TÉMOIGNAGE : Deux années en Enfer

Une année, l’établissement dans lequel je suis nommée perd une classe et ne peut plus me proposer de temps complet : il me faut muter. Je choisis un établissement pas trop loin de chez moi ; je suis prioritaire au mouvement, ce premier voeu est accepté.

L’entretien avec le chef d’établissement se passe plutôt normalement, ses questions sont classiques, mise à part celle sur l’origine de mon nom de famille, que je trouve étrange mais à laquelle je réponds tout de même. On me donne mes niveaux, je commence à préparer l’année à venir.

Trois jours avant la rentrée, le directeur me laisse un message vocal : on m’attribue également un quatrième niveau, à examen. À ce moment, je ne suis pas au courant que je peux refuser ces trois heures supplémentaires, et on se garde bien de m’en informer.
Je commence donc l’année avec quatre niveaux, dont deux dans lesquels je n’ai jamais enseigné et un dont le programme a été entièrement renouvelé. La charge de travail est conséquente et je me demande pourquoi la plupart des collègues de ma matière ont seulement deux niveaux, c’est-à-dire à peu près deux fois moins de travail, alors qu’ils sont plus expérimentés. Mais bon, l’année démarre et moi avec.

Au bout de quelques semaines, le directeur me convoque soudainement. Durant l’entretien, il enchaîne les « il paraît que ». Il paraît entre autres que je ne fais pas cours, ou que des jumeaux que j’ai en classe se sentent harcelés car je confonds leurs prénoms. La liste de « il paraît » est longue, basée sur on-ne-sait-trop-quoi. J’entends des remarques sur mon travail et sur ma personne que je n’ai jamais entendues depuis le début de ma carrière : alors que je me saigne pour assurer la surcharge de travail que l’on m’a imposée, je suis décrite comme une figure monstrueuse voire diabolique. Car qui, sinon par perversité avérée, confondrait les prénoms de jumeaux ?

Je suis choquée, premier arrêt maladie. À mon retour, je récolte divers cahiers dans mes classes, les dépose à l’accueil pour que le directeur puisse les consulter. À l’écrit, celui-ci redevient « un simple professeur » qui n’a pas à juger du travail d'enseignants certifiés. À l’écrit seulement, car c’est là que l’enfer commence.

Peu à peu, je me rends compte des problèmes de communication dans cet établissement. J’envoie des mails, je donne des informations, j’en demande d’autres, mais personne ne me répond. Je finis par demander des entretiens, que l’on ne m’accorde pas non plus. Au plus long, je resterai sans réponse pendant un an et demi. Je veux bien que l’on me reproche des choses sur mon travail, à condition que l’on fasse un minimum le sien.



En parallèle, le chef des travaux commence à m’envoyer des mails insidieux : multipliant les fautes d’orthographe et de syntaxe, il m’accable de propos condescendants, me donne des injonctions contradictoires. Par exemple, il envoie un mail sollicitant des professeurs volontaires pour assister à des oraux et je lui réponds positivement. Une fois les oraux passés, M. vient me reprocher d’y avoir assisté.

Lors de propos déplacés d’un élève, il ne répond pas à mon rapport d’incident. Par contre, il convoque d’autres personnels ainsi que l’élève pour essayer de retourner la situation contre moi. Certains collègues s’en rendent compte et viennent me signaler que « l’on veut [ma] peau », qu’il « n’aime pas les personnes comme [moi] ».


    Lorsque j’informe la direction d’un décès d’un membre de ma famille et que je demande la procédure à suivre, je dois envoyer plusieurs mails avant que l’on ne daigne me téléphoner. Je demande au chef des travaux la procédure à adopter afin de pouvoir assister aux funérailles, on me répond qu’on ne comprend pas ma question. Je pars vers la région de la cérémonie : la direction fait écrire des propos ciblés dans la lettre hebdomadaire à l’intention du personnel insistant sur le fait que « toute absence injustifiée sera signalée à l’académie ». Soit, il est normal de signaler les absences des personnels de droit public à leur employeur, néanmoins je m’étonne de l’absence de condoléances, du ton employé alors que mon proche n’est pas encore mis en terre, et de la différence de traitement entre les personnels, une collègue ayant eu l’autorisation d’assister à des funérailles quelques semaines auparavant, rassurée par des condoléances sincères et une incitation à prendre tout le temps dont elle avait besoin.

De toute évidence pour ces personnels de direction, la mort n’a pas la même valeur selon la nature des gens qu’elle touche.


