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L’ex-institution Notre- Dame-de-Bétharram bientôt rebaptisée

Le collège au cœur d’un scandale de pédocriminalité a quitté Lestelle-Bétharram pour Igon. L’ensemble, désormais sous la tutelle de la congrégation des filles de la Croix, en remplacementdes pères de Bétharram, va prochainement changer de nom 

Par Luce Gardères

Jan, 13ans, en classe de 4e, regrette notamment l’absence de terrain de foot à Igon et le manque d’infrastructures de sport en général. «Je trouve que c’était mieux là-bas. Parce que c’était plus organisé et il y avait déjà tout.» «Le terrain de foot va arriver très vite, assure Benoît Save. Et pour la pelote et le mur d’escalade, une navette va emmener les élèves à Bétharram.»

«C’est un changement, parce qu’on est à l’école des primaires et le midi on est avec les lycées, commente Nina, 15ans, en 3e. Et il y a quelques profs qui ont changé, mais dans l’ensemble, tout se passe bien depuis la rentrée.»

<b></b>Une page se tourne pour «Bétharram». Les 158élèves qui fréquentaient encore le collège catholique béarnais en juin – déjà rebaptisé Le Beau Rameau en 2009 – ont déménagé et fait leur rentrée le 1erseptembre dans l’ensemble scolaire associé d’Igon, à quatrekilomètres de là. Un nouveau départ pour l’établissement percuté par le scandale des violences physiques et sexuelles perpétrées en son sein durant des décennies. Les collégiens ont investi les locaux de ce qui était jusqu’ici l’école primaire du groupe, située en face du lycée privé, et l’ensemble va changer de nom, révèle la directrice Edwige Duvieu: «Les pères de Bétharram n’ont plus la tutelle du collège, qui a été confiée aux filles de la Croix, retrace-t-elle. Nous sommes en pourparlers avec les équipes pour le changement de nom.»

La responsable évoque «un retour aux sources» autour de la fondatrice de la congrégation, sainte Jeanne Élisabeth, une religieuse du Poitou – de son vrai nom Jeanne-Élisabeth Bichier des Âges (1773-1838), canoniséeen 1947 parle pape PieXII. «On ne s’identifie pas aux pères de Bétharram, tient-elle à souligner. J’ai été nommée chef d’établissement par les filles de la Croix. Pas par les pères: je n’avais pas de contrat avec eux.»

Et de plaider: «La congrégation est dirigée par des femmes qui sont actives, elles ont toutes un métier. Par exemple, la responsable régionale est infirmière. On veut montrer qu’on est sur une tutelle moderne, qui s’engage dans le monde, travaille, subvient à ses besoins, connaît l’actualité, voyage, et qui est très sensible aux problématiques et aux besoins des élèves, que ce soit en termes éducatifs ou pédagogiques.»

Invitée à livrer son sentiment sur le déménagement des collégiens à Igon, Edwige Duvieu confie: «Honnêtement, on l’espérait. Ça a été le combat d’une année. On voulait vraiment que le collège vienne ici.» Elle relaiela joie de toute la communauté éducative: «Durant une bonne partie de l’été, les professeurs et les parents d’élèves ont peint, posé des planchers, etc.», sourit-elle.

Un véritable chantier éclair qui a également nécessité l’intervention de divers corps de métier pour la mise aux normes électrique ou la création de sanitaires. «Les professeurs ont passé des journées à transférer les meubles de Lestelle-Bétharram jusqu’ici, des familles nous ont prêté des tracteurs, des camions», complète la directrice, qui, avec son adjoint Benoît Save, a également pris part aux travaux.

L’ensemble scolaire privé compte aujourd’hui 464élèves, dont 158en collège donc, et dans les bâtiments situés de l’autre côté de la rue: 114élèves en primaire, 45en lycée professionnel, et 147en lycée général. Seuls deux collégiennes et un collégien fréquentent encore l’internat, contre 11l’an passé. Et en tout, 40élèves sont internes, dont seulement neuf garçons.

Sollicité à son tour sur la fermeture du site de Bétharram très exposé dans les médias, le directeur adjoint livre: «On est soulagé de ne plus avoir cette pression. Des élèves ont été un peu harcelés par des journalistes pendant deux ans. On a même eu des drones…»

Même si le déménagement a représenté «beaucoup de stress», Julie Baumard, professeur de physique-chimie au collège et au lycée, confie son soulagement d’être délestée de «tout le passif» du site historique. «Les beaux bâtiments et l’accès à la nature, c’était super à Bétharram. Mais c’était très lourd pour les élèves, qui n’osaient pas dire qu’ils étaient à Bétharram. Moi-même, je voyais des regards qui changeaient quand je disais que j’y enseignais.Des crimes y ont été commis, c’est normal que ceux qui les ont commis soient punis. Mais pour nos élèves, il fallait que cette agitation s’arrête», conclut-elle.


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