Y a le feu chez les cathos de Jeanne-d’Arc et de Stanislas

Publié le

Par Emmanuel Savoye et Louise Colvert 

 

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Rentrée mouvementée dans l'enseignement privé catholique. A Montrouge, « JDA » est visé par deux enquêtes sur un management dysfonctionnel, tandis qu'à Paris, « Stan » doit affronter la révélation de multiples affaires de pédocriminalité étouffées. Parmi les mis en cause : l’abbé Guillaume Seguin, l'un des conseillers spirituels de Bolloré. 

Cette rentrée a des airs de chemin de croix pour deux prestigieuses institutions catholiques : Stanislas, établissement d’élite du VIe arrondissement de Paris, théâtre de violences sexuelles dénoncées par de nombreux anciens élèves, et Jeanne-d’Arc, à Montrouge (Hauts-de-Seine), désormais dans le collimateur du rectorat pour des dysfonctionnements dans la gestion des personnels.

Le 25 août, la direction de Stan a adressé aux parents un courrier de deux pages. Objectif : déminer le terrain avant la parution d’un brûlot, « Stanislas, la loi du silence » (Michel Lafon). L’enquête de Clémence Badault et Ixchel Delaporte, sortie le 27 août, évoque plusieurs affaires de pédocriminalité étouffées.
 
Dans la longue liste des prédateurs sexuels figure le nom de l'abbé Guillaume Séguin, l'un des conseillers spirituels de Bolloré, qui sévissait pendant les confessions, parfois même avec la bénédiction de de Daniel Chapellier, le directeur de l aboîte de 2002 à 2015. Seguin est accusé d'avoir trahi le secret de la confession à de multiples reprises (Chapellier était au courant de détails intimes uniquement rapportés en confession), un péché puni, en théorie, d'excommunication immédiate par l'Eglise catholique. Certes, l'abbé a été frappé, en 2020, d'une suspension canonique de cinq ans, mais, depuis 2015, il peut de nouveau confesser. Bolloré peut se faire du mouron pour ses petits secrets !

Vade retro, Stanislas !

Dans son courrier, la direction de Stanislas dénonce "des contre-vérités, tant sur les faits passés que sur la situation d'aujourd'hui", en s'appuyant pour ce faire sur les conclusions officielle du rapport de l'inspection générale de 2023, qui prétendaient que "les faits d'homophobie, de sexisme et d'autoritarisme" n'étaient pas confirmés. Problème : ces conclusions sont jugées "en complète contradiction avec le contenu du rapport d'inspection" par Paul Vannier et Violette Spillebout, les rapporteurs de la commission d'enquête parlementaire sur les violences dans les établissements scolaires. Au ministère, on se plaint de ne pas avoir été prévenu que l'un des inspecteurs avait un enfant scolarisé à Stan dans les années 90 - l'intéressé dit avoir informé sa hiérarchie. Si la direction du bahut affirme au "Canard" que "tout nouveau témoignage de violences doit être entendu avec attention et sérieux", les autrices de l'ouvrage soulignent qu'aucun appel à témoins n'a été lancé, alors même que des noms de prédateurs sexuels étaient connus de longue date. Depuis la sortie de leur enquête, Clémence Badault et Ixchel Delaporte ont reçu une vingtaine de nouveaux témoignages d'anciens élèves agressés sexuellement par des prêtres, des préfets d'internat ou même des enseignantes, et d'autres menacés par la direction, dans les années 2000, de représailles en cas de dénonciation, pour éviter la médiatisation des maltraitances. Encore des "contre-vérités"?

Synthèse, priez pour nous


Au sein de l'Institution Jeanne-d'Arc (JDA) de Montrouge, ce sont les personnels qui souffrent. Ils dénoncent -en vain- les méthodes autoritaires de la cheffe d'établissement depuis ... 2019 ("Le Canard", 7/1). Les conclusions d'une enquête administrative lancée par le rectorat de Versailles en mars 2026 n'ont pas été divulguées, mais celui-ci a admis, auprès du sénateur (PC) Pierre Ouzoulias -qui suit le dossier de près-, qu'il existait de "sérieux problèmes" dans cet établissement. Il reconnaît par ailleurs sa difficulté à exercer sa tutelle sur des personnels payés par l'Etat alors qu'il n'a aucune autorité hiérarchique sur les dirigeants de l'établissement. Si rien ne bouge, le parlementaire se dit prêt à saisir le procureur de la République.

Par ailleurs, une expertise "risque grave", dont la synthèse est tombée dans le bec du Palmipède, confirme "l'instauration d'un véritable climat de peur", "les trois quarts des personnes rencontrées [faisant] état d'un management jugé dysfonctionnel et d'un manque de soutien social". 

La direction de JDA est restée sourde aux sollicitations du "Canard", tandis que le recto-rat de Versailles précise, pour sa part, que "l'établissement a été mis en demeure de corriger un certain nombre de points". A défaut d'entendre des voix, à Jeanne d'Arc, on doit avoir les oreilles qui sifflent...

Louise Colvert et Emmanuel Savoye

 

 


Commentaires

Anonyme a dit…
Y a le feu mais où sont les pompiers? Je suis ancien personnel de JDA Montrouge et je peux témoigner d'une situation de souffrance aigue pour certains collègues. D'autres sont très heureux mais en creusant un peu on comprend vite pourquoi. Des passes droits, des privilèges à gogo et ces soutiens inconditionnels à la direction ( ca va de soi, ils sont tellement bien lotis qu'il ne faudrait pas qu'ils perdent leurs privilèges) sont extrêmement malveillants à l'encontre de ceux qui osent se "plaindre" et dire qu'il y a de gros pbes. Et la direction se sert d'eux pour tirer sur ceux qui n'entrent pas dans le moule. L'ambiance est donc pesante et chacun se méfie de tout le monde. Délation contre récompenses. Il faut donc être prudent. J'ai vécu l'enfer dans cet établissement, j'ai fui comme beaucoup. Non je n'ai pas fui pour des raisons personnelles comme j'ai pu le dire pour me protéger mais pour me protéger et quitter l'enfer. J'ai vécu l'enfer. Et tout un système est mis en place pour protéger ceux qui font du mal. Quand est-ce que l'état va enfin prendre ses responsabilités? Quand est-ce que l'enseignement catholique va cesser de protéger l'institution et mépriser les victimes nombreuses en les ignorant et en faisant croire que c'est une cabale contre le chef d'établissement? C'est honteux!
Anonyme a dit…
Quelle honte! La tutelle s'en fiche autant que ça de la santé du personnel et de ce que certains endurent? le plus important? les résultats aux examens, les caisses remplies? Et ca se dit catholique? j'ai honte pour ma religion
Anonyme a dit…
Plus les dérives sont dénoncées, plus OGEC, tutelle et direction se soutiennent et plus les soutiens sont menteurs, arrogants et manipulateurs. Tout ça pour ne jamais se désavouer? Quitte à laisser les victimes sombrer un peu plus? Ah non, bien évidemment cette souffrance n'existe pas, c'est une pure invention!

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