« Les établissements catholiques sous contrat n’ont rien à cacher »
Philippe Delorme, secrétaire général de l’enseignement catholique : « Je rêve que les 7 500 établissements scolaires catholiques soient contrôlés budgétairement »
Dans un entretien au « Monde », il défend l’autonomie des établissements privés sous contrat et réfute l’idée de manquements généralisés.
Le secrétaire général de l’enseignement catholique, Philippe Delorme, reconnaît que les 7 500 établissements privés sous contrat devraient être davantage contrôlés, mais il s’agit pour lui d’une défaillance de l’Etat. Il plaide pour l’autonomie des collèges et lycées, mise à mal, selon lui, par les réformes récentes comme l’instauration des groupes de niveau au collège.
Vous êtes restés silencieux depuis début janvier et la publication du rapport sur Stanislas et les polémiques autour d’Amélie Oudéa-Castéra. Pourquoi ?
C’est un choix. Je n’ai pas souhaité m’exprimer et alimenter une polémique qui a conduit à des caricatures et des contre-vérités sur l’enseignement catholique. Sur Stanislas, l’inspection générale a établi quatorze recommandations sur lesquelles l’établissement travaille. Les demandes de rompre le contrat d’association qui lie l’État à Stanislas sont injustes, injustifiées, et pour tout dire idéologiques. Elles viennent des bancs de ceux qui voudraient que l’enseignement privé n’existe plus.
D’autres témoignages existent dans d’autres établissements sur des manquements ou des abus dans l’application du contrat d’association : catéchisme obligatoire, non-respect des horaires dus aux élèves… Qu’en est-il ?
On reprend toujours les mêmes exemples. Il peut y avoir quelques cas sur les 7 500 établissements de l’enseignement catholique où certains points ne sont pas parfaitement appliqués. Mais on ne peut surtout pas en tirer des généralisations.
L’enseignement catholique ne devrait-il pas être davantage contrôlé ?
S’y est-on jamais soustrait ? D’un point de vue pédagogique, il l’est tout autant que dans le public. D’un point de vue financier, je vous l’accorde, nous ne sommes pas suffisamment audités, mais ce n’est pas de notre fait ! Les pouvoirs publics ne font pas leur travail. Je rêve que les 7 500 établissements catholiques soient contrôlés budgétairement. Nous n’avons rien à cacher. Nos comptes sont clairs, facilement contrôlables, nos ressources sont simples et fortement limitées.
Avez-vous l’impression qu’une nouvelle guerre scolaire s’ouvre entre le public et le privé ?
Non, et cela ne vient certainement pas de l’actuel gouvernement. C’est cyclique : régulièrement, depuis la loi Debré de 1959, l’enseignement catholique est attaqué. Certains n’acceptent pas notre existence, tout simplement. Cependant, notre caractère propre est aujourd’hui mal compris. Certains pensent que notre association avec l’État devrait nous obliger à faire les mêmes choses que le public. Mais c’est bien pour être différents que nous existons. Cela ne veut pas dire qu’on ne respecte pas les règles ou les programmes. Le champ du contrat d’association avec l’État est limité et nous avons des espaces de liberté que nous occupons, je le pense, avec une certaine intelligence qui porte ses fruits.
Votre plus grande liberté crée malgré tout des déséquilibres du côté de l’enseignement public…
Je le réfute totalement ! En Seine-Saint-Denis, le privé ne pèse rien du tout, et pourtant l’enseignement public cumule les difficultés. A Paris, Stanislas n’a rien à envier à Henri-IV. L’enseignement catholique est bien plus divers que les caricatures qui en sont faites. Nous ne sommes pas un système parallèle réservé aux bourgeois privilégiés.
Il ne faut pas réduire l’enseignement catholique à Paris. En Bretagne, par exemple, où nous scolarisons près de la moitié des élèves, il y a une vraie mixité sociale et scolaire. Nous avons les mêmes élèves que dans le public, mais avec un projet différent. Pourquoi rogner sur la liberté de choix des familles ? Pourquoi vouloir détruire quelque chose qui fonctionne bien ? L’autonomie constitue la force de l’enseignement catholique, et une chance pour le système éducatif.
Vous semblez dire que cette autonomie est mise à mal…
Le président de la République a appelé, il y a deux ans, à une révolution copernicienne dans l’éducation pour donner davantage d’autonomie aux établissements. Actuellement, il se passe exactement l’inverse. Depuis quelques mois, tout est descendant et cadré. Que ce soit dans l’enseignement privé ou public, laissons de l’autonomie aux chefs d’établissement et aux équipes qui sont les plus à même de définir les besoins et d’organiser les services ! Sur les groupes de niveau qui doivent se mettre en place en 6e et en 5e à la rentrée 2024, par exemple, j’entends que tel ou tel recteur veut donner des consignes très strictes. C’est absurde : les besoins ne sont pas les mêmes d’un collège à un autre.
Est-ce à dire que la mise en œuvre des groupes de niveau ne se passe pas comme vous le souhaitez ?
L’enseignement catholique n’a reçu aucun moyen supplémentaire pour leur mise en place sous prétexte que nous accueillons des élèves moins défavorisés que dans le public. Seule la suppression d’une heure de cours en sixième nous permet de récupérer 370 emplois. Ce manque de moyens limite considérablement la concrétisation de cette mesure.
Plus généralement, nous pensons qu’il faudrait plutôt créer des groupes de besoin, plus flexibles et pas forcément sur la totalité du volume horaire de français ou de mathématiques. Tout ceci doit être géré avec beaucoup de souplesse. Cela fait partie de l’organisation pédagogique des établissements et donc de leur liberté.
Or, avec les changements de ministres, le détail des créations ou suppressions de postes dans les académies a pris deux mois de retard. Tout n’est pas encore validé et les discussions sont bloquées dans neuf académies. Celles-ci veulent nous imposer de consacrer une partie de nos moyens ordinaires, destinés à des ouvertures de classes, de filières ou d’options, à ces groupes. Nous le refusons. Soit il faut nous donner des moyens supplémentaires, soit nous laisser libre de nous organiser comme nous le souhaitons. Les autres académies l’ont bien compris.
Où en êtes-vous de la mise en œuvre du protocole sur la mixité sociale, signé avec le ministère de l’éducation nationale, du temps de Pap Ndiaye ?
Nous y travaillons. Dans un souci de transparence, la base de données qui doit répertorier les frais de scolarité, les aides sociales, les subventions de l’Etat et des collectivités pour chaque établissement va entrer en phase de test au printemps pour être rendue publique en septembre.

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