« Guten tag mein Führer » : des professeurs dénoncent des dérives racistes et homophobes dans un lycée privé du Val-d’Oise

Des enseignants et une élève du lycée Notre-Dame-de-Bury, à Margency (Val-d’Oise), indiquent avoir alerté la direction après avoir observé ces comportements lors des deux dernières années scolaires. La responsable de l’établissement dément.

 


Ils décrivent un sentiment de complète impunité. Selon plusieurs témoignages, un petit groupe de lycéens aurait provoqué malaise et inquiétudes au sein du lycée Notre-Dame-de-Bury, à Margency (Val-d'Oise), lors des deux dernières années scolaires. Les jeunes auraient tenu des propos racistes et homophobes et affiché des opinions néonazies.

Avertie à plusieurs reprises, la direction de l'établissement n'aurait, selon plusieurs sources, ni sanctionné, ni signalé ces comportements, conduisant les personnes concernées, après de longs mois d'attente, à prévenir l'académie. « Ils n'existent pas et s'ils existaient, ils seraient sanctionnés », conteste la directrice du lycée, contactée par le Parisien, avant de mettre fin à la conversation.

Un contrôle du rectorat le 13 mars

Interrogé, le rectorat de Versailles indique avoir « lancé un contrôle inopiné sur place et sur pièces le 13 mars 2026 », dans le cadre du plan « Brisons le silence, agissons ensemble », un projet initié en 2025 par Élisabeth Borne, alors ministre de l'Éducation, « pour que les violences physiques, morales et sexuelles au sein des établissements privés ou publics ne puissent plus se produire ».

Le rectorat confirme de fait avoir reçu un signalement de la part d'un membre du personnel, peu avant le contrôle. « Sur place, les inspecteurs ont pu recueillir lors des auditions des éléments complémentaires ainsi qu'un deuxième témoignage », ajoute-t-il. Les conclusions n'ont pas pu être communiquées, le rapport final étant en cours de rédaction.

La première alerte aurait été émise par une élève de première. Elle aurait averti la direction par un courrier anonyme, dans un premier temps. « Personne n'a vraiment su m'écouter », regrette-t-elle. Elle a ensuite adressé une deuxième lettre à des enseignants du lycée, qui ont à leur tour tenté d'obtenir une réaction de la part de l'établissement. La directrice du lycée nie avoir reçu ces signalements.

Dans ce texte que nous avons pu lire, cette lycéenne désigne un groupe d'au moins cinq élèves qui partageraient les mêmes idées. Dans leurs discussions en ligne, ils se salueraient régulièrement en disant : « Heil Hitler ». Il y serait question de « nègres », de « pédés ». Ils y échangeraient des blagues racistes , sexistes et homophobes régulièrement. « L'un d'eux prétendait avoir des armes et vouloir se déguiser pour le prochain Halloween pour aller casser du pédé», écrit-elle.

Un costume douteux pour Mardi gras

Selon la lycéenne, l'un d'eux, se serait vanté de s'être déguisé en Adolf Hitler pour Halloween et de s'être promené dans des lieux publics dans cette tenue. Le 5 mars 2025, pour Mardi gras, célébré chaque année dans l'établissement, le même élève serait venu coiffé d'un béret militaire, une moustache postiche et un imperméable.

« Il a opté pour une version qui passe mieux de son costume, avec une moustache un peu différente, explique la lycéenne. Il se cache, mais il fait en sorte que tout le monde comprenne l'allusion, surtout avec son meilleur ami déguisé en juif. » Selon elle, les deux élèves auraient échangé un salut nazi en arrivant au lycée.

« C'est normal, c'est son juif »

Selon une professeure, le jeune en question aurait complété sa tenue d'un brassard que la responsable des premières lui aurait demandé de retirer. Et si l'allusion n'était pas suffisamment claire, l'élève s'est filmé (nous avons pu consulter la vidéo) dans cette tenue déclarant : « Guten tag mein Führer, das ist mein costume of Halloween (Bonjour mon Führer, ceci est mon costume d'Halloween) ».

« Cette année, un élève est allé voir la directrice pour demander s'il pouvait se déguiser en « Rabbi Jacob », relate un autre enseignant. C'est une situation d'impunité incroyable. » Ce professeur aurait été choqué de voir ce dernier poursuivi par celui déguisé en militaire. « Je le vois en train de lui courir après. Les élèves me disent : « C'est normal, c'est son juif». Ils trouvaient ça marrant », se désole-t-il.

« Bicot », « banania » ou « bamboula »

« Ce même groupe prononce souvent des propos extrêmement limite dans les couloirs », souligne la lycéenne. « On a cours avec la bicot », par exemple, à propos d'une enseignante aux origines maghrébines. Un professeur rapporte qu'un élève d'origine sénégalaise se ferait régulièrement appeler « banania » ou « bamboula ».

Lorsque ces éléments auraient été rapportés par des professeurs à la direction, celle-ci leur aurait déclaré : « L'affaire est entre nos mains. Ne vous en faites pas. » Ce n'est donc qu'après plusieurs mois, ne voyant rien venir, qu'ils ont averti les services de l'Éducation nationale, avec laquelle l'établissement est sous contrat.

De son côté, l'académie de Versailles confirme que la direction de Notre-Dame de Bury n'avait pas signalé ces comportements. L'élève le plus incriminé, celui accusé de s'être déguisé en nazi, a finalement été exclu de l'établissement « il y a quelques semaines ». Pas pour les comportements qui lui sont reprochés notamment par les professeurs, mais pour une bagarre.

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