Témoignages - Dysphorie du genre à Mongazon "maudit"

Témoignages - Journée pédagogique du 2 février 2024 à l'Institution Mongazon d'Angers


 Journée pédagogique du 02 février 2024

Le professeur Écochard, se présente d’emblée comme spécialiste de la biologie de la
reproduction mais n’étant « pas spécialiste de ce sujet ». Ce qui remet immédiatement en
cause la légitimité de son intervention et l’intérêt de sa présence aussitôt soulignés parmi les
professeurs.


Dès la seconde diapositive, le terme d’épidémie est employé. Il est évoqué « une épidémie
inattendue de dysphorie de genre dans les cours de récré ». Les analogies avec la maladie se
poursuivent : sont mises sur le même plan les personnes souffrant de dysphorie de genre et
celles souffrant d’anorexie mentale. En tant qu’épidémie, la dysphorie de genre serait
contagieuse au même titre que l’est le suicide selon le professeur Écochard. Il maintient par
ailleurs ses propos suite aux questions de collègues lors de la discussion (« définition d’une
épidémie », « chiffres qui sont très faibles », « mode de contamination ? ») en argumentant
que les enfants s’influencent entre eux, donc contagieux et massif car selon lui et ses
collègues, le nombre progresse très rapidement.
Les comparaisons s’enchaînent, toutes plus malvenues les unes que les autres. Celle avec les
Lego fait beaucoup réagir, le professeur affirmant que les personnes souffrant de dysphorie
de genre pensent pouvoir assembler et désassembler des petites pièces pour transformer un
corps d’homme en un corps de femme comme on le ferait avec les petits bonhommes Lego.
Toujours à propos du corps, le professeur soutient que la chirurgie peut « donner l’apparence
de femme à des corps d’hommes mais cela n'en fera pas de très belles femmes ».
Des stéréotypes sexistes et misogynes, tous plus éculés les uns que les autres, ont également
été énoncés. Les aptitudes dites « féminines » et celles dites « masculines » ont été
énumérées. Ainsi « l’homme laisse le cerveau émotionnel au placard lors de la prise de
décision ». L’homme est plus analytique quand la femme est plus intuitive, plus portée sur le
prochain et cherche à consoler. Également « la femme aime les cadeaux ». Les sources ne sont
jamais citées et il s’appuie tout simplement sur « les neurosciences » ou sur les travaux de
collègues qu’il cite mais dont les spécialités ne sont jamais mises en lien directement avec un
quelconque travail sur le genre. De plus, les individus cités sont tous référencés ou rapidement
repérés comme étant très critiqués pour leurs prises de position dans des collectifs très
orientés.
Toute l’intervention a eu pour but de nous montrer la différence entre les hommes et les
femmes : leurs cerveaux sont différents et « cela se voit anatomiquement » et que donc par
conséquent, il faut conseiller aux jeunes en questionnement de « revenir vers leur genre de
naissance ».
Enfin, selon le professeur Écochard, la dysphorie de genre est « une crise de croissance, un
appel à l’aide » qui « traduit une souffrance de la famille » car en couple « on a tendance à ne
pas assez magnifier l’autre sexe ».
Bien loin de tenir un discours scientifique, le professeur Écochard n’a eu de cesse de vouloir
créer une connivence avec l’auditoire, employant des mots avec une charge émotionnelle
