Le secrétaire de l’Enseignement catholique sort du silence

 

Stanislas, Amélie Oudéa-Castéra… Le secrétaire de l’Enseignement catholique sort du silence

Entre les polémiques visant le groupe scolaire Stanislas et la tempête médiatique déclenchée par l’ex-ministre de l’Éducation Amélie-Oudéa Castera, l’école privée a été pointée du doigt en ce début d’année 2024. Durant cette période, le secrétaire général de l’Enseignement catholique, Philippe Delorme, a préféré rester discret. Ce mardi 27 février, il s’exprime pour la première fois dans nos colonnes.

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C’est la première fois qu’il s’exprime en ce début d’année 2024.  Secrétaire général de l’Enseignement catholique, Philippe  Delorme avait fait vœu de silence ces dernières semaines. Enquête ouverte pour dérives homophobes et sexistes visant le groupe scolaire Stanislas à Paris, communication désastreuse de l’ex-ministre de l’Éducation Amélie Oudéa-Castéra sur les « heures pas sérieusement remplacées » dans le public… Les établissements privés ont essuyé une tempête médiatique durant la période.

Depuis, Nicole Belloubet a été nommée au ministère de la rue de Grenelle , sa prédécesseure s’occupe de nouveau exclusivement des Sports et des Jeux olympiques, et la situation s’est apaisée. Après une semaine de vacances, Philippe Delorme a réservé sa première interview à Ouest-France, dans laquelle il revient, notamment, sur ces jours mouvementés pour son institution.

Pourquoi prendre la parole seulement aujourd’hui ?

Le temps est venu de réfléchir à quel projet nous voulons pour l’école. Il y a eu ces affaires autour de « Stan » (le groupe privé Stanislas), et entretenir cette polémique me semblait inutile. J’aurais été inaudible. L’Enseignement catholique a été caricaturé. On s’est servi de quelques exemples pour généraliser quelques dysfonctionnements, qui peuvent exister, bien sûr, dans notre institution. Nos communautés éducatives ont été blessées, y compris celle de Stanislas.

Que savez-vous de l’enquête portant sur des dérives à Stanislas ?

Une inspection a été diligentée. La conclusion du rapport académique, c’est qu’il n’y a ni dérive homophobe, ni sexiste ou autoritaire, comme cela a pu être écrit. Les gens ne sont pas masochistes : il y a une forte demande pour entrer à Stanislas - plus que l’offre proposée - et les jeunes y sont heureux. En revanche, il y a eu des propos d’une personne bénévole, scandaleux et inadaptés. Elle a été remerciée. Dès septembre, un travail entre le rectorat de Paris et l’établissement s’est engagé pour prendre en compte quatorze recommandations qui figurent dans le rapport académique.

Le fait de contourner Parcoursup, par exemple, pour certains élèves qui ont poursuivi en prépa en formulant un seul vœu ?

Oui, mais les trente-huit élèves concernés figuraient parmi les meilleurs dossiers. Lorsque Parcoursup a été mis en œuvre, nous avons veillé à ce que notre liberté soit respectée, ce qui nous a conduits à signer une charte. Nos établissements doivent d’ailleurs la respecter, il n’y a pas de place pour la triche.

Quels sont les clichés que vous dénoncez ?

Les réalités ne sont pas les mêmes d’un territoire à l’autre. La Bretagne, où près de 40 % des élèves sont scolarisés dans le privé, ce n’est pas la région parisienne avec, c’est vrai, quelques établissements huppés. Il y a une plus grande mixité sociale dans nos établissements de l’Ouest. On nous fait aussi passer pour des très riches. Or, nos moyens financiers sont faibles.

Vous êtes financés à 75 % par des fonds publics.

Certes, mais il faut relativiser. On estime qu’un élève du privé coûte deux fois moins cher au contribuable qu’un enfant du public, car les subventions sont très limitées. Les familles qui nous choisissent bénéficient aussi de moins d’aides sociales, notamment pour compenser le coût de la restauration scolaire. Je veux bien évidemment accueillir davantage de boursiers, mais encore faut-il que ce soit possible financièrement pour leur famille.

Vous avez signé un protocole avec l’ex-ministre Pap Ndiaye, pour augmenter la mixité scolaire dans vos rangs. Où en êtes-vous ?

On s’était engagé à produire un annuaire de nos établissements, disponible l’an prochain, pour détailler le coût pour les familles, les subventions possibles, etc. On travaille, actuellement, à la mise en œuvre du protocole, sur les contributions différenciées (les frais d’inscription, N.D.L.R.) en fonction du revenu des familles, notamment. À vrai dire, c’est plutôt du côté du gouvernement, avec plusieurs changements de ministre de l’Éducation depuis juillet, que ça n’avance pas beaucoup.

La tempête médiatique a démarré après les propos d’Amélie Oudéa-Castéra sur les « heures pas sérieusement remplacées » dans l’enseignement public. Elles le sont davantage dans le privé ?

On a un taux de remplacement assez élevé, notamment à Paris, des absences de courte durée. Cela s’explique par la souplesse liée à l’autonomie des chefs d’établissement et par un état d’esprit de service ancré dans l’Enseignement catholique. De plus, depuis la rentrée, le pacte enseignant finance ces missions supplémentaires. Le dispositif a eu un énorme succès auprès de nos professeurs.

Gabriel Attal a lancé un « choc des savoirs », avec des groupes de niveau au collège. Que pensez-vous de cette mesure très décriée ?

J’aurais préféré qu’on les appelle « groupes de besoin ». Il faut laisser de l’autonomie aux chefs d’établissement pour organiser ces groupes comme ils l’entendent, en fonction de la réalité de leur collège. D’ailleurs, dans ses déclarations récentes, on sent bien que la nouvelle ministre de l’Éducation, Nicole Belloubet, constate que ce ne sera pas possible de les déployer partout sur le même modèle. Il faut de la souplesse. Un enfant qui a des difficultés en géométrie n’en aura pas forcément en français. Le risque, sinon, c’est la création de classes de niveau. Il faut un projet qui fasse progresser tous les élèves, sans les enfermer dans leur échec. Par ailleurs, pour le moment, nous ne savons pas de quels moyens nous disposerons pour les encadrer dans le privé.

La baisse démographique se poursuit, le nombre d’élèves continue de diminuer… Avec quelles conséquences dans le privé ?

La chute démographique est inexorable, le Grand ouest est bien touché d’ailleurs, même si cette année, la perte d’élèves enregistrée est moins importante que prévu. Forcément, il y a des répercussions sur notre carte de formations, avec des fermetures et des ouvertures de classes ou d’écoles, des délocalisations d’établissements à prévoir. Comme chaque année, il y aura des postes d’enseignants supprimés.

Les ministres ont entrepris beaucoup de réformes. Quel regard portez-vous sur cette politique éducative ?

En prenant du recul sur l’histoire de la pédagogie, on a l’impression que tous les dix ans, on trouve LA solution aux problèmes. Il faut faire confiance à nos équipes pédagogiques, qui ont besoin de stabilité. Regardez la réforme du bac, elle n’a jamais abouti. Il y a deux ans, le Président avait parlé de révolution copernicienne en disant : « il faut plus d’autonomie pour les établissements ». Aujourd’hui, j’ai la sensation qu’on revient en arrière. On nous parle de choc des savoirs, de réarmement civique… N’a-t-on pas quelque chose de plus positif à proposer aux élèves, un projet porté par l’espérance ?

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