INFO « SUD OUEST ». « Des noms risquent d’être jetés en pâture » : comment le diocèse de Bayonne protège ses prêtres

Article Sud Ouest
Gabriel Blaise  19/03/2025 à 9h20

C’est un message auquel «SudOuest» n’aurait jamais dû avoir accès mais qu’une maladresse des services du diocèse de Bayoone, Oloron et Lescar a mené droit vers la boîte mail d’un journaliste plutôt que vers celle de l’évêque Monseigneur Aillet. Émanant d’Olivier Drapé, responsable de la communication du diocèse, il relayait auprès de l’évêque la demande (déjà formulée en direct lors de la conférence de presse sur l’affaire Bétharram) d’avoir accès à la liste des prêtres par établissement au cours des dernières décennies.

«Nous n’avons pas à nous laisser impressionner [par les journalistes], bien que ce soit leur manière de faire, écrit-il. Nos archives sont à la disposition de la justice (c’est-à-dire du parquet). Des prêtres risquent d’être mis en cause nominativement et leurs noms jetés en pâture dans la presse (ceux qui sont encore en vie pourraient vous le reprocher).» Précisions qu’à aucun moment «Sud Ouest» n’a divulgué les noms des personnes mises en cause dans l’affaire Bétharram, respectant le principe de la présomption d’innocence. Le nom de l’un des prêtres visés par des plaintes n’a été publié que lorsque l’archevêque de Bordeaux a lui-même communiqué sur le sujet, début mars 2025.

Pour justifier de son refus d’ouvrir les archives à la commission Sauvé qui, en 2019, enquêtait sur la pédophilie dans l’Église (il était le seul évêque à adopter cette posture), Mgr Aillet avait opposé que leur divulgation contreviendrait au règlement général pour la protection des données (RGPD). Devant la presse, il a toutefois accepté, dans un premier temps, de fournir la liste des prêtres qui ont été en activité dans les établissements scolaires privés du diocèse entre 1990 et 2010. Le courriel échoué auprès du mauvais destinataire semblait vouloir inciter l’évêque à renoncer à son engagement verbal.

Interrogé hier sur le contenu de cet e-mail, le responsable communication du diocèse a avancé qu’il s’agit d’un courrier «qui n’engage que [lui]» et renouvelé le refus de l’institution religieuse, se réfugiant une nouvelle fois derrière la protection des données. «Les informations concernant les prêtres ayant exercé dans un tel établissement (nom, prénom, fonction, dates de début et de fin de contrat, etc.) sont ainsi qualifiées de données personnelles au sens du RGPD. […] Nous regrettons par conséquent de ne pas être en mesure de satisfaire votre demande.»

Et de préciser que «ni le diocèse en tant que tel, ni la direction diocésaine de l’Enseignement catholique (plus directement concernée) ne disposent de telles listes nominatives», qui relèvent de chaque congrégation.

La congrégation aussi

La congrégation des pères de Bétharram n’a pas non plus souhaité rendre publique la liste de ses prêtres. «La gendarmerie a demandé toutes ces listes et nous les lui avons fournies, ainsi que toutes les photos», a justifié le père Laurent Bacho, vicaire régional de la congrégation, le 13mars à Bayonne. «Nous n’avons pas les conclusions judiciaires donc nous ne voulons pas les donner [à la presse].»


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