forte et en insistant sur ses points communs avec les personnes présentes en mettant en avant
son statut d’homme, de père et de grand-père.
L’intervenant a finalement dû raccourcir sa présentation car une grande partie des collègues
réagissait fortement à ses propos, le déstabilisant. La partie questions/réponses s’est soldée
par des réactions très vives de Mr Ecochard, qui ne voulait plus d’interaction et a été très
ferme envers des collègues à plusieurs reprises.
Une professeur a par ailleurs tenté de discuter avec lui en petit comité sur l’approche
neuroscientifique qu’il propose tout en questionnant sa légitimité vu l’absence de
bibliographie scientifique de sa part sur la question précise de la dysphorie de genre. Cet
entretien a été très intense et la professeur s’est vue entendre des remarques questionnant
« sa maitrise du monde de la recherche », le fait qu’elle « était trop dans l’émotion et pas
apaisée » alors même que l’intervenant ne supportait pas les remarques ni de discuter en
argumentant que « le point de vue choisi est le sien, et qu’en recherche on choisit l’angle que
l’on veut ».
En pièce jointe les extraits du diapo projeté et ci-contre la conférence qui est aussi consultable
en entier sur you tube : https://youtu.be/BXkpcK-bgh0?si=QZCY0DIWLb1LP7dS (dans
l’établissement de l’ICES, sur la chaîne du diocèse de Luçon).
La juriste Aude Mirkovic était la deuxième intervenante.
Elle a présenté son discours en deux temps : le changement de prénom et les démarches
associées puis le changement de pronom ainsi que les démarches associées. Le propos
juridique était plutôt intéressant même si pointait régulièrement l’idée que rien n’impose
(légalement) de suivre la volonté des jeunes.
Après nous avoir expliqué que les circulaires et décisions de conseil d’état n’étaient que des
« recommandations » et non pas des décisions juridiques, son propos a essentiellement porté
sur les décisions récentes prises par l’Angleterre quant à la mise en place de la transition
sociale en milieu scolaire. Elle considère que, puisque l’Angleterre possède dix ans d’avance
sur la France dans le domaine de la dysphorie de genre, notre pays suivra le même chemin.
Elle avance également « Je suis sûre qu’il y en aura » au sujet de procès que les parents
pourraient attenter aux enseignants même si l’accord avait été donné pour une transition
sociale à l’école. Ainsi, plusieurs fois madame Mirkovic énonce-t-elle des événements qui ne
sont que de l’ordre de l’hypothèse. Elle agite la menace d’éventuels procès pour effrayer
l’auditoire.
Le propos tenu est devenu discriminant lorsque, pour évoquer une jeune femme belge en
détransition, elle utilise les termes « les gens de son espèce ».
Enfin, suite à une question posée à la fin de son intervention, Aude Mirkovic a reconnu ne pas
être neutre et avoir une position orientée sur le sujet (position clairement exprimée dans ses
prises de paroles publiques, notamment écrites, lorsqu’elle reprend les propos de personnes
plusieurs fois accusées de transphobie afin d’ironiser sur l’existence des personnes nonbinaires).
Il est possible de trouver ici une vidéo d’un colloque auquel a participé Mme Mirkovic :
https://youtu.be/VEcL4zV12PU?si=7wHwd22YfOAa-I_x
