Mixité sociale : l’enseignement privé doit prendre sa part
Mixité sociale : l’enseignement privé doit prendre sa part
A l’heure où seulement 16 % des élèves de collèges privés sont issus de familles défavorisées, contre 40 % de ceux du public, l’idée de moduler les moyens attribués à ces établissements sous contrat en fonction des caractéristiques sociales et des difficultés scolaires paraît logique.
Dans la crise que connaît le système éducatif français, soulignée par une série de contre-performances dans les comparaisons internationales, l’enseignement privé, qui scolarise 17,6 % des élèves, a sa part, en particulier de la difficulté à compenser les inégalités sociales. Une telle affirmation n’équivaut nullement à une volonté de rallumer la « guerre scolaire » qui a abouti, en 1959, au vote de la loi Debré, posant le principe de « contrats » accordant un financement public aux établissements privés en contrepartie du respect des programmes de l’éducation nationale et de l’engagement à accueillir les élèves sans discrimination. Ni à un quelconque désir de rouvrir les plaies de 1984, lorsque la gauche avait dû, après d’énormes manifestations, renoncer au projet de loi Savary prévoyant la fusion des deux systèmes.
Il s’agit de prendre acte d’une réalité préoccupante, comme le fait le rapport de deux députés présenté, mardi 2 avril, devant la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. Les établissements privés « ne prennent pas toute la part qui devrait être la leur dans la mise en œuvre des politiques publiques de l’éducation ».
Alors que la mixité sociale est un objectif assigné au système éducatif par la loi depuis 2013, les pratiques de nombre d’établissements du secteur privé sous contrat s’en écartent. Tandis que 40 % des élèves des collèges publics sont issus de familles défavorisées, ce n’est le cas que de 16 % de ceux du privé. Sélection des élèves les mieux dotés, renvoi vers le public des éléments aux résultats insuffisants, politique d’attribution des moyens creusant les inégalités avec le public : l'enseignement privé – à 96 % catholique – « risque désormais de participer à l’aggravation de certaines des faiblesses de notre système éducatif », avait déjà souligné, en juin 2023, un rapport de la Cour des comptes.
Le rude constat des auteurs du rapport parlementaire, d’autant plus percutant que l’un appartient au parti présidentiel, Renaissance, et l’autre à La France insoumise, englobe, comme celui de la haute juridiction financière, l’opacité du financement de l'enseignement privé et la faiblesse des contrôles auxquels il est assujetti. Au point que les « contreparties exigées des établissements privés sont loin d’être à la hauteur des financements[10 milliards d’euros, dont 8 milliards versés par l’État] qu’ils perçoivent ».
Pour une part, l’enseignement privé est victime de son succès. En attirant les familles déçues par les établissements publics, il met en lumière les faiblesses de ces derniers : rigidité, absences non remplacées de professeurs, distance avec les familles. Dénoncer la dérive élitiste du privé et le manque de transparence de son financement n’exonère nullement le public d’un aggiornamento que les pesanteurs, la valse des ministres et des consignes pédagogiques ne facilitent pas.
Alors que le « vivre-ensemble », valeur prônée par l’Église catholique, est mis à mal par la progression de l’« entre-soi », notamment à l’école, l’idée de moduler les moyens attribués aux établissements scolaires privés en fonction des caractéristiques sociales et des difficultés scolaires des élèves paraît logique. Dans le même esprit, les exclusions en cours de scolarité doivent être contrôlées, et la traçabilité des fonds publics doit être assurée. Nulle intention « guerrière » dans ces objectifs du rapport parlementaire, dont le gouvernement devrait s’emparer, juste un but légitime de justice scolaire.

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