Notre-Dame de Bétharram : un homme accusé de viols et agressions sexuelles est toujours en poste au collège
Notre-Dame de Bétharram : un homme accusé de viols et agressions sexuelles est toujours en poste au collège
Parmi les 33 plaintes d’ex-élèves de l’institution Notre-Dame de Bétharram, en Béarn, huit ciblent un laïc, toujours surveillant à l’internat du collège. La direction et le diocèse assurent n’avoir aucune information sur l’enquête en cours.
Déballage médiatique pour les uns, libération de la parole pour les autres, un phénomène inédit touche l’ex-établissement Notre-Dame de Bétharram, situé au pied des Pyrénées, entre Pau et Lourdes.
Une institution créée en 1837, à la solide réputation auprès des familles de notables de Pau, du Béarn et bien au-delà puisque nombre de familles bordelaises ou toulousaines y envoyaient leurs rejetons, sûres de les y voir « filer droit » et en sortir avec le bac en poche.
L’étincelle a jailli sous la forme d’un groupe Facebook au nom explicite, « Les Anciens du collège et lycée de Bétharram, victimes de l’institution », initié en novembre 2023 par l’un d’entre eux, Alain Esquerre.
Certains faits non prescrits
Plus de 550 personnes y sont désormais inscrites, qui livrent jour après jour des témoignages dont certains se transforment en plaintes. Après une première salve d’une vingtaine déposées le 31 janvier, une seconde série de 13 plaintes a atterri mardi 13 février sur le bureau du procureur de la République à Pau, lequel a confié aux gendarmes une enquête préliminaire pour violences, agressions sexuelles et/ou de viols.
Parmi ces 33 plaintes d’ex-élèves, huit ciblent un homme qui est toujours actuellement en poste au collège, devenu en 2009, Le Beau Rameau, et qui accueille aujourd’hui 200 enfants, contre 600 (500 pensionnaires) dans les années 1980.
Elles l’accusent de plusieurs faits correspondant à des violences, viols et agressions sexuelles, commis entre les années 1980 et le milieu des années 1990 au sein de l’établissement. Certains ne seraient pas prescrits.
Ce sexagénaire, laïc, travaille comme surveillant à l’internat depuis 1984. Il a par ailleurs accompagné, durant quatre décennies, des sorties et camps de vacances scouts durant l’été. Il aurait abusé de plusieurs enfants, pour certains à de nombreuses reprises.
« Je faisais semblant de dormir »
C’est le cas de Stéphane (prénom d’emprunt), un Landais de 50 ans qui avait 13 ans lorsqu’il a redoublé sa 6e, a été envoyé à Bétharram et plongé dans un univers ultraviolent. Victime de coups de la part de plusieurs adultes, enseignants et encadrants, il s’inscrit chez les scouts « pour sortir de cet enfer ». C’est là qu’il se rapproche de celui qui va devenir son agresseur sexuel. « Le gars était plutôt sympa avec moi », se rappelle Stéphane. À tel point que, lors des vacances scolaires en 1987, l’élève l’invite à séjourner avec lui chez une de ses tantes habitant l’étranger.L’adulte l’aurait abusé lors de ce séjour. «J’ai subi des attouchements et des fellations de sa part à deux ou trois reprises, raconte Stéphane. Et moi, je faisais semblant de dormir.»
Laurent, lui, aurait été victime de ce même homme lors d’un séjour au Maroc au cours de l’année scolaire 1984-1985. Le jeune garçon était en 5e et habitait la Côte basque. «Il est venu avec moi dans la salle de bains, a fermé la porte à clé et m’a sodomisé», témoigne-t-il.
Avant de subir les agissements de ce laïc, Laurent assure avoir « déjà été victime » d’un prêtre de l’établissement. Celui-ci hébergeait un groupe d’élèves dans une maison à l’entrée du collège. «On était censés faire plus de prières», indique le quinquagénaire qui avait accepté afin de fuir le dortoir de 50 lits. «Il me préparait des bains, me caressait jusqu’à me faire des fellations. Il me faisait dormir à ses côtés.»
Stéphane et Laurent, avant de se décider à porter plainte, ont longtemps occulté cette période de leur vie. «J’avais baissé un rideau de fer sur cette histoire», résume le premier. Jusqu’à ce jeudi 8 février et un déjeuner avec une connaissance professionnelle: «On a découvert qu’on avait tous les deux fréquenté Bétharram et été agressés sexuellement. Nous sommes sortis tous les deux en état de choc du restaurant.»
Aujourd’hui, les voilà bien décidés à parler. «Témoigner permet de se libérer de ce poids», remarque Laurent, qui espère que le collège notamment prenne «ses responsabilités». «Je suis prêt à aller jusqu’au bout, assure Stéphane. Je le fais pour moi, mais aussi pour toutes les autres victimes qui ne s’en sont pas sorties indemnes. L’être humain est faible face à ce type de prédateurs.»
Thierry (prénom d’emprunt), lui, a 13 ans lorsqu’il entre à Notre-Dame au début des années 1990. Dès sa 6e, il intègre le groupe de scouts où le responsable le prend sous son aile. «Il me faisait faire mes devoirs, me ramenait chez moi le week-end», alors que le garçon habitait sur la Côte basque et lui en Bigorre. Pendant les sorties, ils dormaient sous la même tente, dit-il. Et là auraient commencé les premiers attouchements.
Cette proximité serait allée jusqu’à la cohabitation lorsque le surveillant lui aurait proposé de venir habiter avec un autre élève dans l’appartement qu’il venait de louer dans le village de Lestelle-Bétharram. Pendant ces deux dernières années de collège, Thierry, ado très introverti, aurait été victime d’attouchements «presque toutes les semaines» et d’un viol, une fois. Il évoque une fellation forcée qui aurait été faite à cet homme.
Le directeur de l’établissement, Romain Clercq, confirme que l’agresseur sexuel présumé, salarié du diocèse, est toujours dans l’établissement, et affirme n’avoir aucune information sur l’enquête en cours. Il explique que l’institution «a écrit au procureur pour connaître les éléments du dossier» et, éventuellement, pouvoir se constituer partie civile dans le futur.
L’évêque de Bayonne, Oloron et Lescar, Mgr Marc Aillet, ne souhaite pas plus commenter: «Après avoir interrogé les pères de Bétharram, rien n’est pour le moment parvenu à leur connaissance concernant cette affaire. En l’état actuel de l’enquête, je n’ai donc aucune raison de m’exprimer», communique-t-il.
Le principal intéressé, le laïc mis en cause par les témoignages, que nous avons tenté de joindre via la direction de l’établissement, n’a pas répondu. Il reste présumé innocent des faits qui lui sont reprochés.
«Je témoigne pour moi mais aussi pour toutes les autres victimes qui ne s’en sont pas sorties indemnes»
«Il me préparait des bains, me caressait [...] Il me faisait dormir à ses côtés»

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