentrée 2025, l'association CycloShow-XY est intervenue dans plus de 40 établissements, pour au moins 5000 élèves concernés. Contacté, le collège Émilie de Rodat n'a pas souhaité nous répondre.


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