Que cache cette crise larvée au collège des Louez-Dieu d’Anzin-Saint-Aubin?

 

Que cache cette crise larvée au collège des Louez-Dieu d’Anzin-Saint-Aubin?

Des bénévoles chargés de la gestion du prestigieux collège privé ont démissionné cet été et la directrice arrivée en 2020 est « coachée » dans son management depuis un audit interne dont les résultats globalement favorables ne disent pas tout d’un climat tout sauf serein selon certains.

Démissions en coulisse

Avant une rentrée de septembre sans vague apparente au collège privé de l’Arrageois, classé l’an dernier deuxième du Nord – Pas-de-Calais par le magazine L’Étudiant, la démission pendant les vacances estivales des quatre membres bénévoles du bureau de l’Organisme de gestion de l’enseignement catholique (OGEC) de l’établissement était passée inaperçue. « Une situation rarissime » dans l’enseignement privé où ces associations de gestion sont les employeurs des personnels.

Comment en est-on arrivé là ? Contacté, le président démissionnaire de l’OGEC, tenu par un devoir de réserve, ne souhaite pas en dire plus. Yves Louveau était entré fonction en septembre 2020, au moment où Magalie Salzard a succédé à Jean-Pierre Julien à la tête de l’établissement de 1 190 élèves.

> Gestion contestée

Selon nos informations, les bénévoles refusaient que leur responsabilité puisse être engagée pour des dépenses effectuées d’autorité par la nouvelle directrice, contrairement au fonctionnement consensuel de son prédécesseur, entre 2008 et 2020.

Interrogé, François Holland, directeur diocésain de l’enseignement catholique, dément fermement des « dérives » dans la gestion et les finances. « Le chef d’établissement ne peut agir sans délégation du conseil d’administration (CA), sur une feuille de route et un budget prévisionnel présenté au CA et adopté », pose le représentant de l’évêque. Après les démissions du président et des membres bénévoles du CA, que François Holland « regrette », le président de l’Union départementale des OGEC, membre de droit du CA anzinois, a « validé la manière de faire du chef d’établissement ».

> Curieux travaux de peinture

Pourtant, un épisode passé fait tache. Jusqu’alors, les travaux de réfection de peinture étaient réalisés par un employé en interne. Mais selon plusieurs témoignages, Mme Salzard a imposé fin 2020 une réfection de salles de classe en faisant appel à l’entreprise dirigée par son père… sans pouvoir justifier auprès de l’OGEC de l’établissement de devis.

Interrogée, la directrice ne souhaite pas se justifier. François Holland, son supérieur qu’il l’a nommée, admet qu’elle a en l’occurrence « outrepassé ses droits. On lui a demandé de stopper cela, c’est ce qui s’est passé. »

> Tensions relationnelles

L’arrivée d’un nouveau chef d’établissement en 2020 a « perturbé les équipes » et amené « des difficultés », analyse le directeur diocésain. « On a eu de grosses difficultés de communication, de transparence », souligne la présidente de l’Association de parents d’élèves (APEL), Sophie Frère, membre de droit de l’OGEC.


Magalie Salzard est en poste à Anzin-Saint-Aubin depuis septembre 2020. PHOTO ARCHIVES «LA VOIX» - VDN

L’absence de réponses aux questions des professeurs et des parents d’élèves et des « mensonges », selon certains, a crispé les esprits. « Le dialogue a été brisé, déplore Nathalie Burlion, ex-vice-présidente de l’APEL. On a rencontré plusieurs fois le diocèse, mais les décisions brutales ont continué. »

> Audit interne

Avec la crise du Covid, la tenue des réunions en visio fin 2020 et début 2021 n’a pas contribué à un apaisement. Preuve du malaise, un courrier signé par les parents d’élèves a été adressé au nouvel évêque d’Arras, Mgr Leborgne. Un audit interne a alors été diligenté et tous les personnels qui le souhaitaient ont été entendus confidentiellement. Il est ressorti de cette « visite état des lieux », dixit François Holland, « un soutien très net (environ 70 %) de l’équipe éducative au chef d’établissement. » Des « innovations pédagogiques » ont été soulignées, mais aussi « des critiques, notamment sur sa difficulté de communiquer et de partager ».

Un coaching a été mis en place et se poursuit auprès de la directrice, dont François Holland souligne paradoxalement « les compétences reconnues » dans son poste précédent de chef d’établissement « pendant plus de dix ans » au collège Saint-Druon de Carvin.

> Vers un apaisement ?

Un nouveau responsable de la vie scolaire vient de prendre ses fonctions, après la démission de son prédécesseur il y a près d’un an. « Notre établissement se porte très bien, répond Magalie Salzard face aux critiques sur son management. Il n’y a eu aucun départ d’enseignant, de nombreux projets sont mis en place, beaucoup de sens est donné à l’élève. »

Pourtant, des parents d’élèves ont dénoncé la punition de leurs enfants avec des travaux d’intérêt général au caractère humiliant et non éducatif, selon eux. Lors de l’assemblée générale de l’APEL, en octobre, Nathalie Burlion a quitté ses fonctions en espérant désormais le retour d’un « climat serein et apaisé ».

Les parents d’élèves ont obtenu un geste dans le bon sens au retour des vacances de la Toussaint avec la tenue qu’ils réclamaient d’une réunion de travail, organisée par M. Holland, en présence du responsable de l’APEL 62 et son homologue locale, avec Mme Salzard et sa tutrice. « Ça bouge un peu, se satisfait la présidente de l’APEL anzinoise. Le directeur diocésain a demandé à la directrice d’être plus dans la communication, on espère que cela se concrétisera. »


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