Paris : le collège Stanislas veut tourner la page des dérives homophobes et sexistes et retrouver ses subventions
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Épinglé pour des pratiques homophobes et sexistes au sein de son collège privé sous contrat, le prestigieux établissement du VIe arrondissement s’était vu couper ses subventions par la Ville. Son nouveau directeur a clarifié ce lundi son plan d’action devant une commission exceptionnelle du Conseil de Paris.
Par Marion KrempDepuis cette déflagration, la Ville de Paris a suspendu toute subvention. Pour l'année scolaire 2022-2023, elle avait versé plus de 1,3 million d'euros à « Stan », comme le surnomment ses élèves. Un forfait annuel calculé pour les 483 élèves de maternelle et d'élémentaire et pour les 1 329 collégiens.
L'entrevue a permis de « répondre à un certain nombre de questions », indique Patrick Bloche, le premier adjoint (PS) à la maire de Paris en charge de l'Éducation, membre de cette commission. Des réponses, la municipalité, qui participe avec l'État au fonctionnement de cet établissement privé catholique au nom du contrat d'association avec l'Éducation nationale de 1959, en attendait.
Un rapport accablant
Car le rapport de l'Inspection générale de l'Éducation nationale, révélé en janvier par Mediapart, a mis au jour des dérives homophobes et sexistes, ainsi que des pratiques en violation avec le contrat d'association et contraires aux valeurs républicaines. Remise en cause de l'IVG et de l'homosexualité, manquements aux programmes en SVT et en éducation à la sexualité, code vestimentaire réactionnaire pour les filles... Certaines pratiques sont même pénalement répréhensibles.
Lundi, l'établissement catholique a semblé avoir mis de l'ordre dans ses pratiques. Nommé à la rentrée de septembre, le nouveau directeur, Igor Le Diagon, a détaillé, face au recteur de l'académie de Paris, au directeur du diocèse de Paris et aux élus de la majorité et de l'opposition, les mesures mises en place pour laisser ces dérives au passé.
Il a mis en valeur la distinction désormais plus marquée entre l'heure de culture chrétienne, « qui s'adresse à la raison », et les heures de catéchèse, plus obligatoires. La direction aurait aussi renforcé sa vigilance sur le recrutement et la formation des intervenants : une charte les engage désormais à s'en tenir au contenu des cours, sans positions personnelles, et dans le respect des valeurs de la République.
Les trois heures obligatoires d'éducation à la sexualité - absentes des programmes selon les inspecteurs - auraient été mises en place. Même chose pour les enseignements de SVT sur la contraception et l'IVG. Les règles vestimentaires ont été mises à jour.
Concernant les dérives homophobes et sexistes, qui font l'objet de plusieurs plaintes, l'école a établi un protocole de signalement en cas de harcèlement. Les intervenants, eux, ont été formés sur le sujet, tandis que le programme de lutte contre le harcèlement à l'école « Phare » a été déployé dans toutes les classes.
La direction du collège Stanislas, qui avait repris le dialogue avec la mairie de Paris au sortir de l'été, se satisfait de « ce temps d'échange ». Elle assure, par la voix d'Igor Le Diagon, avoir « considéré avec une très grande attention l'ensemble des points évoqués (par le rapport de l'Inspection générale) ». L'établissement indique avoir renforcé sa « vigilance afin d'assurer le respect du bien-être de chacun de (ses) élèves » tout en assurant « sa mission éducative dans le respect des valeurs et règles de l'Éducation nationale ».
Un contrôle avant la fin de l'année
« Des correctifs ont été mis en œuvre pour que Stanislas rentre dans les clous et incontestablement les conditions qui avaient été posées pour un rétablissement du forfait ont été apportées », réagit ce mardi Patrick Bloche, qui préconise néanmoins « un contrôle avant la fin de l'année pour constater ces engagements ».
La décision de rétablir la subvention de fonctionnement reviendra à la maire de Paris, qui doit prendre connaissance de cette audition. Du côté de l'opposition, la conseillère de Paris et élue du XV e, Inès de Raguenel, (Changer Paris), présente lors de l'audition, ne voit « plus de raison de ne pas verser la dotation obligatoire ».
Jean-Noël Aqua, vice-président (PCF) de la commission éducation au Conseil de Paris, n'est, lui, pas encore tout à fait rassuré. « Je suis très gêné parce que nous ne sommes que sur de l'oral. Je suis satisfait des mesures avancées mais il faut qu'une nouvelle inspection soit menée dans l'année. »
Contacté, le rectorat de Paris n'a pas souhaité nous répondre sur le sujet.
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