    Plus tard, j’apprends que ce chef des travaux adopte un comportement similaire avec nombre de professeurs : persuadé de sa toute-puissance et de son bon droit, il envoie des mails dénigrants à plusieurs membres de l’équipe pédagogique, les convoque sans motif dans son bureau afin de les agonir de reproches infondés, voire les apostrophe en pleine salle des professeurs pour les humilier en public. 

Au fil du temps, ce chef des travaux provoque de nombreux arrêts maladie dans l’équipe, mais selon M. le directeur, ce sont systématiquement les professeurs qui interprètent mal les propos de cette personne. 

Je finis par apprendre que ce chef des travaux a été licencié de son précédent établissement en raison d’un management toxique et de propos déplacés envers ses collègues. Le directeur le sait, la Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique le sait, mais personne n’agit et ce chef des travaux continue à maltraiter les gens jusqu’à ce que ceux-ci fondent en pleurs voire tombent en dépression. Un syndicat, alerté par une collègue, a tenté d’obtenir un entretien avec le principal concerné ainsi que le chef d’établissement : à force d’esquives et de ruses, cet entretien n’a jamais eu lieu. Soit : il faudra sûrement attendre qu’il y ait un suicide avant que cette personne ne soit recadrée.




Je continue ma mission. Sur deux ans, il se passe un an et demi où l’on ne répond ni à mes mails, ni à mes demandes d’entretien. Mes sanctions sont la plupart du temps annulées dans mon dos ; je l’apprends par des adolescents aux airs narquois. 


    Je reçois un jour une lettre d’injures sexistes signée. Mes deux heures de retenue sont négociées, j’accepte de faire un pas vers la direction et donne mon accord pour une seule heure de colle. Cette heure de colle ne sera jamais effectuée, repoussée encore et encore dans mon dos. J’entends des explications abracadabrantes de la part de la directrice-adjointe, pour laquelle traiter une femme de chienne est un compliment, car "tu comprends, cet élève a un chien, il adore son chien, alors te traiter de chienne est un compliment".

Lassée de perdre mon temps depuis plusieurs semaines pour des heures de colle qui sont, selon le Bulletin Officiel, de la décision du professeur, j’informe le directeur - par le biais de sa secrétaire, lui-même étant comme toujours invisible et introuvable - que cette lettre tombe sous le coup de la loi et que j’irai porter plainte si mes sanctions ne sont pas effectuées.

Alors que je souhaite voir le chef d’établissement depuis plusieurs semaines, celui-ci se réveille soudain et me convoque dans l’heure, sans motif et sur une heure de cours. Je me rends naïvement à ce rendez-vous intempestif, pensant qu’une solution va m’être proposée, mais je ne reçois que des menaces : « Si vous vous rendez au commissariat je ferai en sorte que les choses tournent mal pour vous, je vous signalerai au Rectorat, je vous signalerai à la DDEC ». Je lui demande si ce sont des menaces, M. ouvre la porte du bureau pour hurler :  « Ah oui vous le prenez comme ça, vous allez à la gendarmerie si vous le voulez mais je ne vous soutiendrai pas ».

Je me retrouve profondément choquée : je savais qu’ici la direction était au-dessus des règles de l’Education Nationale, mais je ne pensais pas qu’elle se pensait au-dessus des lois. Je me rends à la gendarmerie, ajoutant une main courante pour ces menaces à celle concernant les insultes sexistes. Je contacte moi-même le rectorat, lequel me dirige vers la cellule Stop-Discrimination.


L’année se déroule dans des conditions atroces, toutes les nuits sont peuplées de cauchemars dans lesquels règnent les visages de la direction (et encore aujourd'hui, alors que j'ai quitté cet établissement depuis un an, leurs visages sont présents dans mes cauchemars chaque nuit). J’alterne les périodes de travail et d’arrêt maladie, ne pouvant ni mener mes cours à bien dans ces conditions, ni prendre soin de ma santé convenablement en sachant que l’établissement ne me trouve pas de remplaçant. Je reviens ponctuellement, ne tiens pas, repars. 

    La direction gratte toujours un peu plus la terre pour mieux creuser ma tombe. Il y aurait des centaines de situations à citer … Par exemple, lorsque une mère d’élève demande un rendez-vous avec le chef d’établissement et le professeur principal (moi-même), on assure à la mère que l’on va me convier mais on ne me prévient de rien. Je croise la mère à l’extérieur de l’établissement, elle me prévient du rendez-vous, j’essaie de contacter la direction afin de pouvoir assister à ce fameux rendez-vous mais comme toujours, on m’ignore.

