"Une souffrance qui ne fait que s’accentuer de jour en jour", des personnels enseignants et administratifs d'une institution catholique privée dénoncent un management "oppressif"
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Tentative de suicide, arrêts de travail, alerte pour danger grave et imminent. A Corbeil-Essonne, l'institution scolaire Saint Spire est en proie à des tensions croissantes selon des personnels. Ces derniers reprochent au chef d'établissement son management. Au cours d'une journée sur le bien-être au travail, des enseignants ont interpellé la direction.
C'est un échange qui s'est terminé avec "perte et fracas" ce jeudi matin, rapporte un enseignant de Saint Spire à Corbeil-Essonnes. Alors que la direction organisait dans un amphithéâtre de l'enceinte scolaire, une journée "du bien-être au travail", des enseignants et des agents administratifs, vêtus de noir, ont interpellé le chef d'établissement lui demandant "les mesures qu'il comptait prendre" pour résoudre le malaise grandissant d'une partie du personnel.
"On était une cinquantaine à avoir quitté ensuite l'amphithéâtre ce matin suite à des questions posées sachant qu'il y a eu des arrêts de travail en nombre cette année et une tentative de suicide d'un salarié et on peut penser que c'est lié au management oppressif", affirme Nicolas Henriot, délégué syndical CGT. Après la tentative de suicide d'un des salariés survenue vendredi dernier, le délégué syndical a déclenché un droit d'alerte pour danger grave et imminent.
"Une souffrance qui ne fait que s’accentuer de jour en jour"
L'institution Saint Spire est un ensemble scolaire de plusieurs établissements allant de la maternelle au lycée en passant par une école élémentaire et deux collèges. 2200 élèves fréquentent cette institution sous contrat. Depuis deux ans, depuis la nomination d'un nouveau chef d'établissement, rien ne va plus selon une partie du personnel.
En avril dernier, 49 enseignants et des personnels administratifs ont collectivement signé un courrier adressé notamment à la direction diocésaine de l'enseignement catholique de l'Essonne. Ils ont signalé "des faits pouvant relever de harcèlement, de discrimination et d’insuffisance professionnelle".
Dans cette lettre adressée également au Rectorat et à la Direction départementale de l’Emploi, il y est fait mention d'une dégradation progressive des conditions de travail, "ainsi qu’une souffrance qui ne fait que s’accentuer de jour en jour."
Dans ce courrier, sont également consignés et documentés plus d'une vingtaine de faits assortis de témoignages attestant de "remarque sexiste déplacée, d'intimidation, de remarque inappropriée et humiliante et d'agressivité." "En matière de management, ça peut être d'interpeller une collègue en public et lui dire que 'ce n'est pas comme ça qu'on gère une équipe'", relate cet enseignant qui souhaite garder l'anonymat "par peur des représailles."
"C'est aussi la remise en cause de certaines procédures en déclarant : "mais ce n'est pas comme ça qu'on fonctionne, ce n'est pas comme ça qu'on fait son travail, et ça, au vu et au su de certaines personnes", ajoute-t-il.
Selon Nicolas Henriot, délégué syndical CGT, "un tiers des questions posées dans le cadre du CSE (l'instance de représentation du personnel dans l'établissement) est sur le management de la direction et le mal-être au travail". Et l'ambiance au CSE est très délétère."
Une enquête sur les risques psychosociaux très attendue
Une première enquête sur les risques psychosociaux a déjà été déclenchée, mais sa réalisation a été critiquée en raison de "problèmes de procédure". La direction diocésaine dont dépend l'institution s'est déplacée dans l'établissement pour rencontrer personnels et direction.
"J'ai été alerté au mois d'avril de ces dysfonctionnements internes. Il y a plusieurs types de problématiques. Mais effectivement, il y a du stress au travail, de la surcharge de travail et puis il y a une partie où on accuse le chef d'établissement d'avoir un management qui est agressif", déclare Gérald Omnes directeur diocésain. "Quand j'ai eu le dossier, j'ai reçu une quinzaine de lettres de soutien au chef d'établissement qui contrebalançaient ce que ce qu'on m'avait envoyé (...) A l'heure d'aujourd'hui, qui croire ?"
En CSE, le lancement d'une deuxième enquête sur les risques psychosociaux a été décidé. "J'attends beaucoup de cette enquête. À partir du moment où c'est factuel et c'est prouvé, il y aura une réflexion à mener sur l'organisation interne, et si jamais il apparaissait qu’il y a des propos déplacés ou des comportements déplacés ou un management toxique, il faudra prendre des mesures pour que chacun prenne ses responsabilités et moi je prendrai les miennes", assure le directeur diocésain.
L'année scolaire s'achève à Saint Spire et de leur côté des enseignants et des agents administratifs mécontents "demandent de prendre, sans tarder, les actions et mesures nécessaires afin (...) de protéger la santé mentale des personnels".
Sollicitée pour un entretien, la direction de l'établissement n'a pour l'instant pas donné suite à notre demande. Le délégué syndical évoque "une éventuelle mobilisation à la rentrée".
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