Ségrégation sociale entre collèges : l’écart se creuse entre public et privé

 

Ségrégation sociale entre collèges : l’écart se creuse entre public et privé

 

Dans une récente note, la Depp analyse l’évolution de la mixité sociale au collège. Elle pointe l’impact du secteur privé sous contrat qui dans certains territoires capte de plus en plus d’élèves issus de familles favorisées.

La question de la mixité sociale des collèges est récemment revenue sur le devant de la scène avec le rapport des députés Paul Vannier (LFI) et Chrisopher Weissberg (RE) sur le financement des établissements privés sous contrat. La Direction statistique de l’Éducation nationale (Depp), vient apporter un éclairage beaucoup plus fin sur le phénomène avec sa toute dernière note d’information publiée le 14 mai 2024. Elle pose un état des lieux de la ségrégation sociale au collège à la rentrée 2023 et rend compte de l’hétérogénéité entre territoires.

42,3% d’élèves de familles favorisées dans le privé sous contrat

A la rentrée 2023, au niveau national, 35% des collégiens étaient enfants d'ouvriers ou d'inactifs. Mais cette proportion atteint 58,8% dans les 10% des collège les plus défavorisés, et tombe à 12,4% dans les 10% des collèges les plus favorisés. De même, les enfants de cadres supérieurs, chefs d'entreprise, enseignants, et de parents exerçant une profession libérale représentent 25,2% des collégiens au niveau national. Ils ne sont plus que 7,1% dans le dixième des collèges les plus défavorisés mais représentent presque la moitié des élèves dans les 10% des collèges les plus favorisés.

A la rentrée 2023, 42,3% des élèves du secteur privé sous contrat sont en effet issus de familles favorisées, contre 20,5% dans le public. Inversement, 16,6% des élèves du secteur privé sous contrat sont issus de milieu défavorisé, contre 40,1% des élèves du secteur public. Un  écart qui s'est creusé à partir des années 2000.

Un indice d'entropie pour mesurer la ségrégation sociale

Pour mesurer précisément la ségrégation sociale entre les collèges, la Depp a bâti un indicateur, l'indice d'entropie, qui varie entre 0 et 1. Proche de 1, il montre que les écarts sociaux entre collèges sont très importants et qu'au sein de chaque collège, la diversité des milieux sociaux est faible. Proche de 0, il indique que les écarts sociaux entre collèges sont moins importants et que la composition sociale de chaque collège avoisine celle de l'ensemble des collégiens du territoire concerné.

Cet indice comprend trois composantes : la disparité entre collèges publics, celle entre collèges privés et l'écart de composition sociale entre les secteurs public et privé. En 2023 l'indice d'entropie global s'élevait à 0,0985, tandis que celui entre secteurs publics et privés était de 0,0231, soit plus de deux fois supérieur. La disparité entre collèges publics explique néanmoins 55% de la valeur de l'indice d'entropie, la disparité entre collèges privés 21,5% et l'écart de composition sociale entre les secteurs public et privé 23,5%.

Évolutions contraires

Si la ségrégation pour l'ensemble des collèges est stable au niveau national depuis 2014, elle résulte pourtant de deux évolutions contraires, indique la Depp. La ségrégation sociale parmi les collèges publics baisse, tandis que les écarts de composition sociale entre secteur publics et privés se creuse, le secteur privé captant de plus en plus d'élèves de milieux favorisés. La Depp souligne néanmoins qu'il existe également de forts écarts entre collèges privés, entre ceux qui forment « une élite sociale et scolaire » et ceux qui se spécialisent « dans le rattrapage d'élèves en difficulté ».

Forte ségrégation en milieu urbain

En zoomant sur les départements, on constate que la ségrégation sociale est plus forte dans les départements les plus urbains : Hauts-de-Seine, Paris, Bouches-du-Rhône, Yvelines, Val-de-Marne, Rhône caracolent en tête avec un indice d'entropie totale supérieur à 0,122. En milieu urbain, trois phénomènes se cumulent en effet explique la Depp. La ségrégation résidentielle est plus importante, la proximité et le nombre de collèges exacerbent la concurrence entre établissements et les familles de milieu social favorisé ont tendance à éviter le collège de secteur.

Dans six départements sur dix, les collèges privés sont plus hétérogènes socialement que les collèges publics, en particulier dans l'ouest de la France, où l'enseignement privé est fortement implanté. Dans le nord-est et dans le sud-est de la France, au contraire, comme dans quatre départements sur dix, ce sont les collèges publics qui présentent une plus forte hétérogénéité sociale.

Inégalités économiques et pauvreté creusent l'écart entre privé et public

Lorsque l'on compare secteurs privé et public, les disparités sociales sont plus fortes dans le Bassin parisien, le nord de la France, le sud méditerranéen et les départements et régions d'outre-mer. Des territoires où l'on rencontre un fort degré d'inégalités économiques ou un taux de pauvreté important. A contrario, dans les départements ruraux ou de montagne, l'indice d'entropie est proche de 0. C'est le cas du Jura et du Cantal (0,002), de l'Ariège, de la Haute-Saône, de la Haute-Loire ou encore de l'Ardèche (0,004).

Des variations disparates selon les départements

Si l'on observe cette fois l'évolution de la ségrégation sur les dix dernières années, on constate que dans la moitié des départements, cette dernière a peu varié, et dans une vingtaine, elle a même baissé. C'est le cas notamment au nord et à l'ouest de la France. Dans une vingtaine d'autres au contraire, plutôt dans la moitié sud de la France, la ségrégation sociale a augmenté, poussée par un écart de plus en plus fort entre secteurs public et privé.

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