Lors d'un arrêt maladie, on envoie un mail intitulé "Absences répétées de X" à tous les parents d'élèves de mes classes dans lequel on sous-entend que l'on ne me trouverait pas de remplaçant car mes absences ne seraient pas justifiées.

Des manipulations perverses parmi des dizaines et des dizaines afin de salir mon nom. 


Arrivés à un point de non-retour, le rectorat oblige la direction à me recevoir, puis mon syndicat obtient que le directeur me reçoive chaque semaine afin de renouer un contact sain. Cela n’a malheureusement permis que de me mettre encore plus sous les griffes de ce prédateur, seule dans son bureau.

Le temps des mutations arrive. J’ai demandé quelques établissements, ne croyant plus en une évolution favorable ici, d’autant plus que des personnels travaillant dans l'établissement depuis des dizaines d’années subissent un acharnement similaire. Le directeur est présent aux CCMA, réunions où se jouent les mutations.

Un mercredi, alors que j’arrive dans son bureau pour le rendez-vous hebdomadaire obtenu par mon syndicat, il me fait savoir qu’il a reçu une lettre à mon sujet, qu’il n’a pas eu le temps de la lire et qu’on va la découvrir ensemble.

Il s’agit d’un courrier de l’APEL réunissant un florilège de critiques acerbes et anonymes, dont certaines confèrent à l’injure. On refuse de me donner l’identité des auteurs de ces calomnies.

Nous recevons la présidente de l’APEL dans la foulée, celle-ci apporte à l’oral une touche finale à son torchon, me « prévenant » que des parents ont décidé de m’attendre à la sortie pour me faire payer mes arrêts maladie. Je passe mon état psychologique après tout cela.
Deux jours après, le directeur vient me voir avec un grand sourire, me tendant une lettre où l’une de mes demandes de mutation a été acceptée. Je suis assez étonnée par la chronologie des événements.

Quelques jours plus tard, j’apprends par mon syndicat que le mardi-même, mon chef d’établissement était présent à la Commission de l’Emploi où le poste m’a été proposé. Le même mardi au soir, il recevait miraculeusement le torchon me concernant. En bref, ce chef d’établissement a fait rédiger ce ramassis d’injures anonymes afin de me pousser à accepter cette demande de mutation.

Je termine l’année dégoûtée par ces gens, dégoûtée par l’impunité dans laquelle règnent ces directeurs sans aucune formation ni aucune humanité, dégoûtée par leur harcèlement que je ne suis pas la seule à subir.



Je ne dévoilerai pas trop d’informations sans le consentement des personnes et genrerai tout au masculin afin de préserver leur anonymat, mais en deux ans, j’ai vu :

  • Un AESH fraichement nommé contre lequel la direction a mené une campagne de diffamation inhumaine, demandant à des collègues mais aussi à des élèves des témoignages à charge afin de s’en débarrasser. Lors d’une entrevue informelle et alors que nous étions encore en bons termes, l’adjointe s’est carrément plainte auprès de moi de « ne pas pouvoir le virer ». C’est ainsi qu’elle a monté des professeurs et des élèves contre lui, en déformant les propos des uns et des autres. 
Les élèves ont senti cette animosité et certains ont commencé à harceler cet AESH, par exemple en donnant des coups de pieds dans sa chaise. Naturellement, celui-ci se retournait avec un regard désapprobateur afin de leur demander d'arrêter. C'est ainsi que le « je n’aime pas son regard » d’une élève hilare, amusée à l’idée de pouvoir nuire à un adulte, a été transformé en « cet homme a un problème avec les jeunes femmes », une rumeur proférée à toute l’équipe. Certains collègues ont arrêté de parler à l’AESH devant les fenêtres afin de ne pas être vu en sa compagnie par la direction, certains ont arrêté de lui parler tout court.

Cet AESH a obtenu une mutation d’urgence de la part du rectorat et a déclaré une Information Préoccupante à la gendarmerie. En deux mois de nomination seulement, cette directrice adjointe avait réussi à mener au moins deux personnes à la gendarmerie. 

Malheureusement, la Loi est lente et les ragots de campagne sont puissants : cet homme, père de famille honorable, traîne maintenant l’horrible réputation qu’on lui a faite.

