« Profonde trahison » : Monsieur Prévost, vous venez de décrire ce que nous dénonçons depuis des années
Le 17 septembre, à l'invitation de Jean-Pierre Massias, Guillaume Prévost, secrétaire général de l'Enseignement catholique, a participé à l'Assemblée nationale au lancement du comité chargé de suivre les recommandations de la Commission d'enquête indépendante sur Bétharram. Il a d'abord salué l'engagement et le courage des personnes victimes. Puis il est revenu sur trois mécanismes mis au jour par la Commission : l'emprise, la silenciation, l'isolement. Et il a conclu : « Ce silence, cet isolement constituent une profonde trahison, le dévoiement du projet éducatif chrétien. »
Nous ne pouvons qu'approuver. Mais nous ne pouvons pas non plus nous empêcher de poser la question : de qui parle-t-il ? Car ces trois mécanismes ne sont pas des reliques du passé. Ils sont à l'œuvre aujourd'hui, dans des établissements partout en France.
Le silence est assourdissant dès qu'il s'agit de protéger les victimes et les lanceurs d'alerte. Dans l'enseignement catholique, la place n'est pas faite à la parole, mais à la poussière qu'on glisse sous le tapis. Des situations de souffrance aiguë sont dénoncées dans de nombreux établissements, avec des faits de maltraitance imputés à des chefs d'établissement. Beaucoup sont médiatiques : JP2 à Compiègne, Stanislas, Le Caousou,le Sacré-Cœur de Versailles, l'Immaculée Conception à Pau, Sainte-Thérèse à Montgeron, Saint-Jean-Gabriel à Bagneux, cet été à Sainte-Marie-Bastide de Bordeaux et tout récemment le lycée Jean XXIII d'Yvetot, tant d'autres partout sur le territoire en continu depuis près de 5 ans déjà. Et rien.
Mais la palme revient à l'Institution Jeanne d'Arc de Montrouge, avec un nombre impressionnant de témoignages et surtout d'articles de presse. C'est d'ailleurs là qu'est né notre collectif, du choix de parents écœurés d'être témoins d'une telle inertie et de la loi du silence qui y règne.
Et combien d'autres établissements, jamais médiatisés, où le personnel va mal et se tait ? Ces situations perdurent parce que l'enseignement catholique ne répond pas aux appels au secours. Il choisit de se taire pour ne pas entacher la vitrine.
La question des chefs d'établissement, ensuite. Leur nomination relève des évêques, sans que soient garanties leurs compétences managériales ni leur connaissance du droit du travail et des lois qui régissent la République. Trop souvent, tout se passe comme si le droit interne de l'institution passait avant le droit commun. Face à une alerte, on protège l'institution et son cadre : on le forme, on le coache, on le déplace, ou on le maintient ( y a qu'à voir à JDA Montrouge !). Aucune protection pour ceux qui ont alerté. Combien ont du renoncer à leurs carrières pour faire cesser les représailles ?
Un établissement où la parole est confisquée et où celui qui alerte est puni est un établissement où les pires choses peuvent prospérer à l'abri des regards. C'est exactement ce que la Commission a établi.
Son prédécesseur, Philippe Delorme, déclarait à Toulouse en mars 2025 que le temps où l'on cherchait à défendre l'institution plutôt que la personne était « révolu ». Nous attendons toujours d'en voir les effets sur le terrain.
La vitrine ne brille plus depuis les scandales Stanislas comme post-Bétharram.
Alors pourquoi ne pas changer de stratégie ? Se taire pour préserver l'image n'a pas marché. Agir pour protéger ceux qui alertent et ceux qui en paient le prix serait le seul moyen de la faire briller à nouveau. Des équipes malheureuses ne font pas des élèves heureux.
Monsieur Prévost l'a dit lui-même : laisser les victimes seules est une profonde trahison. Nous ajoutons que c'est cela, le dévoiement du projet éducatif chrétien. Ce n'est plus à l'Assemblée nationale qu'il faut le dire, mais dans les établissements qu'il faut le prouver.
Le Collectif StopSouffrancEC

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