ou ses prises de parole publique sur des radios très orientées :
https://youtu.be/3qGFXq6nslo?si=IA-wj2Z4EJZAKbC0
https://youtu.be/PEHnjwpsJ10?si=h71W5w-DLVfX4IGS elle parle d’idéologie transgenre chez
les mineurs comme si cela pouvait s’apparenter à des choix, des convictions…
La neurochirurgienne Anne-Laure Boch s’est immédiatement présentée comme membre de
l’Observatoire de La petite sirène. Pendant près de 45 minutes, des détails sur la vaginoplastie
et la phalloplastie ont été donnés. Nous cherchons encore le lien entre ces opérations des
organes génitaux et la neurochirurgie, spécialité du docteur Boch. Certaines conséquences de
ces chirurgies ont été abordées de façon récurrente : la stérilité et l’absence d’orgasme chez
les individus ayant réalisé la transition. Ces chirurgies, nommées par ailleurs « mutilations »
« détruisent la sexualité des gens ». La question a été posée en ces termes par le docteur
Boch : « Quel est le bien et le mal ? ». Ces termes relèvent du domaine de la morale et non
plus du domaine scientifique.
La fin de l’intervention n’a servi qu’à aborder la dysphorie de genre à travers le prisme du
pathologique en la présentant comme une maladie mentale, il a été mentionné le syndrome
de « la main du diable » et « le trouble de l’identité et de l’intégrité corporelle ». Le parallèle
a également été fait avec l’anorexie mentale ou encore comme étant la conséquence d’une
exposition à la pornographie (ces deux exemples avaient déjà été évoqués, à l’identique, par
les deux intervenants du matin.) Le docteur Boch répond par ailleurs avec ferveur que « 95%
des jeunes souffrant de dysphorie de genre souffrent d’autres pathologies mentales ».
Lorsqu’une collègue questionne « si la dysphorie génère la dépression et autres troubles
psychologiques ou la dépression est à l’origine de dysphorie de genre? », le docteur Boch
affirme que la « dysphorie de genre n’est qu’un symptôme et qu’il faut trouver ce qui ne va
pas ». Quand on questionne pour les 5% restants, elle estime que « c’est parce qu’il n’a pas
été trouvé ce qui aurait dû être cherché ». L’intervention porte principalement à montrer que
la médecine prend « un sens tragique » en permettant ces chirurgies.
A propos du collectif « La petite Sirène », nous avons découvert que le gouvernement s’est
positionné publiquement contre cet observatoire qui a été interpellé officiellement sur ses
pratiques de promotion de thérapies de conversion formellement interdites depuis le vote de
la loi du 31 janvier 2022. Le gouvernement a déclaré se tenir prêt à saisir le Procureur de la
République contre la “Petite Sirène” au titre de l’article 40 du Code de Procédure Pénale.
Lors de recherches, le nom d’Aude Mirkovic revient en tant que co-fondatrice de ce collectif.
Les liens entre les trois intervenants sont devenus évidents au fur et à mesure de l’intervention
du docteur Boch.
Un exemple de conférence qu’elle tient peut se trouver ici :
https://youtu.be/skP4kWhts6Q?si=E-w1vjdJYX-gz5Yx
Il s’agit d’ailleurs d’un colloque où était aussi présente Mme Mirkovic.
Le dernier intervenant, Benard de Castera n’a finalement pas réalisé de réelle intervention,
sans que l’on sache pourquoi. Il a simplement réalisé la synthèse de la journée, en insistant
sur l’accueil bienveillant que l’on doit offrir aux jeunes.

