Sa rentrée, l’affaire Bétharram… Le nouveau patron de l’Enseignement catholique se confie
Cette année, 2 millions d’élèves seront scolarisés dans les écoles privées de cette institution. À sa tête, Guillaume Prévost succède à Philippe Delorme, qui a dû gérer l’épineuse affaire Bétharram, une école du Béarn visée par plus de 200 plaintes pour des violences physiques et sexuelles. En pleine préparation de la rentrée, le nouveau secrétaire général de l’institution a répondu à nos questions.
Entretien
Recueilli par Johan BESCOND. Publié le
EXCLUSIF. Sa rentrée, l’affaire Bétharram… Le nouveau patron de l’Enseignement catholique se confie
Guillaume Prévost, qui prendra ses fonctions de secrétaire général de l’Enseignement catholique le 1er septembre 2025. | OUEST-FRANCE
Guillaume Prévost, 43 ans, prendra officiellement lundi ses fonctions de secrétaire général de l’Enseignement catholique. Il remplacera Philippe Delorme (lire par ailleurs). Catholique pratiquant, marié et père de trois enfants, le haut fonctionnaire a été formé par l’école nationale d’administration (Ena) et dirigeait depuis quatre ans le think tank VersLeHaut, un groupe de réflexion sur l’éducation.
Vous arrivez à la tête d’une institution aux 2 millions d’élèves. C’est beaucoup de pression ?
Surtout un sentiment de responsabilité et de sérieux devant l’importance de la fonction. Mon souhait ? M’inscrire dans la culture de ce mouvement de fidèles, avec un tissu associatif riche, associé du service public.
L’instabilité politique actuelle vous inquiète-t-elle ?
Non. On a la chance de vivre dans un pays extraordinaire avec un peuple épris de politique et de liberté, qui sait trouver un chemin lorsque l’État connaît des difficultés. La boussole est claire : l’intérêt supérieur de l’enfant. Pas besoin de grandes mesures politiques ou de circulaires pour faire fonctionner notre système éducatif, malgré ses difficultés. Les solutions viennent des acteurs locaux.
Parmi les nouveautés de la rentrée, figure le programme Evars d’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité. Il ne fait pas l’unanimité dans votre maison…
Ce programme est ambitieux, peut-être trop parfois. Il faudra accompagner nos enseignants pour le décliner dans un cadre respectueux de nos élèves, en veillant à y associer les parents. Ces enjeux relevant de l’intimité sont importants. Mais ne cédons pas à la tentation de vouloir tout rendre conforme. On observe une perte de repères des enfants, exposés jeunes à la pornographie.
Il est présenté comme un moyen de lutter contre les violences sexuelles. L’Enseignement catholique a été secoué par l’affaire Bétharram…
Ce qu’il s’est passé dans cet établissement est inacceptable. Cela doit nous pousser à une réflexion profonde pour apporter des garanties aux familles qui nous confient des enfants. On doit être capables de mieux détecter les abus, s’attacher à démonter les mécanismes qui permettent à un adulte en position d’autorité d’enfermer une victime. Mais ne faisons pas de cas particuliers un problème global. Ces réalités concernent aussi l’école publique, les crèches…
Quatre-vingts collectifs de victimes se sont constitués. Vous êtes-vous rapprochés d’eux ?
J’ai pris contact avec Alain Esquerre (le porte-parole des anciens élèves de Notre-Dame de Bétharram) et d’autres. On a pris des mesures de court terme, comme la certification des internats, on va lancer un audit. Il y a aussi une volonté d’associer les victimes à une réflexion plus profonde. On s’inspirera des travaux de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) et de leurs dispositifs d’accueil de la parole et de réparation pour les victimes.
La ministre Élisabeth Borne renforce le contrôle de vos écoles. Comment accueillez-vous cela ?
Nous voulons engager un dialogue avec le ministère. La posture de beaucoup d’inspecteurs est inadaptée. On a constaté des écarts sur le plan déontologique. Nous sommes favorables aux contrôles mais dans une logique de qualité, pas de conformité. Il ne s’agit pas de mettre l’Enseignement catholique sous tutelle.

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