Article du Parisien
Philippe
Cléac’h, directeur diocésain et responsable de plus de 100 000 élèves
des écoles privées de Loire-Atlantique, a été mis en examen pour trafic
de cocaïne. La chute d’un homme au parcours brillant.
Par Vincent Gautronneau, notre envoyé spécial à Nantes (Loire-Atlantique)
Le 8 mars 2019 à 13h16, modifié le 8 mars 2019 à 13h31
Un
profond malaise. Depuis plus d'une semaine, l'enseignement catholique
de Loire-Atlantique, qui a la responsabilité de plus de 100 000 élèves,
fait profil bas et prend ses distances avec l'un de ses responsables.
Philippe Cléac'h, directeur de l'enseignement diocésain depuis septembre
2017, nommé par l'évêque de Nantes, est suspecté de… trafic de
stupéfiants. Après trois jours de garde à vue, il a été mis en examen le 24 janvier. L'enseignement catholique l'a licencié un mois plus tard, le 22 février.
«
D'un point de vue moral, il était impossible de continuer ensemble »,
explique la direction de l'enseignement diocésain. Malgré ce
licenciement des professeurs craignent « des répercussions pour l'image
de l'enseignement catholique ». Les parents d'élèves, eux, sont
circonspects. « C'est tellement éloigné des valeurs que l'école
catholique tente de valoriser et de transmettre à nos enfants », disent
ces deux mères devant l'école Saint-Donatien à Nantes.
Car drogue et éducation ne font pas bon ménage. Or, selon Pierre Sennès, procureur de Nantes, Philippe Cléac'h aurait « fait circuler de la cocaïne, dont il était visiblement consommateur, au cours de soirées privées ». Rien ne dit toutefois que le directeur diocésain a profité financièrement de ce trafic. « Il s'agirait de cession à titre gratuit, précise Pierre Sennès. Ce qui reste assimilé à du trafic de stupéfiants. » Durant l'enquête ouverte par les gendarmes fin décembre, deux jeunes filles âgées de 18 et 24 ans auraient notamment reconnu s'être approvisionnées auprès de Philippe Cléac'h.
Licencié en théologie, officier de marine de réserve
« Les faits relèvent de sa vie privée », précise toutefois le procureur. Ce qui n'empêche pas les questions autour de cet homme de 53 ans, marié et père d'un enfant, « catholique fervent ». « C'était un manager très rigoureux, d'une grande réserve sur sa vie privée, explique une collègue. Un homme brillant. » Le cursus de Philippe Cléac'h, symbole d'une certaine élite, va d'ailleurs en ce sens : lycée Henri-IV à Paris, licences de théologie, de lettres classiques et de philosophie, auditeur de l'Institut des Hautes études de la défense nationale, officier de marine de réserve plusieurs fois médaillé…
Un profil en apparence très éloigné de l'homme suspecté de fournir de la cocaïne à des jeunes filles. D'où l'« immense incompréhension » qui a gagné les proches de Philippe Cléac'h qui ont accepté de nous répondre. « Nous n'avons rien vu, admet une collègue de la direction de l'enseignement catholique. Il ne montrait aucun signe de fragilité au travail. S'il y a eu un souci, il vient sûrement de sa vie privée, sur laquelle il faisait preuve d'une grande réserve. » « C'est à l'opposé de l'homme que je connais, d'une grande rigueur morale, appuie le père Samuel Leyronnas, prêtre accompagnateur de l'enseignement catholique dans la Somme, où Philippe Cléac'h était en poste de 2013 à 2017. J'ai le souvenir d'un homme impressionnant, qui s'exprimait extrêmement bien, catholique à 200 % et que j'estimais énormément. »
«Cela prouve que l’on peut tous tomber»
Ses rares soutiens publics illustrent ce statut. « J'apporte mon plus
grand soutien et je témoigne de ma sincère amitié à Philippe Cléac'h »,
écrit par exemple le directeur juridique d'une grande entreprise
amiénoise sur Facebook. Contactés, plusieurs amis de Philippe Cléac'h
refusent toutefois « d'être mêlés à cette affaire ». L'un d'entre eux a
même supprimé son message de soutien suite à notre appel. Philippe
Cléac'h est actuellement placé sous contrôle judiciaire.
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