Suicide d’une salariée sur fond de harcèlement
Yvetot. Au lycée Jean XXIII, le récent suicide de Séverine (*), une surveillante en conflit avec son employeur, relance les accusations de harcèlement au sein de l’établissement. Une enquête judiciaire est en cours.
Le climat au travail au sein du lycée Jean XXIII d’Yvetot mis en cause ? Séverine, surveillante de l’établissement depuis huit ans s’est donné la mort, le 11 juillet , dans un cadre privé, nous apprend un tract de la CGT-EP (section éducation privée). Le syndicat met néanmoins en corrélation le décès volontaire de la quinquagénaire avec « un contexte pouvant s’apparenter à du harcèlement » sur son lieu de travail. « Notre objectif est de comprendre pour prévenir, afin qu’aucun salarié ne soit plus jamais confronté à une telle détresse sans soutien », souligne la CGT-EP dans un tract syndical.
Le geste tragique a conduit des professeurs à libérer leur parole au sein de l’établissement. Ils décrivent à Paris Normandie un « climat particulier au sein du lycée », où « trois personnes se permettent des réflexions et attitudes déplacées envers certains professeurs ou membres du personnel. »
Sollicitée, la direction du lycée Jean XXIII , représentée par sa nouvelle directrice Cécile Drouault, indique ne pas avoir « connaissance de dépôts de plaintes à l’encontre de l’OGEC ou de salariés. Par ailleurs, nous sommes particulièrement attachés au respect des personnes, à la prévention de tout risque professionnel et à la confidentialité des situations individuelles. »
Des plaintes déposées
Selon nos informations, plusieurs plaintes ont, en tout cas, été déposées par d’anciens enseignants de l’établissement. Elles visent « deux salariés du lycée Jean XXIII pour des faits de harcèlement », confirme le parquet de Rouen, ainsi que l’OGEC (Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique). Une enquête judiciaire est en cours.
Dans le cas de Séverine, en arrêt maladie longue durée « pour accident du travail » suite à une violente altercation avec une collègue, une plainte avait été déposée durant l’hiver 2024. Ce document consulté par Paris Normandie fait mention de propos discriminants subis au sein de l’établissement privé.
« Ma maman a eu des soucis de santé et perdait ses cheveux. Elle mettait une perruque pour ne pas que ça se sache, retrace la fille cadette de la défunte. Ce jour-là, elle était malade et elle n’avait pas mis sa perruque. Elle s’est présentée dans le bureau d’une collègue qui lui a dit : « Mais tu n’as pas honte de te présenter comme ça. Vraiment, tu me fais peur. Va te couvrir la tête. »
Cet échange est confirmé par de nombreuses personnes présentes dans le bureau voisin. « Je suis un témoin direct. Je l’ai vue s’effondrer en salle des professeurs quelques minutes plus tard », se remémore un collègue.
Après cette altercation, Séverine a effectué un droit d’alerte auprès de l’ancienne direction, dès le lendemain. Ce document détaillé consulté par Paris Normandie n’a pas abouti favorablement. « Visiblement, son droit d’alerte, n’a pas été pris au sérieux. Elle avait fait une première tentative (de suicide) dix jours après », confirme sa fille.
Après quatre jours de coma et une dizaine de jours d’hospitalisation, la surveillante a finalement entrepris des démarches administratives et judiciaires pour faire connaître sa situation. Représentante du CSE, elle use de toutes les voies légales à sa disposition pour alerter la direction, le diocèse et le rectorat des agissements au sein du lycée. « La direction n’hésitait pas à faire passer certaines personnes, dont Séverine, pour des gens fragiles alors qu’elle était tout le contraire », confirment à l’unisson plusieurs enseignants de l’établissement souhaitant conserver leur anonymat.
Contacté par nos soins, le rectorat indique ne pas avoir été informé de la situation. Le pôle académique harcèlement du rectorat a été saisi l’année dernière d’un signalement concernant une situation entre des élèves mineurs mais pas au sein de l’équipe pédagogique.
Le refus de conciliation à l’amiable auprès de l’OGEC, pour la requalification des faits en « faute inexcusable de l’employeur », a plongé Séverine dans un profond désarroi. « Ça faisait quelques mois qu’elle n’avait plus du tout de revenus. C’était une femme seule avec une fille encore à charge. Forcément, à un moment donné, comme elle n’a plus vu de solution, je pense qu’elle a choisi la pire », s’indigne une de ses amies.
Depuis l’annonce du décès, deux syndicats (CGT et SPELC) se sont constitués au sein de l’établissement yvetotais. Leurs représentants souhaitent apporter une écoute et « un endroit où les gens qui subissent du harcèlement ou de la pression puissent parler ».◼
(*) : nom d’emprunt pour protéger la défunte et sa famille.

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