Plus de contrôles de l'État !
La Cour
des comptes appelle à plus de contrôles de l'usage de fonds publics
par l'enseignement privé. Que ces contrôles s'élargissent à
l'application du droit du travail et du B.O. !
Le
jeudi 2 juin 2023, la Cour des comptes a déploré dans son rapport
des manquements de contrôle par l'État des 8 milliards d'euros
annuels dévolus à l'enseignement privé sous contrat français. Il
était bien temps : l'utilisation même de ces fonds est
maintenue même hors d'appréciation des personnels des
établissements. Ce n'est qu'une énième dérive dénoncée, parmi
tant d'autres desquelles l'État se défausse pleinement, qui
pourtant génèrent une immense souffrance pour les personnels
enseignants rémunérés par l'État, ainsi que pour ceux de droit
privé au sein des équipes.
Quel statut pour les
directions de l'enseignement catholique ?
Le PERDIR
n'existe pas pour le privé sous contrat, les directeurs des
établissements catholiques le deviennent sans concours, par
recommandation. L'article 75 des statuts de l'enseignement catholique
stipule que « les responsables de l'enseignement catholique
s'attachent à une gestion des ressources humaines éclairée et
nourrie par la conception chrétienne de l'homme et de son
développement » (24 mars 2022). Une gestion à vision fort
malléable, avec un contrat à durée indéterminée délivré aux
directeurs à l'issue de seulement 4 mois d'essai.
De
l'application des règlementations dans les établissements
catholiques :
Les établissements privés emploient
des personnels de droit privé pour des missions administratives, de
vie scolaire, restauration et entretien. Les enseignants sont nommés
et rémunérés par les rectorats. Le mélange des statuts des
personnels fait des directeurs des chefs d'entreprise, où l'ensemble
des règles du code du travail comme de l'éducation devraient
s'appliquer.
Force est de constater pourtant que les abus sont trop courants : exigence de bénévolat, puisque faire « don de soi » parce que « c'est un établissement catholique » crée des situations de stigmatisations en cas de refus.
Couramment, les Portes Ouvertes se
dupliquent sur plusieurs journées, la rentrée du personnel du privé
se fait le plus souvent une journée avant celle, officielle, au B.O.
Des activités religieuses, de remplacements de collègues, des
heures de vie de classe hebdomadaire ne sont pas toutes rémunérées,
parce que « vous avez fait le choix de l'enseignement
catholique ». Nombreux sont les salariés de droit privé à
porter leurs demandes de paiement ou plaintes de harcèlement auprès
des tribunaux prud’homaux. Le plus souvent, ils gagnent après des
années de lutte. Pour les enseignants de droit public, aucune
instance ne semble vouloir entendre et admettre les abus.
Pourtant,
ces employeurs ont une obligation de résultat concernant la sécurité
et santé de ses personnels
La souffrance est palpable
auprès d'un nombre toujours plus grand de personnels. Les syndicats
s'entendent pour dire que les pratiques managériales des chefs
d'établissement du privé sous contrat sont de plus en plus
violentes voire illégales. Les témoignages de collègues broyés,
victimes de pratiques d'une rare violence, comme des pratiques
d'intimidations, humiliations, harcèlement, s'accumulent. Malgré
des valeurs chrétiennes affichées et revendiquées, le management
pratiqué est souvent délétère et contrevient pleinement aux
règles du code du travail et de la fonction publique. L'enseignement
catholique ne devrait pas être un monde à part, une zone de
non-droit.
Qui contrôle et intervient alors en cas de
dérives ?
Force est de constater que concernant la
dénonciation de situations de pratiques managériales toxiques et de
dérives religieuses, les instances du SGEC (Secrétariat Général
de l'Enseignement Catholique), comme celles de l'État, via les
rectorats, sont aux abonnés absents. Les victimes se heurtent à
l'impressionnante surdité des instances qu'elles sollicitent et
auxquelles elles demandent de l’aide, en vain : cellules
Stop-discrimination, tutelles diocésaines, DDEC... comme une volonté avérée
de ne pas faire de vagues. Il est tellement plus aisé de renvoyer le
problème à la victime, forcément souffrante d'une pathologie
mentale ou dont la souffrance n’aurait pas d'origine dans son
emploi.
