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Pau : le directeur de l’Immaculée Conception entendu en procédure disciplinaire, les entorses à la laïcité pointées par le rectorat

 

Pau : le directeur de l’Immaculée Conception entendu en procédure disciplinaire, les entorses à la laïcité pointées par le rectorat

Par Romain Bely - r.bely@sudouest.fr

Cinq syndicats de l’enseignement public et privé avaient dénoncé en début d’année «le non-respect des obligations contractuelles qui lient l’ensemble scolaire Immaculée Conception-Beau Frêne de Pau à l’État ». Ils fustigeaient les libertés prises par l’établissement quant à certaines pratiques religieuses dans ses murs. Des confessions organisées durant le temps scolaire, des cours d’instruction religieuse tenant du catéchisme avec des questions liées à l’existence de Dieu ou une référence embarrassante au «génocide vendéen» étaient notamment listées.

La rectrice Anne Bisagni-Faure avait pris connaissance de ces griefs, mis en lumière par un article de «Libération», et demandé des explications à la direction de l’établissement catholique dans un courrier daté du 31janvier. Pas vraiment transporté par les retours, le rectorat avait finalement convoqué une mission d’inspection qui a secoué l’établissement et les équipes éducatives au mois d’avril. Certains membres du corps enseignant, proches de la direction, avaient mal vécu les entretiens décrits comme «téléguidés».

Le rapport de cette inspection a été adressé au début de l’été à Christian Espeso, le directeur de «l’Immac», comme on l’appelle à Pau. Le rectorat a relevé plusieurs manquements qui interrogent sur le devenir du contrat d’association qui lie cet établissement privé de 2500élèves –le plus grand du département– à l’État.

«L’Immaculée Conception est un établissement de renom, performant et qui affiche des indicateurs de réussite très satisfaisants pour ses élèves. Il ne saurait donc être question de rompre son contrat d’association, mais seulement de s’assurer de son respect», assurait hier le rectorat à « La République des Pyrénées ». Le rectorat veillant à la très stricte séparation entre contenus éducatifs et initiations spirituelles.

Nos confrères indiquaient par ailleurs que le directeur était convoqué hier à Bordeaux à 14h30 par le conseil académique dans le cadre d’une procédure disciplinaire. L’entretien à rallonge a conduit ses protagonistes jusque tard dans la soirée et empêché d’en connaître l’issue. Christian Espeso était accompagné d’un avocat, Me Thierry Sagardoytho. Il entendait défendre sa vision du dossier qu’il estime à charge, comme il l’avait fait dans « SudOuest » en mars dernier.

À propos des confessions sur le temps scolaire, le directeur reconnaissait alors une erreur d’appréciation : « Même si c’était à titre exceptionnel, nous n’avions pas à procéder ainsi. J’ai convoqué mes collègues afin que cela ne se reproduise plus, sous aucun prétexte. La consigne est: confessions pendant les messes, en dehors du temps scolaire. »

Il rejetait le reste de l’inventaire. Une conférence donnée sur le temps scolaire par Reynald Secher, un historien tenant de la théorie du « génocide vendéen » à la Révolution, avait été présentée par le rectorat comme « une approche révisionniste de l’Histoire ». Christian Espeso s’était alors agacé des « procès d’intention » et avait rappelé le parcours universitaire de l’intervenant.

Enfin, il soutenait que les questions posées à des élèves de seconde, comme « quelle est la science qui parvient avec certitude à l’existence de Dieu? », relevaient de la transmission et non d’un quelconque prosélytisme. « On a le droit d’être d’accord ou pas, ce sont des débats intéressants. Nous pensons que l’école peut permettre d’affronter la question de Dieu avec sa raison .»

« Nous ne sommes pas là pour que les enfants deviennent les soldats de ceci ou cela mais pour leur transmettre une culture –les grands auteurs, les grands penseurs– grâce à laquelle ils pourront librement décider », concluait Christian Espeso lors de notre rencontre. Il assume être « en décalage avec la pédagogie moderne » et dit défendre une vision d’une école « polie par le temps », faisant volontiers référence aux IIIe et IVe Républiques, ainsi qu’à Charles Péguy, regrettant que « l’égalité soit transformée aujourd’hui en égalitarisme ».

Le directeur avait été nommé en 2013 par Monseigneur Aillet, l’évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, seul habilité à l’écarter quelle que soit la décision du rectorat. Son établissement affiche depuis des taux de réussite proches des 100%. En mars, il avait été classé 4e établissement privé de France dans un palmarès établi par « LeParisien ». L’Immaculée Conception est régulièrement jugée « sélective » dans le palmarès des lycées publié par « SudOuest » sur la foi des données du ministère de l’Éducation nationale. « Ces indicateurs dévalorisent l’exigence, alors que l’exigence paie », soutenait alors le directeur en 2023.

Le rectorat a relevé plusieurs manquements qui interrogent sur le devenir du contrat qui lie l’école à l’État

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