Directeur du lycée Bon Secours mis à pied : que se passe-t-il au sein du lycée catholique de Perpignan qui a changé 3 fois de directeur en 9 ans ?

 

 
 
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Article L'Independant

La mise à pied brutale du directeur du lycée Notre-Dame-de-Bon-Secours de Perpignan, a déclenché une vague de protestations parmi enseignants et élèves. Malgré la reprise des cours, la mobilisation persiste, avec une pétition de soutien et des interrogations sur les raisons réelles de son éviction. Depuis 9 ans, l’établissement a changé trois fois de directeur, soulevant des questions sur sa gouvernance.

La mise à pied du directeur du lycée Notre-Dame-de-Bon-Secours, mercredi 19 novembre 2025, a suscité incompréhension et colère parmi les personnels de l’établissement privé d’enseignement catholique. En signe de protestation, le corps professoral a décidé d’un mouvement de grève dès le jeudi 20, prolongé le lendemain.

Si les cours ont repris lundi 24 novembre, l’indignation ne semble, elle, pas être vraiment retombée. Tandis que le directeur est convoqué ce lundi 1 er décembre par le président du conseil d’administration de l’organisme de gestion (OGEC) de l’établissement, Fernand Leibnitz, à un entretien préalable au licenciement, les enseignants prévoient une action. Le chef d’établissement semble en effet être très largement soutenu par la communauté éducative, professeurs et élèves inclus. Ils demandent non seulement sa réintégration mais également la démission de Fernand Leibnitz. Une pétition de soutien sur internet avait recueilli plus de 400 signatures en quelques jours avant que son instigatrice, une jeune élève de première, ne se voie intimer l’ordre par l’administration de la retirer. Les personnels du lycée n’appartenant pas à l’Éducation nationale, soit une cinquantaine de salariés de l’OGEC selon nos informations, seraient également majoritairement au soutien du gestionnaire évincé. Seules, les organisations syndicales, bien qu’indignées par la brutalité de cette décision et ses possibles conséquences financières, ne considéraient pas le cas de ce chef d'établissement, en poste depuis 2020, comme un enjeu prioritaire.

Tous demeurent toutefois unanimes pour vanter ses qualités humaines et sa gestion. Car si des rumeurs ont émergé sur les réseaux sociaux notamment autour de prétendues malversations financières, les représentants du personnel, les sources qui ont accepté de nous parler sont formelles et l’OGEC lui-même dans son communiqué du 21 novembre : aucun écart financier ne saurait être reproché à ce directeur fort de 23 années d’expérience au poste, ni aucune violence. Et la raison officielle de sa mise à pied demeure donc des plus mystérieuses.

Départs conflictuels

Depuis le 19 novembre et cette décision brutale, unilatéralement prise par M. Leibnitz, une question s’impose : que se passe-t-il au lycée Bon Secours pour qu’il change régulièrement de directeur depuis une dizaine d’années ? En 9 ans, avec l’éviction programmée de ce directeur, l’institution aura changé trois fois de tête. Des départs souvent conflictuels, de surcroît.

Pour tenter de comprendre, il faut plonger dans les arcanes de la gestion des établissements privés d’enseignement catholique en France. Chaque école, collège ou lycée est géré par un OGEC, dont la gouvernance est assurée par un conseil d’administration. Parmi ces quelques personnes, six pour Bon Secours, trois sont des membres de droit : le président de l’APEL (parents d’élèves) locale, le président de l’UDOGEC (union départementale des OGEC) et le directeur diocésain de l’enseignement catholique. Pour le diocèse éducatif de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, ce poste dont la "mission est de contribuer à la veille qu’exerce l’évêque sur l’ensemble des établissements de son diocèse" , selon les statuts de l’enseignement catholique en France, est occupé par Catherine Saby, arrivée en 2016. Une femme décrite par ceux qui l’ont côtoyée comme plutôt "rigide".En contradiction avec ses prérogatives, "Mme Saby dirige les directeurs d’OGEC", confie même une source dépeignant son rôle déterminant et son poids dans la gestion des établissements. Cette même source s’étonne par ailleurs du silence de Mgr Thierry Scherrer, évêque de Perpignan-Elne, autorité supérieure qui l’a nommée.

Quant à ceux qui reprochaient sa gouvernance au président de l’OGEC et demandaient son retrait, ils pourraient bien avoir remporté une victoire à la Pyrrhus. Car, si nos informations sont avérées, Fernand Leibnitz, après avoir indiqué son intention de ne pas se représenter à la présidence du conseil d’administration le mois prochain, devrait néanmoins en demeurer membre et y conserver donc un certain poids. De mauvais augure pour la stabilité et les finances de Bon Secours, assurent les défenseurs du directeur. Un précédent directeur évincé dans des conditions similaires s’est vu accorder en 2022 plus de 190 000 euros d’indemnités aux Prud’hommes pour licenciement abusif, tandis que d’autres litiges avec des salariés seraient toujours pendants devant la justice prud’homale. De quoi faire craindre aux syndicats une nouvelle décision en défaveur de l’OGEC grevant d’un montant plus élevé encore le budget de l’institution si ce directeur (demeuré plus longtemps en poste) devait défendre ses intérêts en justice et obtenir gain de cause…

Contactés, ni Mgr Scherrer, ni Mme Saby n’ont répondu à nos sollicitations. Quant à M. Leibnitz, nous n’avons pu le joindre.

 

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