Lorsque les dénonciations proviennent des salariés de droit privé dont l’employeur est l’OGEC (Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique), la hiérarchie catholique se défausse en donnant la plupart du temps raison aux chefs d’établissements incriminés sans avoir connaissance de tous les éléments du dossier ou pire soutiennent ces derniers contre vents et marées. Une vraie loi du silence se met en place et dans certains cas, peu importe les nombreuses alertes, les appels au secours, l’état de santé physique et/ ou psychologique des personnes, les autorités cléricales font le choix de fermer. Certains salariés OGEC, brisés par des chefs d’établissement peu respectueux de leur intégrité, ne sont pas reconnus comme victimes par leur employeur.
De la même façon, lorsque les agents de droit public alertent sur leur souffrance, l’enseignement catholique se défausse et leur rappelle que leur employeur est l’État alors que les chefs d’établissements de l’enseignement catholique ont une délégation de pouvoir d’une part et de responsabilité d’autre part en matière de santé et sécurité au travail … de même que les OGEC qui les emploient. Cette loi du silence participe à donner à certains chefs d’établissement un sentiment de toute puissance.
Aucune statistique claire n'expose le
nombre de drames, année après année, toujours plus nombreux. Il
est quasi impossible d'être reconnu en tant que victime, tant la
chape de plomb importe plus que tout, protégeant les chefs
d'établissement tout puissants, et ainsi préserve l'ordre établi,
vertical, impitoyable. Pourquoi remettraient-ils en question leurs
pratiques managériales pourtant parfois toxiques, alors que
quoiqu’il advienne, ces derniers sont soutenus, quitte à cacher et
noyer les délits ou, s’il n’y a plus d’autre choix ultime, à
déplacer le directeur problématique auprès d'un autre
établissement. Aux suivants de se battre lorsqu'ils seront à leur
tour victimes de ses agissements nocifs.
Et l'État dans tout ça ?
De
son côté, l’État, pourtant
employeur des enseignants sous contrat,
botte en touche et répond qu’il n’a pas de moyens d’intervention
étant donné que le recrutement des
chefs d’établissements est sous la
responsabilité des autorités cléricales. Il est plus aisé
d'étouffer ces affaires en envoyant un psychologue mandaté par le
Rectorat dans l'établissement et déclarer le problème clos.
Qu'est-ce que le « caractère propre » ?
La loi Debré votée dans un hémicycle quasi vide le 31 décembre 1959, a associé, par contrat, les établissements catholiques au service public d'éducation nationale, tout en leur reconnaissant un « caractère propre ». Cet aspect a des contours si peu définis que d'une décennie à l'autre, les collègues en découvrent une application toujours plus variable, de plus en plus néfaste aux dépends des personnels et des élèves accueillis, correspondant toujours de moins en moins aux préceptes du « caractère propre qui se fonde la plupart du temps sur le souci de l’humanité de l’homme à travers certaines valeurs comme la charité et la solidarité. »
Ce blog recense les dérives connues et permet aux victimes ou leurs proches, de témoigner librement et espérer pouvoir enfin défier l'omerta du fonctionnement des écoles catholiques :
https://stopsouffranceetablissementscatho.blogspot.com/
TF1 : 12 Millards d'€ pour le privé
20 Min : 12.2M€
Réponse du SGEC
Rapport Cour des Comptes Juin 2023
Merci Médiapart !

Commentaires
La boîte noire à avis définitifs, inaccessibles aux enseignants, avec des commentaires aberrants qui reviennent en mode boomerang des années plus tard et durant.
Et la voie sans issue du CAFEP : pas moyen de voie de sortie aisée, le blacklistage est sociétal, mode quasi impossible de trouver un autre emploi avec cette ligne dans le CV. Aucune mut' possible dans la FP.
L'enseignement catholique est un mouroir d'individus pourtant initialement engagés dans des valeurs fortes, juste balayées par des cheffaillons, dont le but premier est le plus souvent d'empocher gros sans se fouler.
On continue, fort, à dénoncer. Les collectifs se démultiplient, tant mieux, que ce blog et tant d'autres poursuivent le combat !