  • Un personnel OGEC, victime de propos dégradants de la part du chef des travaux ainsi que d’un travail de calomnie, a été diminué jusqu’à être placé en arrêt maladie. Durant cet arrêt, il a atterri dans l’hôpital psychiatrique de la grande ville d’à côté … où il a rencontré un collègue professeur.
  • Cet autre collègue placé en hôpital psychiatrique en raison de ses conditions de travail s’est vu accusé par la direction de « donner une mauvaise image à l’établissement » en raison de sa vie privée. Une raison suffisante à leur sens pour le pousser vers l’internement psychiatrique.
  • Les arrêts longue durée sont assez courants dans cet établissement. Un autre membre OGEC a été en arrêt durant de très longs mois. En effet, arrivant un matin de rentrée à l’établissement, il a découvert que le poste de CPE sur lequel il avait été placé (et duquel le titulaire est en arrêt maladie depuis nombre d’années) avait été donné à un autre collègue de vie scolaire, sans qu'on l'en informe.
Via la communication de l’organigramme de rentrée, les collègues et les élèves ont été mis au courant de la rétrogradation de ce surveillant avant lui. Il s’est effondré et a été incapable de remettre un pied dans l’établissement. Comme plusieurs personnels, il a tout simplement disparu, du jour au lendemain.
  • Plus globalement, il n’y a plus de CPE qualifié dans cet établissement. Les deux CPE titulaires (ou Responsables de Vie Scolaire, puisqu'il n'existe pas de concours de CPE dans le privé) sont en arrêt maladie depuis des mois voire des années. Cela donne une gestion d’établissement parfois hasardeuse : des situations de harcèlement, d’agressions sexuelles entre élèves, de propos racistes, restent sans suite. Certains élèves perturbateurs, en roue libre, en profitent pour dépasser encore plus allègrement les limites.

Certains responsables de vie scolaire favorisent également les élèves qu’ils connaissent dans leurs décisions et critiquent les compétences de leurs collègues professeurs nouvellement arrivés auprès de ces derniers (alors qu’on le rappelle, « CPE » dans le privé ne requiert ni études, ni concours, ni rien). 

  •  Un professeur donnant des cours à mi-temps, réalisant une mission OGEC l’autre moitié du temps, a également vu son poste donné à un autre sans en être informé. En arrêt maladie pour un cancer, celui-ci a reçu un emploi du temps duquel sa mission OGEC avait tout simplement disparu … Il apprendra que sa mission, pour laquelle il avait passé toutes les qualifications nécessaires, avait été donnée à un professeur contractuel afin de le conserver sur l’établissement. 


À côté de ces atteintes à la santé des personnels, des petites lâchetés et des petites magouilles sont perpétrées au quotidien :

  • Un professeur a reçu un mail de menaces d’un parent d’élève suite à un arrêt maladie. Informée, la direction ne lui a jamais répondu.
  • Un collègue a également reçu des menaces d’une famille suite à une mauvaise note. Prévenue par un long mail où le collègue évoquait sa profonde détresse, la direction n’a jamais répondu.
  • Les familles contestataires sont encouragées au prof bashing. Je ne suis pas la seule à avoir fait l’objet d’un florilège d’injures anonymes : un collègue proche de la retraite a également eu l’honneur de découvrir un torchon similaire dans le bureau du directeur. Il est vraiment surprenant que nous, professeurs, soyons dans l’impossibilité de joindre ce directeur, alors que les ramassis de calomnies de l’APEL lui parviennent aisément. D’autres collègues donnent des indices selon lesquels ils ont vécu des choses similaires, mais n’en parlent pas ouvertement dans un tel climat.
  • Les familles contestataires peuvent également faire changer les notes, voire les moyennes et les appréciations grâce au soutien de la direction dans cette remise en cause du travail des enseignants.
  • La plupart des rapports d’incidents adressés à la direction restent lettre muette ; parfois, comme l’en atteste Ecole-Directe, ils ne sont même pas lus.
  • Plus globalement, le chef d’établissement ne répond pas, mis à part à quelques personnes proches de lui.

Ses mails sont fermés aux familles, seuls les personnels peuvent lui écrire. Alors que cela doit déjà considérablement amoindrir sa charge de travail, celui-ci clame qu’il n’a pas le temps de répondre aux professeurs. Il est pourtant déchargé de cours, n’honore pas nombre de demandes d’entretiens, se permet de ne pas honorer les demandes d’entretiens émanant de syndicats. Il s’énerve lorsqu’on patiente devant son bureau afin de pouvoir le rencontrer : « Je n’aime pas vos manières ». Quelles manières ? Celles qui vous rappellent que votre poste vous donne des obligations, pas seulement un salaire et des primes ?

