Ce que l’on sait des deux enquêtes pénales qui visent le directeur de l’Immaculée Conception à Pau

Par Sébastien Lamarque, publié le

Suspendu de ses fonctions par le rectorat puis rétabli par la justice administrative, le directeur de l’Immac fait aussi l’objet de deux enquêtes pénales.

Christian Espeso, directeur de l’ensemble scolaire privé sous contrat Immaculée conception à Pau, commence à être confronté à un agenda judiciaire chargé. Suspendu de ses fonctions le 11 septembre dernier par le rectorat, puis rétabli par le juge des référés du tribunal administratif de Pau le 28 novembre, il fait également l’objet de  deux enquêtes pénales.

La première fait suite au signalement au procureur de Pau, par la rectrice Anne Bisagni-Faure de suspicions de « harcèlement moral » au sein de l’Immaculée conception. Le « management malveillant » de Christian Espeso faisait d’ailleurs partie des griefs qui avaient motivé la décision de suspension.

« Une enquête assez longue »

La rectrice avait évoqué ce signalement lors de la réunion du conseil de l’Éducation nationale réuni le 8 septembre. Interrogé en novembre dernier par nos soins, le procureur Rodolphe Jarry avait confirmé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « harcèlement moral » et « détournement d’argent public », confiée au service local de la police judiciaire du commissariat de Pau (les services d’enquête de l’ancienne sûreté départementale).

Recontacté la semaine dernière, le procureur précise que l’enquête « est assez longue car beaucoup d’actes (notamment des auditions) sont à accomplir ». Si nombre d’auditions ont déjà été réalisées, d’enseignants et de personnels de l’établissement entre autres, Christian Espeso n’a toujours pas été entendu à ce stade.

« Je conteste fermement ces accusations », se borne-t-il à commenter, arguant de la suspension de la sanction administrative par le juge des référés. L’un de ses avocats, Me Thierry Sagardoytho, le dit autrement. « Un jour viendra, prochainement j’espère, où l’enquête ouverte suite au signalement administratif du rectorat, truffé d’approximations et de contrevérités, rendra totalement et définitivement justice à Christian Espeso. Devrons-nous traduire en justice ceux à l’origine de cette cabale ? La question se pose sérieusement »

De son côté, le parquet souhaite néanmoins « avancer » sur ce dossier complexe, d’autant qu’une nouvelle plainte a été déposée contre le chef d’établissement, cette fois pour « négationnisme », par le biais de l’association SOS Racisme.

Une plainte de SOS Racisme

Nous avons pu consulter la plainte adressée le 12 mars au procureur, et évoquée par nos confrères de Sud-Ouest. Elle vise un « éditorial » signé de Christian Espeso dans la gazette hebdomadaire de l’établissement, publiée le 3 février dernier (et adressée aux élèves et aux familles).

Dans ce court texte écrit pour les 80 ans de la mort d’Anne Franck, voici ce qu’énonce Christian Espeso. « Il faudra attendre le procès Eichmann, en 1961, pour que la Shoah surgisse dans l’actualité mémorielle. N’oubliez pas toutefois que la majorité des cinq à six millions de victimes juives ont été exterminées par la famine, les mauvais traitements et surtout les fusillades de masse, comme à Baby Yar, fin septembre 1941, près de Kiev ».

Pour SOS Racisme, « ces propos induisent que les personnes de confession juive seraient mortes de famine et de mauvais traitement et non de l’extermination systématique de millions de Juifs au sein de camps de concentration et d’extermination. M. Espeso nie de ce fait la Shoah. »

Le procureur Rodolphe Jarry nous confirme avoir ouvert, mardi 18 mars, une enquête préliminaire pour contestation de crime contre l’humanité, confiée à l’antenne de police judiciaire de Pau.

« Blessé par ces accusations »

Ce vendredi, à l’Immaculée conception, Christian Espeso se dit « blessé par ces accusations ». Un parent d’élève de confession juive est à son côté pour appuyer l’argumentaire : « je suis abasourdi qu’on puisse soupçonner M. Espeso de négationnisme. Cet éditorial était justement écrit pour rappeler l’existence de la Shoah et le 80e anniversaire de la mort d’Anne Franck. »

« C’est incompréhensible, on veut me faire un mauvais procès », insiste Christian Espeso. « Un éditorial, c’est court, je n’ai pas pu développer. Mais comprendre ce que SOS Racisme comprend de ce texte, ça me dépasse, alors que j’évoque justement ce que les Juifs ont subi en plus de l’ignominie des camps. Ce n’est pas ici qu’ils trouveront la moindre trace d’antisémitisme. »

Dans un communiqué, les associations de parents d’élèves de l’ensemble scolaire et l’association créée l’an dernier de « Soutien à l’Immaculée conception » dénoncent « l’acharnement que subissent notre directeur et notre établissement » qui « tourne désormais au harcèlement ». Elles ciblent un nouvel article du journal Libération. Le contexte paraît inflammable alors que la justice enquête à charge et à décharge, dans un temps long qui tente d’ignorer les passions et les invectives.

 

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