Un autre témoignage de la journée :

j'ai donc assisté aujourd'hui à une journée dont l'objet annoncé en début de ma5née
était d' "établir un langage commun sur un sujet d'actualité", "l'identité sexuelle". En réalité il
fut plutôt question d'identité sexuée ou de genre et en particulier de ce qui est convenu
d’appeler « l’incongruence de genre », expression jamais employée par les intervenants ni
par les organisateurs qui préfèrent celles de « dysphorie ». L’idée de « langage commun » fut
aussitôt précisée par Mme la directrice de l’institution Mongazon comme l’idée d’ « avoir
tous la même posture » sur le sujet. Les intervenants semblaient en effet s’entendre sur le
fait que la dysphorie est une maladie, plus précisément « une maladie mentale » (selon Mme
Boch) alors que la dernière version du DSM dit explicitement qu’il ne s’agit pas d’un trouble.
Aucun des intervenants n’a de qualification particulière pour parler de ce sujet. Aucun d’eux
n’est l’auteur de publications scientifiques sur ce thème. Ils ont en revanche une
appartenance commune mais elle n’est jamais annoncée explicitement. Par exemple, Mme
Boch commence sa conférence en disant « d’où elle parle », se présente à l’audience comme
une scientifique et un chirurgien mais n’annonce pas son appartenance commune avec les
autres intervenants qu’elle tutoie pourtant. La forme d’ensemble de la journée repose non
sur la volonté de réfléchir ensemble à un sujet de société mais plutôt sur celle de marteler un
dogme – car il ne sera jamais argumenté – selon lequel tout individu s’interrogeant sur son
genre, en dehors de catégories dites « biologiques » d’homme et de femme, est un déviant
dont la situation doit être saisie au prisme du pathologique. L’idée, par exemple, qu’il puisse
y avoir une part de féminin et de masculin en chacun d’entre nous est en elle-même
inacceptable dans cette perspective.
La première intervention, celle de M. Ecochard, donne le ton : il sera seulement question de
« faits ». Mais il s’agit en réalité de préjugés éhontés sur les hommes et les femmes qui
s’affirment sans complexe comme confirmés par les neurosciences cognitives. « Il y a une
autoroute entre le cerveau émotionnel et le reste du cerveau chez la femme. » déclare par
exemple M. Ecochard. Multipliant les affirmations sur les caractéristiques différenciées des
hommes et des femmes, soi-disant confirmées par les neurosciences, il répète aussi à
plusieurs reprises qu’en parallèle se développe une « épidémie » de dysphorie. Interpellé à
ce propos par une collègue il avoue ne pas avoir de chiffres permettant de le confirmer mais
que ses propres collègues médecins « [lui] disent qu’il y en a de plus en plus ». L’essentiel est
acquis pour lui : tout ce qui échappe aux caractéris5ques bien établis permettant de
dis5nguer les hommes des femmes est de l’ordre de la pathologie et cette pathologie doit
nous faire peur car elle progresse.
La seconde conférence de Mme Mirkovic a pour seul but de montrer qu’on ne prend pas trop
de risque juridique à ne pas appliquer la circulaire du 29 septembre 2021 intitulée « Pour une
meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire ».
Le propos semble en cela surtout destiné aux personnels de direction et de droit privé dont
la conférencière est une spécialiste. Ainsi la question que nous autres enseignants, agent
public d’État soumis au code de l’éducation, nous posons – est-ce que je suis discriminant en
acceptant ou en refusant la transi5on d’un élève décidée en accord avec ses parents ? – sera
traitée en quelques secondes sur la soixantaine de minutes que dure la conférence. La
réponse de la juriste est qu’il n’y a pas de risque à commettre un « mégenrage » dans ce
genre de situation puisque tant que le changement de sexe n’est pas inscrit dans l’état civil, il
n’est pas légal. Il est seulement « coutumier ». Un collègue interpelle à la fin Mme Mirkovic
sur ce point précis en se plaignant de n’avoir eu finalement aucun éclairage sur la posture à
tenir en cas de demande en lien avec une transition et la conférencière lui répète la même
chose dite rapidement auparavant : du point de vue du droit, seul l’état civil compte
vraiment. Une réponse qui fait bien sûr l’impasse sur le statut partagé par la majorité de son
audience et auquel s’applique la circulaire susmentionnée.
Enfin la dernière conférence à laquelle j’ai pu assister, celle de Mme Boch, restera dans ma
mémoire comme un modèle de rhétorique (et non de science et de philosophie comme
annoncé). La rhétorique consiste à provoquer des émotions par le discours dans l’espoir
qu’elles transforment à leur tour le jugement et l’action de l’auditoire. Il s’agissait en
l’occurrence de provoquer le dégoût de l’assistance à l’égard de la personne transgenre en
énumérant durant près de 45 minutes toutes les conséquences possibles des traitements
hormonaux et chirurgicaux employés en ce domaine en insistant bien sûr surtout sur les
effets indésirables (évidemment tous plus abominables les uns que les autres). Entre les
lignes la thèse développée était la suivante : le transgenre est un malade mental qui doit être
orienté vers un psychiatre. Lorsqu’une personne de l’assistance demande de préciser si la
trans identité est cause ou conséquence de maladie, il est affirmé, sans citer ni source ni
méthode, que « 95% des cas sont associés à la maladie mentale ».
 La tension, la crispation entre l’assistance et les intervenants était palpable et
même étouffante. Ce soir la direction a envoyé un mail insistant sur nos accords (l’accueil
bienveillant, le respect de chacun et le travail d’équipe au profit des élèves) mais ce qui
sautait aux yeux c’était surtout le caractère à la fois édifiant et très clivant de la mise en
scène qui nous était destinée, visiblement très bien rodée.

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