Le pape Léon XIV fait son choix parmi les victimes
Publié le 5 septembre 2026
Par Emmanuel Savoye Article Le Canard Enchaîné
Par Emmanuel Savoye Article Le Canard Enchaîné
Sept victimes de violences sexuelles au sein de l'Eglise seront reçues le 27 septembre à Lourdes par le souverain pontife, en visite dans l'Hexagone. Dans la sélection opérée par la Conférence des évêques de France, une seule personne est issue de la sinistre école Notre-Dame de Bétharram et nombre d'associations historiques ont été exclues. L'hostie est dure à avaler.
© Mougey
Le
médiatique lanceur d’alertes Alain Esquerre, qui se voyait déjà en tête
d’affiche de la rencontre prévue, le 27 septembre, à Lourdes entre le
pape Léon XIV et des victimes de violences sexuelles dans l’Eglise ne
sera pas de la partie, comme il l’a lui-même annoncé dans un communiqué
(Franceinfo). Ex-élève du sinistre établissement Notre-Dame de
Bétharram, Esquerre avait fait des pieds et des mains pour participer à
cette rencontre papale, en envoyant notamment une missive au Vatican,
dont le ton n’avait pas été particulièrement apprécié.
Le
26 septembre, un « panel » de sept victimes se retrouvera donc en
audience privée face à Léon. Parmi elles, figure un seul ancien de
Bétharram, dont « Le Canard » ne peut révéler l’identité : bien que sa
légitimité soit incontestable, son anonymat est préservé à la demande de
Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes. Ce monseigneur estime que
beaucoup de tensions se sont accumulées entre les collectifs de
victimes au fil du temps et qu’il vaut mieux éviter d’en rajouter en
créant de nouvelles rivalités. Bonjour l’ambiance !
Parmi
les autres élus sélectionnés par la Conférence des évêques de France
(CEF) se trouve Jérôme Guillement. Après avoir été la proie d’un prêtre
vendéen quand il était ado, Guillement se présente aujourd’hui comme un
spécialiste de « psychothérapie d'inspiration Jungienne et d’Astrologie humaniste et évolutive »
(sic !). En janvier dernier, il a été chargé par le Secrétariat général
de l’enseignement catholique de constituer un groupe de victimes, dans
le cadre d’une « Mission qualité de la relation éducative ». Au « Canard
», Jérôme Guillement affirme son « indépendance » et insiste sur l’importance d’être « à l’intérieur du réacteur pour faire avancer les lignes ».
Comme un air de mascarade
Un
point de vue que ne partage pas Arnaud Gallais, militant pour la
protection de l’enfance et président de Mouv’Enfants, même s’il dit « comprendre et respecter les personnes qui vont rencontrer le pape ». Adepte des opérations « coup de poing », Gallais confie au Palmipède : « Je suis la dernière personne à qui ils auraient pensé ! » Et s’il avait pu rencontrer le pape ? «
Je lui aurais demandé de reconnaître que ce qu’a commis l’Eglise de
France, avec 330 000 victimes, c’est un crime contre l’humanité. »
Alors,
une mascarade, ce rendez-vous ? Philippe Chemineau, président de
l’Association MVR (Mémoire, Vérité, Reconnaissance) pour les victimes
des Lassaliens (une congrégation qui gère plus de 200 établissements
scolaires en France), est de cet avis. Olivier Savignac, cofondateur de
l’association Parler et Revivre, qui fêtera ses dix ans au moment de la
visite du pontife, n’en attend rien non plus. Il n’a pas demandé à y
participer, échaudé par une invitation annulée au dernier moment par le
pape François, en 2019. « C’est juste un coup de com pour l’Eglise de France », assure-t-il au « Canard ». Avant de se dire « très inquiet de la politique actuelle du cardinal Aveline (président de la CEF) et de la disparition de l’Inirr (Instance nationale indépendante de reconnaissance et réparation) ».
Pourtant
proche de l’Eglise, l’association Fraternité Victimes fera également
partie des absents de marque le 27 septembre, à Lourdes. Sa présidente,
Mélanie Debrabant, le déplore : «
Nous ne pouvons que regretter ce manque de concertation avec les
personnes victimes et les associations pour préparer ce temps de
rencontre ». La CEF n’a d’ailleurs même pas daigné contacter
les collectifs d’anciens élèves qui avaient accompagné les récents
travaux de la commission d’enquête parlementaire sur les violences dans
les établissements scolaires. Dans l’Eglise, l’entre-soi tient toujours
lieu de vertu cardinale…

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