L’école Sainte-Eustelle secouée par une affaire de violences en maternelle
Thomas BRUNET Article La Charente Libre
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Une main courante déposée par trois Atsem, une plainte pour non-assistance à personne en danger: l’école privée de Val-de-Cognac est plongée dans la tourmente. En cause, le comportement violent d’un enfant de 4ans. Contre lequel l’équipe éducative semble impuissante.
L’équipe pédagogique «démunie»
Main courante et plainte
«Aujourd’hui, je suis profondément énervé et en colère. Mon fils subit la double peine: non seulement c’est la victime, mais il doit partir de son école car rien n’a été fait pour le protéger.» Nicolas (1) est amer. Ce parent d’élèves de l’école privée sous contrat Sainte-Eustelle, située dans le bourg de Cherves-Richemont (Val-de-Cognac), a été contraint, le 27mars dernier, de retirer son fils de 4ans de l’école.Épilogue de plusieurs mois durant lesquels lui et son épouse se sont battus, en vain, pour tenter de trouver une solution aux problèmes de violences à répétition dont leur plus jeune fils, Gabin (1), scolarisé en moyenne section, a été victime de la part d’un camarade de classe.
«Déjà, l’an passé, il s’en plaignait, on s’était dit que c’étaient des chamailleries classiques d’enfants de leur âge. Mais on a vite compris que c’était plus embêtant que ça.» Depuis la rentrée, «la situation s’est fortement dégradée, avec des coups de tête, des coups de pied à la gorge, des morsures, des intimidations répétées… Des violences régulières sous les yeux du personnel encadrant, qui peut en attester», indique Nicolas, qui a alors multiplié les signalements - photos des hématomes à l’appui -, avec un seul but, «protéger notre fils».
Mais rien n’y a fait. «On s’est retrouvé face à un mur.» Que ce soit la direction de l’école ou la direction diocésaine de l'enseignement catholique (DDEC), «personne n’a pris la mesure de la gravité des agressions faites à notre fils», pointe Nicolas, qui ne vise cependant pas les enseignantes et les Atsem, «démunies face à cette situation». «Elles aussi sont victimes des comportements violents de cet enfant, notamment une Atsem, frappée au visage avant Noël.»
Dans ce dossier, «tout le monde se renvoie la balle et la responsabilité». Un courriel adressé le 12janvier dernier à l’évêque d’Angoulême, Hervé Gosselin, n’a pas non plus été suivi d’effets. «On m’a répété que l’exclusion de l’enfant, que je ne demandais pas au début, n’était pas la solution. Mais aucune solution n’a finalement été apportée et Gabin a continué à en souffrir, physiquement et psychiquement. Notre médecin a constaté un épisode de convulsions chez notre fils, qui pourrait être directement lié au stress causé par cette situation. Sur le certificat, il a précisé qu’il fallait urgemment sortir Gabin - ou l’agresseur - de l’école car c’était trop dangereux.»
Le 21mars, c’est la morsure de trop et Nicolas interpelle à nouveau la DDEC et l’évêque, ainsi que le maire de Val-de-Cognac et la presse. Cinq jours plus tard, trois Atsem de l’école, «régulièrement frappées, pincées, insultées», se rendent à la brigade mobile de gendarmerie de Val-de-Cognac pour déposer une main courante. «Un appel au secours», pour le maire de Val-de-Cognac, Jean-Marc Girardeau, pour qui «il y a un constat d’impuissance».
Le jour même, Nicolas informe le directeur diocésain de l'enseignement catholique Christophe Grellier de sa décision de retirer Gabin de l’école, «à contrecœur», et d’entamer des démarches pour l’instruction à domicile. Ce dernier prend acte, tout en regrettant «[qu’il mette] en balance la présence à l’école de [son] fils et celle de ‘‘l’agresseur’’».
Le lendemain, le 26mars, Nicolas se rend à son tour à la gendarmerie pour déposer plainte contre Christophe Grellier et la directrice de l’école pour «non-assistance à personne en danger» et «non-dénonciation de violence sur mineur dont il a indirectement la responsabilité».
Malgré une dernière tentative, ce lundi, de Christophe Grellier, de renouer le contact, Nicolas reste ferme. «Trop tard», lui répond-il en substance. Déjà contacté par les gendarmes, après la main courante des Atsem, Christophe Grellier va devoir à nouveau s’expliquer. Contacté par CL, il évoque «une situation délicate» mais assure avoir fait le nécessaire pour tenter de la régler. «Nous avons fait des démarches pour un accompagnement de la famille de l’enfant mis en cause, qui n’a pas encore porté ses fruits.» Et pour lui, comme pour la directrice, actuellement en arrêt maladie, il n’était pas question d’exclure l’enfant. «Notre volonté est de scolariser tout le monde.»
Jeudi 27mars, une chargée de mission et une psychologue de la DDEC se sont rendues à l’école rencontrer le personnel, qui souffre lui aussi de la situation. «Voir comment on peut faire face en équipe.»
(1) Son prénom a été changé.
«Ce n’est pas satisfaisant» pour l’évêque Hervé Gosselin
Interpellé dès le mois de janvier par Nicolas, avec qui il a pris le temps d’échanger, l’évêque d’Angoulême, Hervé Gosselin, semble gêné par cette affaire qu’il ne maîtrise pas, ayant donné délégation à la DDEC. «Je comprends les parents qui veulent protéger leur enfant mais je comprends aussi les parents de l’autre garçon et leurs difficultés, certainement, à trouver une solution pour gérer ces troubles du comportement. Ce n’est en tout cas pas satisfaisant comme situation, c’est même très ennuyeux. J’espère que nous allons y remédier.»
Le maire Jean-Marc Girardeau se dit lui aussi sensible à cette affaire, «d’autant qu’on a eu le même cas à gérer récemment à l’école publique. C’est très douloureux et très long. Je pense que l’exclusion n’est pas une solution, par contre, il faut accompagner la famille pour soigner ce trouble du comportement. Le souci, c’est qu’on ne peut pas les y obliger, c’est pour ça que c’est difficile.»
«Personne n’a pris la mesure de la gravité des agressions faites à notre fils.»

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