Un collègue excédé, le directeur refusant de le voir, a osé parler de contacter la DDEC s’il n’avait pas de rendez-vous : il a été reçu dans l’heure. Faut-il remuer ciel et terre afin d’obtenir une réponse à un mail ou bien un entretien ?


  • Plus globalement, plusieurs de ces personnels de direction ne sont même pas au courant du fonctionnement de leur établissement : le chef des travaux reprochera à une famille de ne pas avoir mis le directeur en copie d’un mail (alors que la boîte mail du directeur est fermée aux familles), l’adjointe affirmera que les parents ne reçoivent pas de message pour les alerter des notifications Ecole-Directe alors que c’est le cas.
  • De temps en temps également, les personnels de direction tentent d’embrouiller les personnels de droit public afin de leur subtiliser leurs indemnités. Un professeur s’est par exemple vu entendre que l’on ne pouvait pas déclarer ses IMP sur son avenant de rentrée car il avait été en arrêt maladie … Ne voyant pas le rapport, le collègue s’est renseigné jusqu’à découvrir que cette IMP avait été déclarée sur l’avenant de rentrée de cette même adjointe aux explications incohérentes.
  • Au niveau des élèves, le chef d’établissement envisage leur valeur selon le niveau social de leurs familles : un adolescent d’une famille aisée franchissant toutes les limites sera qualifié de « chouette type », alors qu’il déclarera d’une adolescente venant d’un milieu populaire, un peu bougonne mais n’ayant rien commis de grave, qu’il « n’aime pas son attitude ». Il se gargarisera même de l’avoir signalée à la structure qu’elle convoite afin qu’elle n’y soit pas prise.


Et comme souvent dans l’enseignement catholique, pas grand monde ne parle ni ne bouge. La direction veille à entretenir une petite cour autour d’elle, à l’aide d’arrangements d’emplois du temps, de répartition de niveaux, de dispense de surveillance d’examens ou même de dotation d’HSA factices. Elle encourage la délation mais aussi la rédaction de témoignages calomnieux : les personnels de direction pourront ainsi faire pression sur les personnels indésirables en clamant qu’ils ont des témoignages - de qui, de quoi, on ne le saura jamais, car sachant que ces écrits diffamatoires tombent sous le coup de la loi, la direction ne les communiquera jamais aux principaux concernés, se contentant de les acculer de propos flous contre lesquels ils n’ont aucune possibilité de contradictoire.

En bref, la salle des profs devient un agglomérat de clans où l’on regarde autour de soi avant de parler, où l’on chuchote en se cachant des oreilles délatrices qui ne manqueront pas d’aller rapporter et déformer le moindre propos afin d’obtenir un petit privilège. 


Les personnels de droit privé en souffrance sont pieds et poings liés et ne peuvent ouvertement dénoncer ces conditions de travail. Lorsqu’ils sont poussés à bout, il ne leur reste que les arrêts maladie.

Les personnels de droit public qui contestent ces dérives sont soumis à des campagnes de dénigrement sans possibilité de contradictoire, dans le but de les terroriser mais aussi de mettre en garde toute personne qui oserait prendre la parole. Le message est passé : toute contestation sera suivie de représailles, ouvrez la bouche et on anéantira votre honneur et votre dignité par tous les moyens. Personnel de droit privé, on fera sauter votre contrat. Personnel de droit public, on jouera le jeu des calomnies.


Bref, dans l’enseignement catholique, chaque direction - nommée par l’évêque, sans concours - fait ce qui lui plaît. Certaines décident d’être dans les clous, de respecter les Bulletins Officiels et éventuellement la Loi. D’autres pensent le caractère propre comme un droit à s’affranchir de toute règle et à régner en inquisiteurs sans accomplir aucune de leurs missions. Ils s'organisent des chasses à l'homme (enfin, dans leurs esprits, des chasses aux sous-hommes) en toute impunité.

Tout cela est possible grâce à une culture de la peur et de la soumission omniprésente. Combien d'enseignants insultés, menacés voire frappés se taisent par peur des représailles ?


Lorsque l’on passe le concours, on est souvent jeune et l’on pense naïvement que l’on fera le même travail que l’on coche « privé » ou « public » sur notre copie. On se dit que tant que l’on respecte les croyances catholiques et qu’on n’a rien contre le fait d’accompagner quelques cérémonies, on pourra enseigner paisiblement pas trop loin de chez soi.

C’est une méconnaissance de cette sphère à l’esprit étriqué, où certaines directions en-dessous de tout n’hésiteront pas à vous discriminer à la moindre différence - subie ou voulue, car, tout ce petit monde le dit lui-même : « il faut rentrer dans le moule ».

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