Devant les sénateurs, le bras droit de Pierre-Édouard Stérin Edward Whalley défend l'école privée catholique

 

Lionel Venturini

Article l'Humanité 

Edward Whalley, président de l’Académie Saint-Louis et bras droit de Pierre-Édouard Stérin devant les sénateurs, le 31 mars 2026.
© Sénat
 

Lancée à l'initiative du groupe socialiste au Sénat, la commission d'enquête sur le financement des politiques publiques par des organismes privés a interrogé, mardi 31 mars, un très proche du milliardaire exilé fiscal : Edward Whalley, directeur général de la Fondation du Bien commun et du conseil d'administration des Académies Saint-Louis.

Dans un univers, celui de Pierre-Édouard Stérin et de son projet Périclès qui préfère la discrétion, l'audition au Sénat d'Edward Whalley, directeur général de son bras financier, la Fondation du Bien commun, a levé un peu le voile sur les finances de son projet éducatif, les Académies Saint-Louis. Whalley, franco-britannique élevé lui-même dans un internat anglais, préside donc aussi aux destinées du premier établissement tout juste ouvert à la rentrée dernière, en Sologne.

Auditionné devant la commission d'enquête parlementaire consacrée au « financement des politiques publiques par des structures de droit privé », ce bras droit du milliardaire exilé fiscal entendait « rétablir certaines vérités ». Il s'est évertué à dépeindre l'école privée hors contrat ouverte au domaine de Chalès, terre d'implantation choisie, comme un projet anodin, « sur le modèle anglais des boarding schools », des internats huppés mêlant « intelligence, corps et âme ».

On y apprendra que les élèves y effectuent 2 heures de sport chaque jour, des ateliers artistiques ou encore 4 heures de chorale par semaine, le tout sous le patronage de « l'éducation intégrale », une doctrine forgée au sein des éléments les plus conservateurs de l'Église. Et que 6 inspecteurs sont venus en décembre dernier, conformément à la loi, examiner la teneur de l'enseignement prodigué - leur rapport n'a pas encore été rendu. Bref, une école catholique certes, mais qui se fondrait dans la masse de l'enseignement privé hors contrat...

Une non-mixité assumée

« Nous respectons le socle commun », s'est ainsi empressé de répondre Edward Whalley, interrogé quant à la non-mixité voulue de l'établissement, préférant placer l'école dans le droit fil de « pédagogies innovantes comme Montessori ou Freynet ». S'il ne ferme pas la porte à l'accueil futur de filles, Whalley invoque la facilité logistique de la non-mixité de l'internat, tout en évoquant à mi-mot un « choix de familles » assumé par les parents.

Ils sont seulement 63 collégiens à avoir intégré l'Académie Saint-Louis première du nom, pour 16 professeurs et 8 membres de l'équipe de direction, un ratio que bien des établissements envieraient. L'établissement a coûté déjà 17 millions d'euros, entre achat du site (une ex-colonie de vacances d'enfants des Douanes) et travaux de remise aux normes. Pas vraiment une opération rentable, d'autant plus que les frais de scolarité ne font rentrer que 600 000 euros pour un budget annuel de l'école de 1,6 million.

Un million de pertes par an

Un million de pertes par an : c'est qu'il faut voir le projet de Pierre-Édouard Stérin comme politique plutôt que pure philanthropie, sur un projet porté à 99 % par sa Fondation du Bien commun - Edward Whalley n'a pas souhaité mentionner en public l'identité des quelques donateurs qui bouclent le dernier pourcent du tour de table. Pas plus qu'il n'accepte que l'on affirme que la Fondation du Bien commun a un agenda politique partisan...

Sur le même thème Comment la Fondation Kairos, le lobby des écoles privées hors contrat cherche à séduire Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin

En creux de cette audition, se dessinent toutefois quelques ratés à l'allumage. Initialement, c'étaient une centaine d'élèves qui devaient être accueillis à cette première rentrée, et non une soixantaine. Il y avait six écoles en projet à l'horizon 2030, le président de l'Académie Saint-Louis a admis devant les sénateurs qu'elles sont au point mort.

« On se concentre uniquement sur Chalès, aucun autre site n'a été choisi à ce jour », admet Edward Whalley. Comme un écho aux difficultés financières que rencontrerait le milliardaire, qui a vu aussi son bras droit François Durvye rejoindre le RN pour la présidentielle à venir, ou ses poulains portés à bout de bras aux dernières municipales ne rencontrer qu'un demi-succès.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

«On ne sait pas ce que va devenir l’École» : une guerre de succession plonge l’École alsacienne dans la crise

43 ans au service de l'enseignement catholique. Suspendue par le rectorat de Versailles à un mois de la retraite, à la demande du directeur du Sacré Coeur

Une affaire d'agression sexuelle ébranle le prestigieux lycée des Chartreux, à Lyon