Une affaire Bétharram dans le Tarn ? Élèves tabassés, cachot, règlements de comptes… Quand le passé violent de l’abbaye-école de Sorèze refait surface
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Des élèves passés à tabac, des règlements de comptes encouragés, des garde-à-vous nocturnes sous la pluie à l'appel des surveillants... Les accusations contre l'enseignement, jadis prodigué dans l’abbaye-école de Sorèze sont graves. Elles ont été émises sur l'antenne de BFMTV, par Frédéric Beigbeder, ce lundi 10 mars.
Dans le cadre de l'ouvrage qu'il vient de consacrer à son père « Un homme seul » aux éditions Grasset, le romancier s'est intéressé à cet établissement tarnais, dont il qualifie les religieux de l'époque de « kapos à chapelet ». Son père Jean-Michel Beigbeder, originaire du Béarn, y a suivi une partie de sa scolarité entre 1947 et 1949. Après le décès de ce dernier, en septembre 2023, l'épouse de l'écrivain, Lara Micheli crée un groupe Facebook intitulé « Les anciens élèves de l’abbaye-école de Sorèze, victimes de violences ».
« Mon beau-père Jean-Michel Beigbeder a été élève de l’abbaye-école de Sorèze. Il en gardait un très mauvais souvenir mais ne s'est jamais confié précisément. La démarche courageuse d'Alain Esquerre sur Notre-Dame de Bétharram nous a donné la curiosité d'enquêter sur le pensionnat de Sorèze. Si vous avez été victime d'abus ou de violences dans cette école, votre témoignage serait précieux », écrit-elle en juin 2024.
« Il le frappait avec pieds, poings et des livres sur la tempe »
Rapidement des témoignages affluent sur ce prestigieux établissement qui a formé des générations d'élites depuis 1682. Citons parmi une flopée de noms à particule, Déodat de Séverac, Lapérouse, Pierre Jonquères d'Oriola le cavalier français le plus titré aux Jeux Olympiques ou encore Hugues Auffray, Nougaro, Julien Lepers et les frères Bogdanoff. Fermé en 1991 après avoir formé 23 000 élèves, l'abbaye-école a été reconvertie en un musée dédié à la tapisserie contemporaine. « Un élève raconte qu'il a été tabassé par le directeur, Fabre, aujourd'hui décédé. À genoux, il le frappait avec pieds, poings et des livres sur la tempe », rapporte un témoin.
Un autre évoque des brimades nocturnes : « Les élèves se frappaient entre eux. Les règlements decomptes étaient encouragés. Le danger venait surtout des camarades de classe pendant la nuit. » Stéphane, 53 ans, garde un souvenir glaçant des dortoirs : « Nous étions 50 par salle, séparés seulement par des cloisons qui ne montaient pas jusqu'au plafond. La nuit, les élèves passaient par-dessus pour se sauter dessus et se tabasser. »
Autre témoignage choc : l'existence d'un cachot. Dans son interview, Frédéric Beigbeder décrit une cellule « qui se visite aujourd'hui », où un enfant pouvait être isolé jusqu'à 12 heures. Un ancien élève confirme : « On t'y foutait quand on faisait le con. On grattait la peinture du carreau pour voir qui était à l'intérieur. »
« Le climat y était épouvantable »
« J'ai dirigé Sorèze pendant six mois, entre la direction de Monsieur Fresse et celle de Mlle Chaffangeon. Le climat y était épouvantable, les pressions insoutenables. J'ai fini par démissionner, ne pouvant cautionner ce qui s'y passait », confirme un ancien directeur de l'abbaye-école.
Pourtant, tous ne partagent pas cette vision. Jacques Esparbié, ancien maire de Lavaur et élève dans les années 1950, défend le système : « Je n'ai rien à redire. C'était une éducation militaire, mais je n'ai rien à reprocher. » Il se souvient bien du cachot, sans pour autant le considérer comme un lieu d'abus : « Personnellement, je n'y ai jamais mis les pieds. C'était pour ceux qui faisaient des bêtises. »
D'autres anciens élèves relativisent : « C'était une éducation à la dure, à l'ancienne. De là à en faire un enfer... » Un autre renchérit : « Violences, bizutages, comme partout. J'ai passé 5 ans à Sorèze, on ne m'a jamais touché... »
Si tous les faits rapportés semblent prescrits, ces témoignages apportent un nouvel éclairage sur cet établissement qui a longtemps fait figure de modèle. Simple reflet d'une époque ? Ou début d'un nouveau scandale dans l'enseignement catholique ? La parole des victimes se libère. Elle devrait permettre d'y voir un peu plus clair.Richard Bornia et Guillaume Kempf
Une affaire Bétharram dans le Tarn ? La prestigieuse abbaye-école de Sorèze est aujourd'hui rattrapée par la brutalité de ses méthodes éducatives et de son pensionnat. L'écrivain Frédéric Beigbeder a recueilli les témoignages accablants d'anciens élèves. Son père a y avait étudié.
Une cellule
« qui se visite aujourd'hui », où un enfant pouvait être isolé jusqu'à 12 heures.

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