L'enseignement catholique veut pousser les feux sur la voie professionnelle

Pour faire face à la baisse démographique, l'enseignement catholique mise sur la voie professionnelle, et veut que la découverte des métiers manuels se fasse plus tôt qu'aujourd'hui.

Par Marie-Christine Corbier

Publié le 14 sept. 2026 à 12:12   Article Les Echos



Le nouveau slogan du secrétaire général de l'enseignement catholique (SGEC) aura-t-il autant de succès que celui de l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, en 1985, de mener 80 % d'une classe d'âge au bac ? Il faut « 80 % d'une génération dans une voie professionnalisante d'ici à dix ans » avec « l'objectif de 5 millions d'apprentis », a lancé Guillaume Prévost, lors de sa conférence de rentrée, en fin de semaine dernière.

Il voit dans l'enseignement professionnel « l'un des grands enjeux de transformation de notre système éducatif ».

230 formations du CAP au bac +3

Or, les effectifs des voies professionnelles « croissent environ de 2 % par an depuis 2020 », souligne Guillaume Prévost. La voie professionnelle représente 40 % des effectifs de l'enseignement catholique avec 230 formations du CAP au bac +3 et « une offre qui s'est prodigieusement diversifiée ces dernières années grâce à RenaSup », l'organisme chargé de l'enseignement supérieur, se félicite le secrétaire général.

Faire de l'enseignement professionnel « le fer de lance du renouveau éducatif », suppose de « sortir d'une culture du diplôme [pour] entrer dans une culture du parcours », ajoute-t-il.

L'enseignement professionnel ne doit pas forcément être synonyme de voie courte : « On peut faire un BTS après un bac pro puis une école d'ingénieur. » Quant aux statuts, ils peuvent être « mixés ». Comme pour ce bac pro boulangerie de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) « où les deux premières années sont sous statut scolaire et l'année de terminale sous statut d'apprentissage ».

Pour développer la voie professionnelle, le SGEC mise sur des partenariats, en particulier avec l'association Une voie pour tous, pour « promouvoir le geste professionnel dès le collège ».

L'enseignement catholique veut développer ses expérimentations lancées au collège pour y faire découvrir les métiers manuels. « Il faut se donner les moyens de promouvoir le geste professionnel dès le collège, et peut-être même avant, avance Guillaume Prévost. La professionnalisation du geste éducatif doit s'étendre à l'instruction obligatoire. Si on attend la fin de la 3e pour valoriser les métiers manuels, il ne faudra pas s'étonner que les jeunes considèrent la voie professionnelle comme une voie de déclassement. »

Cette stratégie passe par le « renouvellement » du partenariat avec le monde économique. « C'est dans la rencontre entre l'exigence académique et les besoins du monde économique que les parcours des jeunes peuvent se tisser, l'école ne peut pas, seule, relever le défi éducatif », plaide Guillaume Prévost qui en appelle à une « responsabilité éducative des entreprises », au même titre que « la responsabilité sociale et environnementale ».

« Les entreprises doivent assumer plus clairement leurs responsabilités éducatives, insiste-t-il. Leur place doit être ajustée, mais elle est indispensable. »

Des nouveaux modèles hybrides

Les établissements privés sont appelés à s'engager dans le champ de la reconversion professionnelle et de la formation tout au long de la vie avec les opérateurs de la formation professionnelle (Opco). Et à « inventer de nouveaux modèles, hybrides » pour leur « permettre de perdurer », par exemple en investissant « le champ extrascolaire ».

Comme au lycée agricole de Saint-Maximin (Var), où la construction d'un plateau de santé mentale pour les jeunes « profite à l'ensemble du territoire, bien au-delà de ses seuls élèves ». Ou comme à Nancy (Meurthe-et-Moselle), avec un lycée professionnel qui a construit une filière d'accompagnement de mineurs non accompagnés intégrée à l'offre scolaire.

Le secrétaire général défend « un enseignement tourné vers l'utilité sociale », inspiré de « la tradition du catholicisme social » qui passe aussi par une offre d'enseignement supérieur « dans les zones rurales où les jeunes ont moins de perspectives ».

Marie-Christine Corbier


 

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