Le directeur toxique sévissait d'école en école
Intimidations, menaces, humiliations... Le responsable de l'ensemble scolaire privé Saint-Spire de Corbeil-Essonnes (Essonne) a été limogé à la rentrée. Son management avait déjà posé problème.
Frédéric Gouaillard; Nolwenn Cosson
À la sortie du lycée Saint-Spire, le 19 septembre, l'heure est à la décontraction. Le week-end est dans toutes les têtes, bien plus que le contexte mouvementé qui a accompagné la rentrée scolaire de cet établissement catholique sous contrat de Corbeil-Essonnes (Essonne). Pourtant, « la situation n'est pas idéale », estime Arnaud Moore, président de l'Association des parents d'élèves de l'enseignement libre du département. La fin d'année, avec plusieurs arrêts maladie, a pesé sur tout le monde. Mais nous nous sommes assurés que tous les enfants étaient en sécurité, qu'il n'y avait pas de défaut d'accueil. Le chef d'établissement a été mis en retrait, les professeurs n'ont plus de raison d'être en révolte. »
Depuis le 3 septembre, l'institution, qui compte deux lycées, deux collèges et une école sur deux sites différents (Corbeil et Sénart), n'a en effet plus de responsable. Gérald Omnès, le directeur diocésain, a décidé de suspendre Rémy Cagnolo, en poste depuis la rentrée scolaire 2023. « Les modalités du départ de M. Cagnolo ne sont pas précisées, mais je peux vous assurer qu'il ne réintégrera pas l'institution Saint-Spire », a-t-il indiqué dans un courrier transmis aux équipes éducatives et administratives.
Cette sanction fait suite à une série de dysfonctionnements qui ont affecté la bonne marche de Saint-Spire. En cause : la gestion de l'ancien directeur, décrite comme erratique par de nombreux salariés. « Avec les personnels, c'était sans cesse des intimidations, des menaces ou des humiliations », décrit une professeure en poste depuis onze ans, qui évoque des arrêts maladies en série. Alerté, le directeur diocésain s'est rendu sur place le 17 mars. Mais c'est la tentative de suicide à son domicile de la responsable de la vie scolaire du collège et lycée de Sénart, le 28 juin, qui va précipiter les choses. « La veille, elle s'était vu remettre une lettre du directeur pour une convocation préalable à un entretien pour licenciement, narre Nicolas Henriot, élu titulaire au comité social et économique (CSE). Cela fait vingt et un ans que j'enseigne à Saint-Spire et je n'avais jamais vu une ambiance aussi délétère. »
C'est ce climat pesant qu'a tenté de sonder l'expert indépendant de la commission d'enquête, sur place ces derniers jours. Après les auditions de dix-sept salariés, son verdict pointe un management toxique de l'ancien directeur. « Je n'en peux plus. Il a cassé mon envie d'enseigner, déplore Thierry Chéron, professeur d'anglais à Saint-Spire. Aujourd'hui je suis sous antidépresseurs. Le boulot me mange la santé physique et morale. J'arrête le métier d'enseignant en juin 2026. »
Un rapport accablant à Avignon
Rémy Cagnolo, que nous avons contacté, n'a pas donné suite à notre demande d'entretien. Mais à l'heure où le ministère a fait du bien-être des élèves et des personnels une de ses priorités, on peut se demander si une telle débâcle aurait pu être évitée. C'est en tout cas ce que pense Nicolas Henriot : « Le pire, dans cette affaire, c'est que Rémy Cagnolo avait déjà sévi ailleurs. »
En 2022, l'ex-directeur était à la tête du lycée et du centre de formation (CFA) Vincent-de-Paul à Avignon (Vaucluse), une institution catholique sous contrat. C'est à la suite d'un courrier envoyé cette année-là, le 27 janvier, par les personnels et formateurs du CFA pour dénoncer leur souffrance au travail que l'autorité de tutelle va dépêcher un contrôleur. Son rapport au vitriol met en lumière les fautes graves et répétées de Rémy Cagnolo.
« Incompétence managériale », « manque d'empathie », « manque de compétences sur le plan de gestion financière », les critiques s'empilent. Le contrôleur, Louis Lacome, conclut que « Rémy Cagnolo ne fait pas autorité, son comportement inacceptable à l'égard de la grande majorité des acteurs personnels, enseignants, formateurs nous invite à nous interroger sur la poursuite de sa mission ».
« C'était le moins mauvais des trois candidats »
Le chef d'établissement quittera ses fonctions quelques semaines plus tard, pour rebondir, en septembre 2022, à la tête du groupe Saint-Joseph-La Salle à Troyes (Aube). Là encore, il laissera un souvenir désagréable avant d'être licencié moins d'un an après.
Comment le Comité familial scolaire (CFS), gestionnaire de Saint-Spire, qui l'a recruté a pu ignorer le rapport effectué à Avignon ? Tout était déjà écrit : le caractère colérique et agressif du directeur, le stress et l'anxiété des personnels, la peur des représailles, puis les avertissements et les licenciements en cascade.
Nous avons contacté à plusieurs reprises le directeur diocésain, Gérald Omnès, qui a refusé de nous répondre. De son côté, l'académie de Versailles, qui emploie les personnels enseignants, nous a indiqué avoir lancé une enquête administrative pour tenter de faire la lumière sur cette gestion défaillante. « Le président du CFS a confié que c'était le moins mauvais des trois candidats qui se sont présentés. Malgré tout, on ne comprend pas comment ces alertes n'ont pas été prises en compte, déplore une enseignante. Ça aurait évité ce gâchis. »

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